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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s2.t2.4

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s2.t2.4

Language
French

v1.c7.s2.t2.4

LA CONCEPTION. — Nous avions laissé le Bodhisattva dans le ciel des Tuṣitas au moment de sa suprême venue sur la terre. La première fois que nous le retrouvons figuré dans l'Inde, c'est sur un médaillon de Barhut, intitulé : *Bhagavato okkamti* (skt. *avakrânti*), « la descente du Bienheureux ». C'est là le terme consacré : le chapitre correspondant du *Lalita-vistara* a pour titre : *Garbhâvakrânti*, « la descente (de l'embryon) dans la matrice ». Or le Bodhisattva s'y montre à l'instant où, sous la forme d'un éléphant, il va pénétrer dans le sein de celle qu'il a choisie comme mère. L'idée a paru saugrenue à de meilleurs bouddhistes que nous. C'est ainsi que les Chinois font descendre le Bodhisattva sous la forme humaine et seulement monté sur un éléphant, sans qu'on voie bien d'ailleurs ce qu'y peut gagner la vraisemblance. En réalité, à lire attentivement les textes, y compris ceux du Nord, on s'aperçoit aisément que cette description ne s'entendait pas primitivement d'un événement réel, mais bien d'un simple rêve de Mâyâ, la mère élue. C'est la tradition populaire, toujours simpliste, qui a fini par prendre au pied de la lettre la brève et catégorique inscription du vieux sculpteur. Ce que Mâyâ était censée n'avoir vu qu'en songe, les fidèles ne l'avaient-ils pas de leurs yeux vu réalisé sur les sculptures? Il ne faudrait pas nous pousser beaucoup pour nous faire dire que la matérialisation artistique de ce motif, telle qu'elle s'est ainsi effectuée de bonne heure à Barhut et à Sânchi, dut avoir une influence décisive sur sa transformation en un épisode de la vie du Buddha. C'est ainsi que la prose du *Lalita-vistara* (ch. VI) nous donne comme un fait ce que la partie versifiée (de l'aveu de tous la plus ancienne) ne considère que comme une forme symbolique d'« annonciation ». Il en est de même du *Buddha-carita* et du *Mahâvastu*; de plus, ce dernier applique à la vie de Dîpaṅkara la règle qui veut désormais que les Bodhisattvas n'entrent plus autrement dans le sein maternel¹. Quant à l'éléphant, il va de soi que, d'après l'imagination indienne, il ne saurait être qu'« à six défenses » comme celui du *Ṣaḍdanta-jâtaka* (cf. plus haut, p. 272), et blanc, avec la tête enluminée de rouge. Aux six dents près, qui presque nulle part n'apparaissent, c'est toujours à cette description que se conforment les représentations d'éléphants sacrés sur les miniatures népalaises du moyen âge et les peintures siamoises ou cambodgiennes d'aujourd'hui.

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