L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s6.t4.2
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s6.t4.2
- Language
- French
v1.c7.s6.t4.2
L’INFLUENCE DES BAS-RELIEFS SUR LA TRADITION. — La relative indépendance des monuments figurés à l’égard des documents écrits ne donne que plus d’intérêt à la question de leurs rapports : il en résulte en effet tout naturellement qu’ils ont dû exercer les uns sur les autres une influence réciproque. Ciseleurs de bas-reliefs et rédacteurs de traités ont puisé originairement aux mêmes sources traditionnelles. Que les textes aient contribué à fixer la tradition et aient ainsi réagi, au moins indirectement, sur les sculptures, c'est ce qu'il serait absurde de nier. Il ne le serait pas moins, à notre avis, de prétendre que les monuments n'aient pas eu à leur tour quelque action sur la mise en œuvre littéraire des légendes. A maintes reprises nous avons cru en rencontrer, dans tel ou tel passage des sûtra septentrionaux, des indices probants. On n'a pas oublié les apparitions si caractéristiques que font dans le Lalita-vistara la « Ville » ou la « Terre » personnifiées (cf. p. 360 et 398). La rédaction que nous donne le Mahâvastu des miracles qui déterminèrent la conversion des Kâçyapas est visiblement accommodée aux représentations sculpturales qui nous en restent (cf. p. 445-452). Quant au poète du Buddha-carita, toujours il nous a paru subir dans ses descriptions et — trait plus significatif encore — jusque dans ses omissions la hantise des scènes figurées (cf. p. 320, 322, 346, 358, 363). S'imposant par les yeux à l'imagination, les bas-reliefs ont ainsi apporté avec le temps à la forme courante des récits des modifications sensibles. Parfois l'identité d'aspect de leur héros principal a pu avoir pour effet de compliquer la légende : c'est ce qui est probablement arrivé à propos des épisodes qui précèdent immédiatement la Sambodhi (cf. p. 370-371, 384 et 548); le plus souvent, ils tendent à la simplifier. Chez eux, qu'ils le veuillent ou non, toute reprise d'une scène tant soit peu analogue entre des personnages pareils a vite fait d'être considérée comme une simple réplique : nous avons vu comment le rapport des images a fini par fondre ensemble les motifs de l'horoscope et de la visite d'Asita (cf. p. 297 et 314). Ailleurs des indications matérielles destinées à déterminer le temps et non la place du sujet, ou de pures ressemblances de décor ont eu ce résultat de faire croire par la suite à l'unité de lieu entre des incidents qui, à l'origine, ne la comportaient pas (cf. p. 418, n. 1, et 582). Illustrations des textes les plus anciens, les bas-reliefs sont ainsi commentés à leur tour par les textes les plus modernes. C'est même là ce qui a rendu si intéressants pour nous les « mémoires » des pèlerins chinois et particulièrement de Hiuan-tsang : car les aptitudes archéologiques de ce dernier, jusqu'ici trop méconnues, n'étaient pas moindres, semble-t-il, que ses talents de géographe, les seuls à peu près dont on se soit encore efforcé de tirer parti. Si versé que fût le « Maître de la Loi » dans la littérature sacrée, il a le plus souvent préféré nous transmettre dans ses notes les traditions orales qu'il avait recueillies au pied même du monument qui les commémorait. Il nous a ainsi conservé plus d'une fois, comme nous le pressentions (cf. p. 265), de curieuses déformations populaires de la légende directement imputables soit à la fausse identification d'un personnage, soit à l'extension abusive des données d'un bas-relief. Citons, comme type de la première méprise, la double réapparition prétendue d'une pseudo-Mâyâ, à l'annonce (la première fois inexacte et la seconde fois trop vraie) de la mort de son fils (cf. p. 381-382 et 562) ; et rappelons comment, à propos de la soumission du Nâga du Swât, Apalâla (cf. p. 544 et suiv.), un passage du Si-yu-ki nous a mis sur la trace d'un cas de la seconde espèce.
Cites (3)
- Mahāvastu — Sanskrit
- *Buddhacarita — Sanskrit
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit