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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s2.t1.2

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s2.t1.2

Language
French

v1.c7.s2.t1.2

ṢAḌDANTA-JĀTAKA. — En dépit du petit nombre des documents accessibles on est encore tenté de hasarder une autre remarque. Autant les fables proprement dites sont fréquentes sur les monuments de l'Inde centrale, autant elles sont rares au Gandhâra. Une nouvelle différence se marquerait ainsi entre les deux écoles jusque dans le choix des *jātaka* représentés. Cette prédilection des vieux sculpteurs pour mettre des bêtes en scène provenait peut-être de leur confiance plus grande en leur réel talent d'animaliers, tandis que les artistes gréco-bouddhiques, dont les animaux sont en général fort médiocrement exécutés (cf. plus haut, p. 217), avaient plutôt des prétentions de « peintres d'histoire ». Ou bien ce genre de récits jouissait-il, dans le centre de la péninsule, auprès du goût populaire et de ses interprètes naturels, d'un succès qu'il n'avait pas retrouvé sur la frontière du Nord-Ouest? Toujours est-il qu'à Barhut, par exemple, sur une vingtaine de *jātaka* aussitôt identifiés par Cunningham, plus de la moitié ont une bête pour héros, alors que dans le recueil pâli la proportion des *bestiaria* n'est que d'un cinquième du total des histoires¹. Dans l'art du Gandhâra, au contraire, nous n'avons rencontré qu'une seule fois le Bodhisattva mis en scène sous une forme animale. Il s'agit d'un fragment du Musée de Lahore, une fois de plus emprunté à une contre-marche d'escalier — ce qui explique que les épisodes se suivent de gauche à droite — et figurant la touchante aventure de l'« éléphant à six dents » (Ṣaḍ-danta¹), lequel n'a d'ailleurs ici qu'une paire de défenses (fig. 138). On l'aperçoit tour à tour blessé au ventre par le chasseur caché dans une fosse, puis agenouillé et se laissant scier les dents par son meurtrier, auquel il a pardonné; plus loin, le chasseur emporte sur l'épaule son faix d'ivoire et va l'offrir à un