L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s5.t2.6
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s5.t2.6
- Language
- French
v1.c7.s5.t2.6
LA MISE AU CERCUEIL. — Nous ne connaissons que deux échantillons de cette scène : mais ils sont tous deux des plus explicites (fig. 285-286). Il est bien clair notamment que le sarcophage du Buddha a simplement pris sa place sur la couche et même le matelas où il reposait tout à l'heure. Nous verrons plus loin les raisons qui ont conduit l'auteur de la réplique de Calcutta à transformer le châlit de bois en un banc de pierre. Avant tout, il faut relever la forme curieuse de la bière. Elle est composée de deux moitiés exactement égales et pouvant indifféremment servir de fond ou de couvercle. Trois lamelles rivées (il ne s'agit probablement pas de charnières), perpendiculaires à la suture, les réunissent en les fixant. L'extrémité arrondie des deux valves nous force à admettre ou bien qu'elles ont été évidées dans un tronc d'arbre ou, plus vraisemblablement, qu'il s'agit de cuves de métal façonnées au marteau. Pour notre part nous n'hésiterions pas à y reconnaître la double « auge à huile » que mentionne expressément le sutta : « Et ayant placé le cadavre dans une tela-doṇi (skt. taila-droṇi) de fer, ils le recouvrirent hermétiquement avec une autre. » Nul détail n'est plus vraisemblable — nous parlons, bien entendu, de la vraisemblance légendaire — en sa parfaite simplicité. On ne pouvait à moins de frais improviser un four crématoire à l'usage des grands personnages dont il s'agissait de conserver les cendres entières en même temps que pures de tout mélange avec celles du bûcher. Plus tard, quand, pour satisfaire le goût plus prétentieux des fidèles, le sarcophage est devenu d'or, les Singhalais croient se souvenir qu'il était « rempli d'huile », et de leur côté les Birmans n'ont pas oublié qu'il était fait de deux moitiés égales et pareilles comme forme et comme dimensions. On voit combien sont restées persistantes les réminiscences de la double tela-doṇi : nous n'avons aucune raison de penser que ce ne soit pas cette tradition qui ait ici guidé le ciseau de nos artistes¹.