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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s1.t2.36

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s1.t2.36

Language
French

v2.c14.s1.t2.36

il reconnut — et c'était un premier pas de fait dans la bonne voie — que la prétendue réplique ne pouvait être qu'une adaptation, et conjectura que le soi-disant Ganymède n'était autre que Mâyâ, la mère du Bienheureux, ravie au ciel. Le seul défaut de cette hypothèse ingénieuse est qu'elle n'aurait jamais traversé la cervelle d'un bouddhiste. Non seulement tout ce que nous savons de leurs idées eschatologiques va à l'encontre d'une pareille « Assomption »¹, mais la pierre elle-même, par l'air de souffrance qu'elle prête à la jeune femme, protestait contre elle. Enfin M Grunwedel a donné l'interprétation définitive en faisant remarquer la tête de serpent qui, sortant de la nuque de la victime et, repliant son cou flexible sous le bec du vautour, essaye encore de le mordre. Aucune hésitation n'est désormais permise : il s'agit bien d'un Garuda ou Suparna enlevant une Nâgî qu'il a saisie à la taille entre ses deux serres; au risque de contrister les âmes sensibles, ajoutons qu'il ne l'enlève que pour la manger. Que ce groupe soit d'ailleurs une adaptation de celui de Léocharès (vers 350 av. J.-C.), nous ne voyons pas qu'on en puisse douter; mais il faut avouer que la ressemblance, sans doute déformée à travers de mauvaises copies et mise au service d'un tout autre sujet, est décidément des plus lointaines : tout au plus en reste-t-il quelque chose dans l'allure générale du groupe et le geste d'un des bras levé. Ce n'est pas seulement l'aigle de Zeus qui s'est déguisé en vautour de Viṣṇu, à l'aide d'un turban et d'une paire de boucles d'oreille; la pose gracieuse de la femme, en contradiction avec sa physionomie douloureuse et la violence dont elle est victime, est évidemment due à une intrusion du goût indien (cf. I, p. 229 et fig. 106, 335-336), tout comme l'opulence de ses formes.