L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s4.6
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s4.6
- Language
- French
v1.c7.s4.6
Si nous ne pouvons emprunter aucun ordre traditionnel certain à ces compositions modernes, elles nous sont, en revanche, d'un secours inestimable pour l'identification de nos bas-reliefs. A partir du moment où les textes indiens, dont nous nous sommes jusqu'ici servi, nous abandonnent, nous y aurons sans cesse recours, ou encore aux extraits empruntés par Rockhill au Dulva tibétain. Le fait qu'il est possible de reconnaître le sujet de plus d'une de ces sculptures à travers ces simples analyses de deuxième ou troisième main, n'est pas l'une des moindres preuves que nous puissions donner de leur caractère graphique. Le grand nombre et la variété de ces sujets nous sont, d'autre part, un indice que les bas-reliefs ont été exécutés en un temps où les traditions relatives à l'œuvre du Buddha, pour éparses qu'elles fussent dans les textes, étaient encore présentes à l'imagination populaire, si même elles n'y tenaient pas autant de place que les aventures du Bodhisattva. Pour les artistes de Boro-Boudour, la vie du Çâkya-muni se clôt, d'accord avec le Lalita-vistara, après le premier sermon de Bénarès; pour ceux du Gandhâra, cette conception littéraire et artificielle est toujours non avenue, et nous verrons que la légende se continue jusqu'après le parinirvâna. Nous sommes donc en droit de supposer que les donateurs de l'Inde du Nord n'avaient pas dès lors de préférence marquée, et encore moins exclusive, pour la première partie de la vie du Maître; quant aux sculpteurs, la seule raison de leur choix, quand on leur permettait de choisir, paraît avoir été — toutes réserves faites sur l'état des monuments, plus fragmentaire encore que celui des textes — l'aisance plus ou moins grande avec laquelle les épisodes s'accommodaient des nécessités techniques de leur art. Dans la période qui nous occupe, deux catégories d'incidents ont ainsi tenté leur veine ou mis à l'épreuve leur ingéniosité : ce sont ou bien ceux qui, revenant constamment au cours de la vie du Bienheureux, finissaient par s'imposer, ou ceux au contraire qui, en raison de leur caractère un peu exceptionnel, se détachaient en vigueur sur ce fond de grisaille. Le traitement des uns et des autres devait d'ailleurs se ressentir du caractère nouveau qu'a pris le héros perpétuel de ces scènes. Entré vivant dans la paix du Nirvâna, le Buddha est déjà comme en dehors du monde. Sa charité ne consiste plus qu'à recevoir des aumônes; il triomphe sans péril, comme il compatit sans douleur; jamais il ne paye de sa personne. A vrai dire, il n'a plus d'autre histoire et ne connaît plus d'autres vicissitudes que celles des gens avec qui sa vie errante, mendiante et prédicante le met tour à tour en contact; et c'est aussi pourquoi les bas-reliefs qui nous restent à passer en revue, inspirés de la dernière partie de sa légende, se laisseront identifier bien moins par ses attitudes ou ses gestes mesurés et toujours les mêmes, que par le décor de la scène et le jeu, le costume, le type, le sexe ou les attributs de ses « assistants ».
Cites (1)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit