L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t2.55
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t2.55
- Language
- French
v1.c7.s3.t2.55
L'ARRANGEMENT DE L'AIRE DE L'ILLUMINATION. — Mais le principal intérêt de ce n° 364 de Lahore est qu'il nous présente en même temps la suite logique de la scène précédente. Nous l'appellerons du nom que le Lalita-vistara lui donne, Bodhi-maṇḍa-vyūha : car il semble qu'à l'époque où nous reportent nos textes et nos monuments, la dévotion au Vajrāsana, plus tard si prospère, n'était pas encore née¹. Il est seulement écrit que le Bodhisattva s'approcha du pied de l'arbre de la Science, et là, de ses propres mains, étendit une jonchée d'herbe « la pointe en dedans et la racine en dehors ». La Nidāna-kathā prétend même que l'arrangement des brins était inimitable pour le plus habile artiste. Ceux du Gandhāra ont, du moins, fait en ce sens ce qu'ils ont pu. Il n'y a pas de doute que la figure 199 représente justement le Bodhisattva-Buddha en train de disposer avec art, au pied du figuier sacré, sur le siège de pierre que la piété des générations postérieures verra et dira « de diamant », la botte d'herbe kuça (poa cynosuroides), dont Svastika vient de lui faire don sur le panneau qui précède. C'est cette jonchée que nous voyons indiquée par des rayures régulièrement divergentes sur le bord du trône où il se prépare à s'asseoir. Peut-être est-ce ici le moment de constater que nous retrouvons en tout lieu et en toute circonstance, sur tous les sièges de ce genre où prennent place le Buddha et ses moines, la même indication. Devons-nous penser qu'il s'est passé ici, en matière de plastique, ce que les philologues appelleraient en linguistique un cas d'extension abusive par analogie ? Peut-être l'école s'est-elle simplement conformée à une coutume courante parmi les religieux errants et mendiants. A lire le Lalita-vistara, il semble bien que ce soit justement le respect de cette tradition consacrée qui nous ait valu cette entrevue, d'un charme si familier, entre le futur Sauveur du monde et le pauvre coupeur d’herbe, humble ancêtre de ceux de l’Inde d’aujourd’hui; et c’est pourquoi, sur ce bas-relief du Gandhâra, — tels ces hommes aux inclinations grossières dont parle le *Mahâvastu*, car les dieux ont plus de discernement, — nous voyons que le Bodhisattva va s’asseoir sur une jonchée d’herbe¹.
Cites (2)
- Mahāvastu — Sanskrit
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit