L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t2.35
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t2.35
- Language
- French
v2.c14.s2.t2.35
L'affaire en était là : et, pour notre part, nous ne demandions qu'à partager une identification si répandue. Pourtant il faut bien avouer que, même avec ce dernier correctif, elle faisait encore quelque violence aux documents de la cause. Que Kuvêra, en sa qualité de dieu protecteur du Nord, ait joui dans les pays septentrionaux de civilisation indienne d'une popularité supérieure à celle de ses collègues des trois autres points cardinaux, le fait est naturel et attesté : encore n'y a-t-il jamais poussé son avantage jusqu'à être le seul à se targuer d'images spéciales et nettement caractérisées. Tel est cependant l'exorbitant privilège qu'on ne craint pas de réclamer déjà pour lui dans l'école du Gandhâra. Peut-on du moins apporter à l'appui de cette prétention un commencement de preuve ? Tout au contraire. Il existe plusieurs répliques, de différentes mains, d'une scène où figurent sûrement les quatre rois gardiens du monde (cf. fig. 208 b et 210) : non seulement elles n'ont rien de commun avec l'une quelconque de nos images, sauf peut-être la figure 364, mais elles défient l'œil le plus sagace de relever un indice, si faible soit-il, qui permette de reconnaître lequel d'entre eux est Kuvêra (cf. plus bas, p. 159). Passerons-nous outre à cette protestation des pierres ? Loin de nous encourager à le faire, les textes y mêlent les leurs. S'il est un point qui ressorte clairement des renseignements de Yi-tsing comme de l'aspect des groupes conservés (fig. 379-387), c'est que le « génie des richesses », de quelque nom qu'on doive l'appeler, est l'époux de la fée Hâritî. Faudrait-il donc admettre une mésalliance entre Kuvêra et une simple Yaksinî, sa sujette ? Si les mœurs indiennes autorisent à la rigueur ces sortes d'union, elles ne sauraient concéder à une fille d'aussi basse condition le rang de première reine. D'ailleurs les textes pâlis nomment incidemment l'épouse officielle de Kuvêra : elle s'appelait Bhûñjatî¹. Ce n'est pas davantage le roi suprême des génies, mais seulement son général en chef, qu'un passage du Lalita-vistara² met en rapport avec la fée aux enfants. A la vérité il y est dit simplement que les cinq cents fils de Hâritî forment la suite du général Pañcika, mais si vague qu'il fût, ce rapprochement nous donnait fort à réfléchir. Que ledit général fût à la fois le chef et le père de sa troupe, c'est ce que confirme d'ailleurs un passage du Mahavamsa³, qui fait convertir toute la famille par Madhyântika. C'est sur ces entrefaites que nous avons rencontré, dans un texte du canon chinois traduit par M. Chavannes⁴, cette indication péremptoire et qui sonne le glas de la plus séduisante des hypothèses : « Hâritî est l'épouse de Pañcika ».