L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t1.41
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t1.41
- Language
- French
v1.c7.s3.t1.41
Il reste d'ailleurs à signaler chez ces mêmes bas-reliefs une trace plus éclatante encore de l'influence hellénistique : nous voulons parler de l'apparition réitérée d'une femme coiffée d'une haute couronne de tours et habituellement accoudée sur un cippe (fig. 183 et 184 a, à droite; la figure 182 la relègue au second plan). A première vue, il n'y a pas là de quoi arrêter l'œil d'un Européen : les symboles ont la vie dure, et celui-ci nous est resté trop familier sur les statues de nos places et de nos gares pour que nous hésitions un instant à y reconnaître l'emblème d'une ville. Tout de même, à la réflexion, son emploi sur un bas-relief indien ne laisserait pas de surprendre, si les monnaies d'Hippostrate, de Philoxène et d'Azès qui prêtent à leurs cités tantôt une palme et tantôt une corne d'abondance, mais toujours cette même couronne crénelée, ne nous apprenaient à la fois où les gens du Nord-Ouest de l'Inde l'ont pu prendre et comment ils s'y sont accoutumés. Désire-t-on une preuve plus convaincante encore du fait que cet usage était devenu courant au Gandhâra même? Elle nous sera fournie par une monnaie du British Museum qui porte, ainsi représentée en pied et nommée en toutes lettres, «la divinité de Puṣkarâvatî»(1). On s'étonnera moins après cela que le Lalita-vistara, au lieu de s'attarder aux absurdes propos de la Nidâna-kathâ et de faire tourner la terre pour mettre sous les yeux du Bodhisattva sa ville natale, préfère camper devant lui la *devatâ* de Kapilavastu : et la déesse affligée ne le laisse pas s'éloigner sans lui adresser les plus touchants adieux. Il n'y a rien que de très normal dans cet accord des monuments et des textes ; mais il est permis cette fois de se demander si ce n'est pas l'art qui a suggéré à la littérature l'idée d'incarner ainsi, dans la personne d'une femme, une cité dont le nom n'est nullement féminin en sanskrit. Cette évocation, à la mode de Lucain, de l'image éplorée de la ville maternelle est parfaitement à sa place dans la *Pharsale*, sous la plume d'un poète latin, nourri dès l'enfance au milieu de ces conceptions et surtout de ces images : elle est inattendue chez l'auteur indien de ce passage du *Lalita-vistara*. Assurément
Cites (2)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit
- Kapilavastu