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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s6.t5.3

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s6.t5.3

Language
French

v1.c7.s6.t5.3

LA FORME EXTÉRIEURE DES CROYANCES. — On conçoit dès lors pourquoi et comment les écritures et les sculptures, tout en gardant leur individualité et leur indépendance, s'éclairent et se complètent réciproquement. Si les premières nous ont donné la clef des scènes figurées, celles-ci illustrent à leur tour de façon singulièrement précise, et jusque dans le menu détail, la terne et monotone teneur des *sûtra*. Bien entendu, il ne s'agit pas de demander aux unes ni aux autres des informations sur le « Bouddhisme primitif » et sur la façon dont se passaient les choses au temps et dans le cercle du Çâkya-muni. Nous ne songeons pas à contester que nos sculpteurs aient l'avantage d'être encore relativement près des origines et de vivre au sein de ce milieu indien où les détails matériels de la vie semblent si peu changer à travers les siècles : mais chercher dans leurs œuvres la moindre donnée historique sur la biographie réelle du Buddha, ce serait commettre la même méprise que si l'on attendait des artistes byzantins des renseignements exacts sur l'œuvre, l'entourage et la personne du Christ. La chance est déjà assez belle pour l'historien que la façon dont les gens du Gandhâra en étaient venus, vers le premier siècle de notre ère, à se représenter la légende de leur Maître se soit ainsi cristallisée à son usage dans ces bas-reliefs. Il y aurait mauvaise grâce autant que mauvaise méthode à négliger ce qu'ils nous donnent pour réclamer d'eux ce qu'ils ne peuvent nous donner. Les images que les récits traditionnels évoquaient alors à l'esprit des fidèles, telles qu'elles nous sont rendues, dans les limites de leurs moyens, par les sculptures, ne sont assurément pas un guide à dédaigner pour la lecture des textes bouddhiques. De la collaboration des artistes se conformant de leur mieux aux suggestions des donateurs, et des donateurs subissant le charme des créations des artistes, il n'est pas seulement sorti toute une conception nouvelle de la légende du Buddha : nous apprenons encore comment il sied d'imaginer les dieux et leurs séjours paradisiaques. Il n'est pas jusqu'aux fantômes imprécis, figures de rêve ou de cauchemar, dont était hantée l'imagination populaire, qui ne revêtent une forme concrète : démons de l'armée diabolique et célestes ménestrels, génies qui sont des ogres ou qui sont des anges gardiens, déités qui végètent dans les arbres ou qui serpentent dans les eaux vives, tous se révèlent à notre vue, au moins « à mi-corps ». En même temps que la tradition du Bouddhisme, sa mythologie dépouille son mystère et prend figure sous nos yeux; dès lors rien ne s'oppose à ce que nous puissions définir des croyances ainsi matérialisées.