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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s3.t2.58

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s3.t2.58

Language
French

v1.c7.s3.t2.58

Revenons à l’étude détaillée de notre bas-relief à présent que nous en connaissons le sens et la portée. La suite du Bodhisattva s’est réduite à Vajrapâni : au foudre, qu’il porte debout sur la paume gauche, celui-ci a joint pour la circonstance un chasse-mouche qu’il agite de la main droite, tandis que, par une exception assez rare, son vêtement lâche ne cache pas sa nudité. En revanche les autres assistants ont un caractère plus original. Tout d’abord, dans le *deva* qui jaillit à mi-corps du tronc et du feuillage de l’arbre, au-dessus du trône, nous ne devons pas reconnaître une divinité ordinaire, mais bien celle du figuier sacré. Le *Lalita-vistara* la mentionne expressément, mais en la multipliant, selon ses habitudes désordonnées, tantôt en quatre divinités, toutes masculines, tantôt en huit, toutes féminines. La description qu’il nous donne fréquemment de ces *devatâ* des arbres « manifestant parmi les feuilles la moitié de leur corps (*patreṣv ardhakāyān abhinirmāya*) » est d’ailleurs de celles qui paraissent calquées sur les bas-reliefs. Plus inattendu est le couple amoureusement enlacé qui fait pendant au Bodhisattva et à son garde du corps. On le retrouve sur un bas-relief de Calcutta (*G. 18*, dans *A. M. I.*, pl. 99, 2) qui n’est qu’une réplique, seulement de plus grande dimension (0 m. 50 × 0 m. 25) et plus développée, de la figure 199. Le futur Buddha y a la même pose, la main droite sur le siège, à gauche de l’arbre, dont toutefois la divinité ne paraît pas : de l’autre côté se tient le même personnage debout, avec sa femme gracieusement appuyée sur son épaule; ici encore le mari lève l’une de ses mains comme pour émettre une opinion et tous les deux assistent en spectateurs ravis aux préparatifs du Maître. Or nous ne voyons que deux hypothèses possibles à leur sujet : ou bien ils représentent un couple divin non mentionné dans les textes à présent accessibles parmi les personnages amis présents au Bodhimaṇḍa; ou bien ce sont bonnement le Nâga Kâlika et sa femme Suvarṇaprabhâsâ que nous retrouvons dans une autre version de la légende figurée. Cette dernière conjecture est de beaucoup la plus vraisemblable : d'après plusieurs textes, comme nous l'avons dit plus haut, c'est au moment même de s'asseoir, sinon même quand il est déjà assis sur le siège de l'illumination que le Bodhisattva reçoit du Nâga et de son épouse l'assurance de son infaillible et proche succès. Tel est notamment le cas dans l'une des versions du *Mahâvastu* où le Nâgarâja Kâla loue le Bodhisattva déjà assis sur le « siège du lion » : « Aussi vrai qu'ayant jonché la jonchée de moelleux entrelacs, tu t'es installé sur ton trône, aussi vrai aujourd'hui tu deviendras un Buddha. » Imaginez seulement que ce soit une version analogue que, de préférence à celle du *Lalita-vistara*, le sculpteur ait ici suivie, et tout s'éclaire aussitôt. On se rappelle en effet que, pour des raisons précédemment déduites, si les Nâgas n'ont pas déjà paru sur la frise antérieurement au don de l'herbe, leur dernière chance d'apparition est au pied même de l'arbre de la Bodhi. Quant au fait que ni l'homme ni la femme n'ont ici le capello de cobra qui sert d'ordinaire à caractériser leur race, il ne doit pas nous arrêter; nous verrons bientôt (fig. 251 *a*) le Nâga Êlâpatra et son épouse paraître sur nos bas-reliefs sous une forme strictement humaine.

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