L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s2.t3.2
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s2.t3.2
- Language
- French
v1.c7.s2.t3.2
L'ENFANCE DU BODHISATTVA. — Un bas-relief du Louvre, dans son conventionnalisme outré, nous paraît fournir un spécimen typique de la première catégorie, et représenter de façon convenue et quasi symbolique la façon dont le jeune Siddhârtha faisait l'édification de la maison de son père (fig. 164 *b*). Qu'on en juge. Le personnage principal, hors de toute proportion avec les autres figures, est un prince en sa prime jeunesse. L'artiste l'a logé, comme dans une niche, sous un fronton suraigu et coupé, pareil à ceux des temples de la Kaçmîr. Il n'est pas assis à l'européenne, ainsi que le sont toujours ses parents, mais accroupi avec les jambes croisées à la mode des *yogi* de l'Inde et sur un siège indien (cf. fig. 192 *a*). La main droite est levée dans un geste accueillant et un peu bénisseur; la gauche laisse pendre un flacon où nous devons chercher quelque symbole de sa destinée. De toute manière, la place du panneau immédiatement à la gauche de la Nativité, qu'il suit ainsi par ordre chronologique, nous force à reconnaître en lui le Bodhisattva Siddhârtha. Dès lors, le personnage royal que l'on aperçoit assis à sa gauche — à la place d'honneur — est, selon toute apparence, son père Çuddhodana. Si son pendant de droite, long-voilé, est une femme, il faudrait alors voir en elle sa seconde mère, Mahâprajâpatî. Aux loggias du palais se montrent les femmes des appartements intérieurs : pâle illustration de la description si colorée qu'en donne le Buddha-carita, elles se pressent en foule aux fenêtres qu'elles enguirlandent de leurs visages de lotus (cf. fig. 100). Sur le toit sont posés deux oiseaux familiers, perroquets ou corneilles. Assurément ils sont là pour remplir un espace disponible, et nous ne soupçonnons sous leur rôle décoratif aucune intention emblématique; encore leur présence n'est-elle pas ignorée des textes, et la façon dont ils hantent les toits et les galeries de la maison est l'un des signes qu'elle a été élue entre toutes pour abriter le Bodhisattva. Tel quel, — et sans oublier que l'état de mutilation d'un des principaux assistants peut être pour beaucoup dans le vague et l'indistinction de la scène, — nous ne pouvons que donner comme épigraphe à ce bas-relief les vers du *Buddha-carita* sur Siddhârtha enfant, alors que, « comblant tous les vœux de son père . . . , et élevé comme un fils par la sœur de sa mère . . . , il croissait peu à peu en perfection, telle la lune pendant la quinzaine claire »; et, ajoute Açvaghoṣa, « tout enfant qu'il fût, il ne ressemblait pas à un enfant, si grandes étaient sa fermeté, sa pureté, son intelligence, sa majesté . . . (¹)». Voudrait-il excuser les procédés conventionnels de l'auteur de la figure 164 *b*, qu'il ne parlerait pas d'autre manière.
Linked texts (1)
- *Buddhacarita — Sanskrit