L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s2.t2.18
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s2.t2.18
- Language
- French
v1.c7.s2.t2.18
Il est aisé en effet de deviner ce qui est advenu quand il s'est agi de traduire aux yeux ces divers récits. Tout d'abord le *naimittika* ou astrologue rentre, au point de vue pittoresque, dans la catégorie des brahmanes pour ainsi dire professionnels, aussitôt reconnaissables à leur vêtement des plus sommaires et surtout à leur barbe et à leur chignon jamais rasés. De son côté, Asita ne pouvait revêtir sur les bas-reliefs une autre apparence ; si saint qu'il fût, ce n'était après tout qu'un ascète brahmanique comme un autre, et son titre de ṛiṣi — que nous avons trouvé usurpé au Kaçmîr jusque par des moullas musulmans — ne doit pas nous faire illusion sur sa véritable nature. Dès lors il ne peut plus y avoir, du moins en plastique, que deux scènes de consultation des devins : la première, caractérisée par l'absence de l'enfant, sera l'explication du songe ou du fait de la conception (fig. 150 et 160 b); la seconde, où l'enfant paraît (fig. 160 d, 161, 165 a), sera soit l'horoscope, soit la prédiction d'Asita, soit enfin ces deux épisodes combinés en un seul. Rien ne pouvant faire distinguer le ṛiṣi du naimittika, les deux scènes, réduites pour le reste aux mêmes personnages, seront forcément à peu près calquées l'une sur l'autre : et c'est bien qui est arrivé sur les monuments. Après cela nous ne nous étonnerons pas d'apprendre par Hiuan-tsang que la tradition populaire s'était arrêtée au parti de prêter l'horoscope à Asita; il nous apparaît même que c'est faute d'avoir osé en faire autant, si tenté qu'il en fût, que le rédacteur de Lalita-vistara introduit en sous-œuvre et en fin de chapitre ses astrologues divins. De leur côté, nos bas-reliefs ne s'arrêtent pas en si beau chemin, et nous les surprenons manifestement en veine et en voie de simplification plus grande encore. Non contents d'avoir réduit à deux les scènes de divination et prêté à Asita l'horoscope, voici qu'à présent ils mettent à son compte jusqu'à l'interprétation du songe ! La comparaison des deux scènes b et d de la figure 160 et des figures 150 et 161 (cf. 165 a) est là-dessus des plus édifiantes et fournit tous les éléments nécessaires de démonstration. Les deux panneaux de Calcutta, appartenant à la même suite, se reproduisent presque exactement, sauf qu'ici (b) le brahmane a les bras croisés sur ses genoux, tandis que là (d) il tient l'enfant. La présence de ce dernier est également la seule variante notable que nous puissions relever entre les deux bas-reliefs indépendants de Lahore. Mais où la volonté de représenter Asita se marque, c'est par la présence dans tous ces cas, derrière l'ascète, d'un même jeune homme, bien connu des textes, qui est son neveu Naradatta. Ainsi donc, si ce sont probablement les fidèles qui les premiers ont cru reconnaître Asita dans l’astrologue brahmanique, aussi bien au lendemain de la conception que de l’enfantement, il est sûr que les artistes ont ensuite favorisé cette confusion de tout leur pouvoir. Nous surprenons en opération le mécanisme des ressemblances techniques qui, après avoir fondu deux scènes en une, se met en devoir de ramener les deux qui restent encore à un modèle commun : seule la naissance du Bodhisattva, qui s’est produite dans l’intervalle, fait obstacle à cette dernière réduction.
Cites (1)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit