L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s6.t2.1
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s6.t2.1
- Language
- French
v1.c7.s6.t2.1
Le récit sur pierre. — Est-ce à dire qu'il n'y ait rien dans le traitement de ces œuvres d'art qui se sente du milieu indigène où florissait l'école d'origine étrangère? Si quelque chose doit nous permettre de discerner ces nuances locales, c'est le mécanisme de nos identifications qui n'est en somme que l'autre face du système de composition de l'artiste. A aborder par le dehors l'explication de son œuvre, nous ne pouvions manquer de nous familiariser quelque peu avec les procédés subjectifs de son travail, de même qu'à démonter des montres on s'initie à la manière dont les fabrique l'horloger. Or, chaque fois que nous avons pu ainsi pénétrer dans l'intimité de nos sculpteurs, nous les avons toujours surpris en train de se débattre contre la difficulté de faire conter des histoires à la pierre. Les imagiers de Barhut étaient moins fiers : ils gravaient sur leurs bas-reliefs une étiquette. Ceux du Gandhâra ont prétendu faire des œuvres suffisamment parlantes pour n'avoir pas besoin de l'aide des inscriptions. L'entreprise n'était pas aisée. Quand il s'agit d'une petite scène suffisamment animée, cela va encore : le pittoresque du décor, le mouvement et le type des acteurs suffisent, ici comme partout, à l'artiste pour se faire comprendre du donateur. Tout au plus, quand le drame est en plusieurs actes, se ré- sigueront-ils parfois à recourir aux répétitions de personnages que nous venons de signaler. Où le problème se complique, c'est quand ils ont affaire à ces épisodes de la vie du Buddha où tout se passe, sinon en un immobile silence, du moins en conversations sous un arbre, comme dans notre tragédie française sous un lustre. Malheureusement pour eux, si ces scènes n'ont rien de dramatique, elles sont édifiantes, et il n'en fallait pas davantage pour que les fidèles bouddhiques les considérassent comme des scènes à faire et, par suite, à commander. Nos sculpteurs se sont ainsi vu imposer des sujets qui, au point de vue plastique, n'avaient rien d'enviable. De notre côté, nous nous sommes vite aperçus que notre tâche n'était pas seulement iconographique, mais exégétique; en d'autres termes, que, même devant les bas-reliefs les plus inertes, nous n'avions pas à mettre seulement des noms sur des images de piété, mais bien un titre circonstancié au bas d'un tableau de légende. La peine que nous avons dû prendre parfois pour en deviner la portée nous a fait sympathiser avec l'embarras qu'avait dû éprouver leur auteur. Dans tous ces cas, et c'est celui de la plupart des scènes assises (cf. notamment p. 286, 409, 479, etc.), des indices plus ou moins artificiels ont été le seul recours des artistes pour différencier les scènes, comme ils sont restés notre unique secours pour les identifier.