L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s5.t2: § II. Les funérailles
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s5.t2
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- French
§ II. Les funérailles
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« Que ferons-nous, Seigneur, — demande sans plus de ménagements Ânanda au Bienheureux lui-même, — des restes du Prédestiné ? » La question, on le voit, a été prévue et la réponse donnée par les textes. Le premier point sur lequel ils insistent est que les honneurs funèbres à rendre au Buddha sont l'affaire des fidèles laïques et non des moines, des upâsaka et non des bhikṣu : « Ne vous embarrassez pas, ô Ânanda, d'honorer les restes du Tathâgata. Inquiétez-vous, je vous prie, de vous-mêmes. Consacrez-vous à votre propre bien. Soyez attentifs, zélés, occupés à votre propre bien. Il y a des sages, Ânanda, parmi les nobles, parmi les brahmanes, parmi les bourgeois, qui croient fermement dans le Prédestiné; ce sont eux qui rendront aux restes du Prédestiné les honneurs qui lui sont dus. » Ainsi le cadavre du Buddha doit être, sur sa volonté expresse, abandonné aux mains des laïques : les moines ont bien autre chose à quoi penser. Aussi vont-ils désormais disparaître de nos bas-reliefs : ce n'est que par exception que nous en apercevrons encore quelques-uns auprès du cercueil ou des reliques de leur Maître : ils ont leur salut à faire et le soin des funérailles ne les touche pas. Dans l'espèce, toute la charge en incombe aux Mallas, les seigneurs de Kuçinagara, qu'Ânanda est allé dûment prévenir de ce que la Communauté attend de leur zèle : « Le Bienheureux est mort, faites ce qu'il vous paraît à propos de faire. » Ils ont le sentiment de leurs devoirs et s'empressent de se rendre à cet appel passablement détaché. Quand ils s'informent auprès du même Ânanda des rites qu'il convient de suivre en la circonstance, celui-ci a toute prête la réponse qu'il avait lui-même obtenue de la bouche du Bienheureux : « Comme on traite les restes d'un souverain du monde (*cakravartin*), ainsi vous devez traiter les restes d'un Prédestiné. — Et comment traite-t-on les restes d'un *cakravartin* ?, insistent les Mallas... C'est justement ce que nous allons voir en sculpture : n'anticipons donc pas sur les descriptions des textes et disons seulement qu'elles se rapportent à trois opérations successives : l'ensevelissement, la mise au cercueil et la crémation du cadavre.
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L'ENSEVELISSEMENT. — Les bas-reliefs actuellement connus de nous ne nous font pas assister au premier de ces rites consacrés; nous inclinerions toutefois à en voir tout au moins un rappel sur la figure 284, où le visage même du Buddha est complètement recouvert comme d'un suaire. Ce dernier représenterait à lui seul les cinq cents pièces d'étoffe, séparées par autant de couches d'ouate, dont on aurait successivement enveloppé le corps et dont le feu du bûcher n'aurait miraculeusement respecté que deux, la plus intérieure et la plus extérieure. Le récit birman parle également d'un drap magnifique qu'une sainte femme de Kuçinagara aurait jeté sur le cadavre et sous lequel ce dernier transparaissait « beau comme une statue d'or »¹. L'unique linceul de Mallikà est ici plus vraisemblable au point de vue plastique; au point de vue légendaire, l'emmaillottage de la momie serait un fait plus important. Mais il n'y a pas que l'embarras de choisir : on pourrait encore objecter à l'une et à l'autre identification une difficulté en apparence des plus graves. Dans aucune des versions écrites de la légende, l'ensevelissement et la crémation du Buddha ne sont censés se passer au même lieu que son *Parinirvâna* : c'est justement au cours de la procession solennelle qui conduisit son corps d'un endroit à l'autre que la pieuse veuve du général des Mallas aurait fait l'offrande de son voile. Or, l'auteur de la figure 284 a si peu dans l'esprit un épisode suivant accompagnant cette translation des restes, qu’il reproduit scrupuleusement tout le décor habituel de la scène de la mort... L’objection ne porte pas. Assurément tous les textes connaissent ce déplacement funèbre et la tradition locale de Kuçinagara l’a encore confirmée à Hiuan-tsang : mais, le plus souvent, nos artistes n’en ont eu cure. C’est ainsi qu’ils
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¹ BIGANDET, *Vie*, p. 314.
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FIG. 284. — L’ENSEVELISSEMENT DU BUDDHA. Collection privée. D’après une photogr. communiquée par M. J. BURGESS.
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continuent à abriter le cercueil du Maître et jusqu’à son bûcher, sous les mêmes arbres çala qui ont fait pleuvoir sur ses derniers moments leurs fleurs spontanément écloses.
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LA MISE AU CERCUEIL. — Nous ne connaissons que deux échantillons de cette scène : mais ils sont tous deux des plus explicites (fig. 285-286). Il est bien clair notamment que le sarcophage du Buddha a simplement pris sa place sur la couche et même le matelas où il reposait tout à l'heure. Nous verrons plus loin les raisons qui ont conduit l'auteur de la réplique de Calcutta à transformer le châlit de bois en un banc de pierre. Avant tout, il faut relever la forme curieuse de la bière. Elle est composée de deux moitiés exactement égales et pouvant indifféremment servir de fond ou de couvercle. Trois lamelles rivées (il ne s'agit probablement pas de charnières), perpendiculaires à la suture, les réunissent en les fixant. L'extrémité arrondie des deux valves nous force à admettre ou bien qu'elles ont été évidées dans un tronc d'arbre ou, plus vraisemblablement, qu'il s'agit de cuves de métal façonnées au marteau. Pour notre part nous n'hésiterions pas à y reconnaître la double « auge à huile » que mentionne expressément le sutta : « Et ayant placé le cadavre dans une tela-doṇi (skt. taila-droṇi) de fer, ils le recouvrirent hermétiquement avec une autre. » Nul détail n'est plus vraisemblable — nous parlons, bien entendu, de la vraisemblance légendaire — en sa parfaite simplicité. On ne pouvait à moins de frais improviser un four crématoire à l'usage des grands personnages dont il s'agissait de conserver les cendres entières en même temps que pures de tout mélange avec celles du bûcher. Plus tard, quand, pour satisfaire le goût plus prétentieux des fidèles, le sarcophage est devenu d'or, les Singhalais croient se souvenir qu'il était « rempli d'huile », et de leur côté les Birmans n'ont pas oublié qu'il était fait de deux moitiés égales et pareilles comme forme et comme dimensions. On voit combien sont restées persistantes les réminiscences de la double tela-doṇi : nous n'avons aucune raison de penser que ce ne soit pas cette tradition qui ait ici guidé le ciseau de nos artistes¹.
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¹ Cf. S. B. E., XI, p. 126; Sp. HARDY, Manual, p. 360; BIGANDET, Vie, p. 316.
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S'ils n'avaient été trop pressés, ils auraient gardé pour ce moment l'intervention, déjà étudiée plus haut, de Mahâkâçyapa, le grand disciple. Dans tous les textes, celui-ci n'arrive en effet que lorsque le cadavre est déjà enseveli et enfermé dans le cercueil, et c’est à travers toutes ces enveloppes que l’imagerie chinoise fait apparaître miraculeusement les pieds du Maître. Mais, dans leur hâte d’étoffer la scène de la mort, nos sculpteurs du Gandhâra n’ont pas eu, pour autant que nous sachions, la patience d’attendre jusque-là. Peut-être aussi le motif de la « mise au cercueil » est-il d’une invention assez postérieure à celui du Parinirvâna : le fait qu’il manque sur toutes les suites funèbres que nous verrons
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FIG. 285. — LA MISE AU CERCUEIL DU BUDDHA. Musee de Lahore, n° 1111. Provenant de Sanghao. Hauteur : 0 m. 30.
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défiler tout à l’heure (cf. fig. 297-300) prouve, en tout cas, qu’il n’a jamais été regardé comme essentiel. Les deux exemples isolés qui nous en restent pourront néanmoins nous aider à définir un personnage que nous avons déjà vu debout aux pieds du Maître mort (fig. 281) ou enseveli (fig. 284), et que nous retrouvons, ici encore, debout au pied de son cercueil. La tête drapée dans un pan d’étoffe fait d’abord songer à un homme de basse caste. Il tient à la main gauche un objet long qui le définirait s'il n'était lui-même difficile à définir. Sur toutes les meilleures répliques il est en grande conversation avec un moine; parfois (c'est le cas du n° 8, au Louvre, et du n° 376 de Lahore) ils forment un groupe à part sur la droite du panneau, tout comme le Mahâkâçyapa et l'Âjîvaka de la figure 278. Quel peut bien être ce personnage?
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Sur le bas-relief du Louvre ou tel autre encore de Calcutta, l'objet qu'il tient à la main paraît être fait de deux branches minces et réunies près de leur extrémité supérieure : il n'en faut pas davantage pour suggérer l'idée que nous avons affaire au forgeron Cunda, porteur de ses tenailles et aussitôt reconnaissable à cet attribut professionnel. On n'ignore pas le rôle que les textes assignent à cet artisan aux approches du trépas du Prédestiné : c'est de sa main que le Buddha accepte la dernière nourriture qu'il ait prise en ce monde, — ce morceau de porc si terriblement coriace que nulle autre créature ne l'eût pu digérer. Au milieu de ses souffrances, le Bienheureux recommande à Ânanda de dissiper les remords que pourrait faire naître dans l'esprit du fidèle l'idée que son offrande a causé la mort de son Maître et de l'assurer au contraire que son mérite n'en sera qu'augmenté : ne serait-ce pas qu'ici Ânanda s'acquitte justement de cette commission charitable? On dira peut-être que Cunda n'est pas censé assister au Parinirvâna, que le Buddha lui-même a confié à Ânanda ce message avant d'arriver au bois de çala où il devait mourir, etc. Ces objections ne nous toucheraient pas plus qu'elles n'auraient fait nos sculpteurs, tels que nous les connaissons, si ce sujet leur avait été imposé par la force de la tradition populaire. Seulement rien ne prouve qu'il en ait été ainsi. Au contraire, deux remarques décisives disposent de notre première hypothèse. Tout d'abord, le personnage en question ne porte pas un outil à deux branches, pinces ou tenailles, mais une sorte de faisceau composé de plusieurs tiges ou baguettes. En second lieu, deux, semble-t-il, de ses pareils sont justement occupés, sur la scène suivante (fig. 287), à éteindre le bûcher du Buddha.
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L'identification de Cunda étant ainsi rendue intenable, on se rabattrait volontiers sur celle d'un membre de cette caste méprisée qui fournit les croque-morts de l'Inde, et dont c'est le privilège héréditaire que de vendre aux familles des trépassés le feu qui doit servir à leur crémation. Toutefois les textes nous avertissent à temps que les soins les plus humbles dont sont couramment
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[Figure: FIG. 286. — MÊME SUJET. Musée de Calcutta. Provenant de Miyân-Khân. Hauteur : 0 m. 22.]
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chargés ces « Doms » ont été remplis, lors des obsèques du Bienheureux, par les nobles Mallas en personne. Aussi bien, les idées d'impureté qui, chez les Hindous, s'attachent aux rites funèbres disparaissent devant l'exceptionnelle sainteté de tout ce qui fut parcelle de la personne du Bienheureux. Les charbons mêmes du bûcher, rebut des castes les plus basses, valent ici que le clan aristocratique des Mauryas les recueille et élève sur ce dépôt sacré un *stûpa*¹. Ce sont donc des seigneurs Mallas que, d'après les témoignages les plus formels, nous présente la figure 287 : par suite, il y a de fortes présomptions pour que c'en soit un également que nous montrent les images de la « mise au cercueil ». Assurément il n'est pas du type ordinaire : comparez par exemple celui qui, habillé comme tout le monde, et encore coiffé de son turban, s'absorbe dans ses tristes pensées sur la droite de la figure 286. Il faut que ce soit l'un de ceux qui, nous dit le sutta, « ont baigné leur tête et ont revêtu des vêtements neufs dans l'intention de mettre le feu au bûcher du Bienheureux... ». Ce serait l'explication de ce costume particulier ou plutôt de cette façon spéciale de se draper en ramenant sur la tête nue un pan du manteau : et ainsi nous sommes conduits à l'hypothèse parfaitement plausible que ce Malla encapuchonné de deuil, porteur de ce qui peut être une torche, est justement en train de s'émerveiller, comme il est écrit, de ce que le feu refuse de prendre au bûcher du Bienheureux. Son interlocuteur, le sage moine Aniruddha, l'avertirait que le miracle n'est pas sans cause : c'est la volonté des dieux que le corps ne soit consumé par la flamme qu'après la venue de Mahâkâçyapa.
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¹ S. B. E., XI, p. 136.
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Si maintenant nous remontons d'un motif ou deux en arrière, tout ce que nous avons déjà vu donne à croire que, même auprès du lit du Buddha mort et enseveli, la signification de cette scène n'a pas de raison pour changer. Il est vrai de dire que, dans les textes, par deux fois les Mallas s'étonnent, et par deux fois Aniruddha les rassure et les conseille : la première fois, quand ils sont incapables de soulever le corps du Maître; la seconde, quand ils ne réussissent pas à mettre le feu à son bûcher. Mais, outre que nos artistes ne nous ont pas paru s'inquiéter du déplacement du cadavre, le fait que le Malla tiendrait une torche indiquerait bien qu'il s'agit du second épisode. Or ce dernier est chronologiquement antérieur au motif de l'arrivée de Mahâkâçyapa avec lequel il alterne sur nos répliques du Parinirvâna. Son introduction dans le tableau de la mort se justifierait donc encore plus aisément que pour celui-ci, et, d'autre part, leur alternance corroborerait jusqu'à un certain point l’explication que nous avons proposée. En somme, la présence du Malla n’aurait d’autre but que de nous faire pressentir la venue du grand disciple; quand celui-ci se montre, le Malla, devenu inutile, n’a plus qu’à disparaître, et c’est à quoi il ne manque pas. Vus de ce biais, les groupes du Malla conversant avec Aniruddha ou de Mahâkâçyapa s’informant auprès de l’ascète ne semblent n’avoir été, à l’origine, que des doublets l’un de l’autre, au moins pour ce qui est de leur signification légendaire(1). Tous deux procèdent d’un même souci et ont une portée équivalente : ce ne sont, en définitive, que deux façons pour une de rappeler par les yeux à l’esprit du fidèle l’incident de la mort du Buddha qui était décidément resté dominant dans le goût populaire, arbitre des préférences de nos sculpteurs, nous voulons dire le miracle que provoque l’absence et que dénoue la tardive venue de Mahâkâçyapa.
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LA CRÉMATION. — Bien que le cadavre ait attendu, pour brûler, les hommages du grand disciple, nous ne voyons pas que ce dernier assiste à la crémation. Bigandet a déjà fait la remarque qu’aujourd’hui encore les moines birmans, lors de la « fête des funérailles d’un de leurs supérieurs, se retirent avant que le feu ne soit mis au bûcher »(2). Une autre constatation plus surprenante est que nous voyons bien des flammes, mais que nulle part nous n’avons vu du bois. Le cercueil a beau disparaître derrière un rideau flamboyant (fig. 287), il est clair qu’il est resté posé sur le même banc
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(1) N’étaient l’analogie des personnages de la figure 287 et l’impossibilité où nous sommes de prouver qu’à côté de la tradition relative à l’Âjîvaka il y en avait une autre qui donnait pour informateur à Mahâkâçyapa un hérétique moins dévêtu, nous irions même jusqu’à penser, devant certaines répliques, que ce ne sont que deux versions d’un même sujet. Dans cet ordre d’idées, l’objet porté par l’énigmatique figurant serait le triple bâton (tridaṇḍaka) des parivrâjaka ou religieux errants et mendiants, et nous ne cachons pas que cette explication serait à nos yeux la plus satisfaisante. On peut lui comparer le faisceau auquel est, semble-t-il, suspendu un kamaṇḍalu ou vase à eau des ascètes (cf. Yājñavalkya-smṛti, III, 58) et que tient dans la main gauche un personnage de la balustrade de Barhut (CUNNINGHAM, pl. XXVII, 14 : Daçaratha-jātaka?).
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(2) BIGANDET, Vie, p. 317, au cours d’une note où il compare les rites anciens et modernes.
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de pierre où nous l'avons déjà aperçu tout à l'heure (fig. 286). Nous comprenons même pourquoi l'auteur de ce dernier bas-relief avait remplacé le lit du *Parinirvâna* par une couche moins combustible : c'était dans la louable intention de ménager la transition entre la scène de la mort et celle de la crémation. Sur la droite de la figure 287 se montrent enfin les arbres accoutumés : nous retrouvons encore ici à l'œuvre la tendance déjà signalée plus haut et qui portait à rétablir l'unité de lieu pour ces divers actes d'un même drame. Cette simplification était bien dans le goût populaire; elle n'était pas moins dans les habitudes routinières des artistes, toujours prêts à reproduire machinalement les mêmes décors dans leurs suites de tableaux de pierre. Çà et là, cette forme vulgaire de la tradition finit par percer sous la version consacrée. Pour les Singhalais et les Birmans, le *Mukuṭabandhana-caitya*, que le *sutta* pâli donne pour théâtre à la crémation, n'est autre que la « salle de couronnement » des Mallas : ils se mettent néanmoins en peine de nous expliquer que pas une pousse des arbres ni aucun des insectes qui les habitent n'eurent à souffrir de la brûlante chaleur dégagée par le bûcher¹. Une inconséquence aussi flagrante prouve bien que l'imagination des fidèles associait malgré les textes, et au gré des sculptures, les fameux arbres *çâla* à toutes les péripéties de la fin du Maître. Il se peut enfin que l'absence sur toutes nos images d'un bûcher digne de ce nom, ait donné faveur à une tradition à qui la mention ancienne des *tela-doṇi* a dû donner naissance. Les témoignages recueillis par Hiuan-tsang et Sp. Hardy veulent que le cercueil ait été rempli d'huile, tandis que le texte du *sutta* ne fournit aucune raison de supposer que les « auges à huile » qui servirent de réceptacle au cadavre du Bienheureux en continssent la moindre goutte².
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¹ BIGANDET, *Vie*, p. 324, où même les arbres flambent sans brûler; Sp. HARDY, *Manual*, p. 362.
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² Sp. HARDY, *Manual*, p. 361; HIUAN-TSANG, *Mém.*, I, p. 344, et *Rec.*, II, p. 40, où cette huile est « parfumée ».
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Quand nous apercevons le feu qui consume les derniers élé- ments matériels du Buddha, il est d'ailleurs sur le point de s'éteindre. Il va de soi que son extinction ne pouvait être que miraculeuse. Des averses de pluie tombent, nous dit le *sutta*, du haut du ciel, tandis que d'autres flots jaillissent du réservoir souterrain des ondes. Apparemment les Mallas ne craignent pas d'apporter de l'eau à la rivière, car le texte pâli ajoute, non sans
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FIG. 287. — LA CRÉMATION DU BUDDHA. Musée de Lahore, n° 2166. Provenant de Sikri. Hauteur : 0 m. 16.
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candeur : « et les Mallas de Kusinârâ, eux aussi, éteignaient le bûcher du Bienheureux avec de l'eau de toutes senteurs ». D'après le *Dulva* tibétain, c'est du lait qu'ils auraient employé à cet usage¹. Le geste, du moins, est clair sur nos bas-reliefs. De chaque côté du bûcher un Malla, debout, dans son costume de cérémonie funèbre, déverse sur les flammes, au bout d'une sorte de fourche, le contenu d'une cruche ronde; la longueur de la perche lui permet de rester à distance du trop ardent foyer (fig. 287; cf. fig. 290 a, 298 b et 299 a). Ce petit détail, sans doute emprunté aux pratiques en vigueur, ne manque pas de pittoresque. En ce cas encore, de toutes les versions d'un même sujet, nos sculpteurs nous ont conservé la plus simple et la plus naturelle. Peut-être en faut-il faire honneur aux nécessités de leur métier plus qu'à leur humeur rationaliste : mais nous devons constater une fois de plus qu'ils ne sont pas grands amateurs de merveilleux.
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¹ S. B. E., XI, p. 130; ROCKHILL, *Life*, p. 145.
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