L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t2: § II. Le génie des richesses
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t2
- Language
- French
§ II. Le génie des richesses
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Nous avons émis la prétention d'identifier, après les bourgeois, les dieux de la bourgeoisie; et nous avons déjà dit plus haut (II, p. 82) dans quelle couche moyenne de la mythologie, correspondant à la situation sociale de leurs adorateurs, nous avions le plus de chances de les rencontrer. Toutes les analogies nous engagent en effet à les chercher, eux aussi, dans la zone intermédiaire entre la plèbe et la noblesse divines, au-dessus des démons et au-dessous des dieux. Les Vaiçyas ont dû avoir leur mythologie, comme ils ont eu leur littérature. On conçoit aisément que les hymnes védiques, avec ou sans leurs commentaires, aient rebuté des gens dont ce n'était pas le métier; mais il faut croire que même les épopées royales, dont la bourgeoisie indienne fait aujourd'hui ses délices, ne la satisfaisaient pas encore entièrement; aussi Guṇâḍhya — pour nommer l'auteur en qui se personnifie le génie — écrivit-il à son intention et en dialecte populaire des contes à son goût avec des héros à son gré : « Les dieux ont le bonheur monotone; les hommes sont perpétuellement malheureux »; c'est pourquoi je veux vous conter des histoires de génies(1) » Ainsi l'intérêt littéraire se concentrait pour elle autour de Kuvêra, le dieu des richesses, et de sa cour de Yaksas et d'enchanteurs, il y a tout à parier que c'est également dans ce groupe
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[Figure: P 364 — PANC ET LE GÉNIE DES RICHESSES Musée de Lahore, n° G06 Hauteur 0m 21]
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de divinités qu'elle aura placé son idéal moral aussi bien qu'esthétique Comme les Brahmanes ont leur Brahmâ(2), comme les nobles ont Çakra l'Indra des dieux, nous pouvons être sûrs que les bourgeois se seront aussi choisi quelque « divinité favorite » parmi les génies les mieux aptes à réaliser les plus chers de leurs vœux. La seule difficulté — et elle n'est pas mince — est de pénétrer après coup dans la pénombre de la conscience religieuse et d'y poursuivre, avec la seule lanterne du philologue, des croyances sinon mortes aujourd'hui, du moins complètement transformées, et qui, même au temps où elles florissaient, étaient moins pensées que senties — surtout, hélas! moins écrites qu'orales.
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¹ Kathasaritsagara I 1 47 48 — Le caractère bourgeois des romans d'aventures du genre de la Brihat-katha a été bien mis en lumière par M F Lacôte, dans son remarquable Essai sur Gunadhy et la Brihat-Katha Paris 1908 Voyez également H Jacobi Z D M G XLVIII 1894 p 411 et suiv
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² Cf Maha, ovinda-sutta § 36 (I avs Davids D al gues part II p 278)
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Par bonne chance le Buddha lui-même s'est chargé de nous éclairer sur la psychologie de ses upāsaka. C'était, nous l'avons vu (I, p. 478), sa coutume, comme celle de tous les religieux errants de l'Inde, de payer son écot après chaque repas qu'on lui avait offert par quelque allocution édifiante; et s'il est une qualité que les textes ne se lassent pas d'attribuer à la prédication de leur Maître(1), c'est son opportunité pleine de tact et le sens exact des convenances particulières à chacun de ses changeants auditoires. Ils lui en font donner une première preuve au moment où il reçoit l'hommage des prototypes de ses fidèles laïques, Trapuṣa et Bhallika. De quoi va-t-il parler à ces deux marchands? Des quatre saintes vérités tout fraîchement découvertes, de l'absolue vanité de ce monde, de la nécessité du renoncement? Il n'a garde, car il n'aime pas perdre ses paroles et son temps. Ce « premier sermon », il le réserve à ses cinq anciens condisciples, intelligences déjà rompues aux questions métaphysiques et dès longtemps préoccupées par le problème du salut. Ce qu'en échange de leur riz il offre ici à ces âmes simples, c'est une formule de bénédiction pour la prospérité de leurs affaires commerciales : et cette formule consiste justement à invoquer la protection des génies, mâles et femelles, de tous les points cardinaux(2). Si le recours à de telles déités pouvait passer pour avoir été recommandé de la bouche même du Bienheureux, comment aurait-on songé à l'interdire aux fidèles qui ont eu le malheur de ne naître qu'apres son Parinirvâna? Une histoire édifiante, contée sans malice par le scrupuleux Yi-tsing¹, nous découvre la raison profondément humaine de ces devotions popu-
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¹ Cf. par exemple Jataka, n° 478
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² Mahāvastu, III, 306 et suiv. ; Lalita-vistara, éd., p 387 et suiv. ; trad., p. 322 et suiv.
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¹ Rec p 38 cf pour les détails fra 1 126
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[Figure: FIG 36. — MÊME PERSONNAGE Musée de Calcutta n° G 44 (Hau eu 0 m 21]
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laires que sans doute les moines les plus orthodoxes n'osaient proscrire, sûrs qu'ils étaient de ne pouvoir les extirper. Un couvent de Kuçinagara se trouve mis dans l'embarras par l'arrivée inopinée et tardive d’une bande de cinq cents moines : il s’agit d’improviser leur repas avant l’heure canonique. Or midi va être sonné sur le gong (gaṇḍi). Qu’à cela ne tienne : la vieille mère d’un frère lai se met en devoir de brûler de l’encens devant une icone miraculeuse : « Le grand sage, lui dit-elle, est entré dans le nirvāṇa, mais, du moins, il existe encore des êtres comme toi... Viens à notre aide... » On ne saurait avouer plus ingénument que, dans les occasions pressantes, mieux vaut invoquer un génie vivant qu’un Buddha mort.
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SA DESCRIPTION. — Quelle était cependant cette divinité, apparemment aussi subalterne que secourable ? Pour dépister les manifestations extérieures de ces superstitions, volontiers ignorées de la littérature indienne, nous n’avons guère d’espoir que dans les observations faites sur la vie réelle par les pieux archéologues chinois. Aussi, apprendrons-nous avec un vif intérêt que Yi-tsing a rencontré cette image dans tous les grands monastères de l’Inde et qu’elle tenait à la main « une bourse d’or ». Cet attribut se passe de commentaires et la signification en est claire dans toutes les langues : remarquons seulement que le culte du génie, porteur de cet aguichant symbole, a dû particulièrement fleurir dans les cercles où le Bouddhisme recrutait le plus clair de ses adhérents — comme continue à le faire le Jaïnisme. C’est un milieu de marchands qu’évoquent le plus souvent les légendes : chefs de caravane ou banquiers, armateurs au long cours ou boutiquiers sédentaires, tels, sont les personnages les plus habituels des avadāna; c’étaient autant d’adorateurs acquis d’avance au dispensateur des richesses. Notons encore que Yi-tsing fait voisiner ce dernier, dans le réfectoire ou sous le porche du couvent, avec une autre déité du même ordre, mais celle-ci féminine, Yakṣiṇī comme il est Yakṣa, et dont la fonction propre est de donner des enfants. Disposant à eux deux des deux choses que désire le plus le commun des hommes, à commencer par les Indiens, on conçoit que leur manque de dignité ait pu être compensé par leur popularité; et celle-ci expliquerait à son tour le rôle considérable que, d'après le témoignage oculaire du bon pèlerin, ils ont joué dans l'iconographie religieuse. A la vérité Yi-tsing n'a pris occasion d'en parler qu'à propos des monastères du bassin du Gange. Mais Hiuan-tsang signale ce même «génie des richesses» dans un couvent du Kapiça, sur les confins occidentaux de l'Inde du Nord¹, et là aussi il était assis à l'un des coins de la porte. Le pèlerin ne nous dit malheureusement rien de l'image assise vis-à-vis et qui devait être, selon la coutume, celle de la fée aux enfants. En revanche, c'est celle-ci que Sir Aurel Stein a trouvée peinte sur le seul jambage non écroulé d'un temple du Turkestan chinois méridional (fig. 529). A l'autre bout du monde bouddhique, les deux habituels pendants continuent à se faire face des deux côtés de l'entrée du Candi Mendut² de Java (fig. 514 et 515).
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¹ Mem, I, p 43, Rec, I, p 59
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² Cf J Ph VOGEL, B E F E O, IV, 1904, p 727 Nous devons encore à l'éminent archéologue un important article consacré au même personnage et publié dans le même recueil (Note sur
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Ainsi assurés de l'ubiquité du personnage, nous n'aurons pas de peine à le reconnaître, avec ou sans sa compagne, sur nombre d'images du Gandhara. Rien ne nous serait même plus aisé que de
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[Figure: FIG 366 — MÊME PERSONNAGE Musée de Calcutta, n° G 57 Hauteur 0m 25]
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prévoir la plupart des variantes que comporte le thème fondamental du « génie ». L'interchangeable diversité des types de Yaksa, barbus ou imberbes, étroitement drapés ou largement dévêtus,
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[Figure: FIG 367 — MÊME PERSONNAGE Musée de Lahore, n° 3 Provenant de Takht Hauteur 1 m 80]
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nous est désormais trop familière pour nous arrêter un instant. L'attribut caractéristique de la bourse, comme tout à l'heure celui du foudre, n'est-il pas ici dans la majorité des cas pour lever nos
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une statue du Gandhâra conservée au musee de Lahore, B E F E-O , III, 1903, p. 149)
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hésitations, et l'analogie pour décider du reste? Peu importe donc que l'auteur de la figure 364, tout comme celui de la figure 253, ait cru adroit de rehausser la dignité de son Yaksa en le diadémant
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FIG. 363 — LE YAKSA AU SAC D'ARGENT
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d'un turban, il suffit qu'à ses côtés nous apercevions — sur le genou et sous le bras d'un de ses serviteurs, qui a d'ailleurs tout l'aspect du coolie dont il tient le rôle — le symbole parlant du sac ou plutôt de l'outre¹ déversant des pièces de monnaie à pleine ouverture. A ce prince charmant s'oppose, comme une vivante antithèse, le génie adulte, barbu, hirsute, plus qu'à demi nu de la figure 365; mais quoi, il tient dans la main gauche une bourse, et celle-ci, si exiguë soit-elle, est assez pour que s'impose leur assimilation. A côté de ce groupe, qui associe le donneur d'or à la donneuse d'enfants et non plus seulement aux enfants qu'elle donne, vient à son tour se ranger, quoique isolé, le fragment de la figure 366, où le Yakṣa joint à la semi-nudité un visage jeune et imberbe (cf. fig. 379-381). Aucun de ces rapprochements ne fait difficulté; nous avons déjà vu Vajrapāṇi passer, sous l'inspiration du moment, par un jeu de transformations non moins variées; mais aussi nous ne trouvons dans tout cela rien de nouveau ni de passionnant. Apparemment nous en resterions là et nous nous résignerions à ne désigner cet autre Yakṣa que par un vocable tiré de son office, comme celui de Dhana-da ou de Dhana-pati, si tout à coup ne surgissaient devant nos yeux des figures incomparablement plus originales. Qu'elles appartiennent d'ailleurs à la même série, on n'en saurait douter : la plupart tiennent encore (fig. 386-389) ou tenaient jadis, avant que leurs mains fussent brisées (fig. 367-370, 379-385), l'insigne emblématique du genre de faveurs qu'en attendaient les fidèles. Le spécimen le plus caractérisé nous est fourni sans conteste par la figure 367. Il serait inutile d'insister sur l'impression de vie intense qui se dégage de ce port impérieux, de ce torse massif, de cette physionomie brutale. Elle nous convainc immédiatement qu'une pareille figure n'est pas une simple création allégorique, ou du moins qu'elle revêt tous les traits d'un personnage réel. A une image si individuelle on cherche instinctivement un nom propre : et tel est le prestige de l'art que, dociles, les archéologues se sont mis aussitôt en campagne pour lui en trouver un.
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¹ M. FOUCHER, *loc. laud.*, p. 101, a déjà noté sa ressemblance avec celle des *bhuta* ou porteurs d'eau de l'Inde.
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SON IDENTIFICATION. — C'est là en effet un point dont les pèlerins chinois ont négligé de nous instruire. Du moins Yi-tsing nous dit-il simplement qu'on donnait au génie a la bourse le sobriquet de Mahākāla, le « Grand Noir », à cause des perpétuelles onctions d'huile qui finissaient par le noircir De son côté Hiuan-tsang ne
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[Figure: FIG 309 — MÊME PERSONNAGE Collection des Gu des à Mardin Hauteur 1 m 37]
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le désigne que par le vague titre de « Roi des Esprits » (I al sa rāja) Assurément nous pouvons agencer de façon assez cohérente cette dernière donnée avec les renseignements glanés çà et là dans les textes Au milieu des innombrables esprits qui peuplent la nature nous avons déjà vu les Yaksas de loin se dégager complètement du règne végétal et animal où plongent encore en partie leurs congénères de la terre, des arbres et des eaux, et les oiseaux surnaturels eux-mêmes. Parmi ces génies en passe de devenir dieux, nous savons qu'il y avait au moins deux catégories inégales en dignité(1). Nous n'ignorons pas non plus que vingt-huit d'entre eux, sans doute des plus puissants, sont sortis du rang et ont atteint le grade de général d'armée (senāpati)(2). Le Divyāvadāna(3) fait même une place à part à l'un d'entre eux, du nom de Pāñcika. Une fois il assume contre les hérétiques le rôle d'un Vajrapāṇi plus prompt à l'offensive; une autre fois, c'est au secours d'un Bodhisattva qu'il part avec ses troupes. Mais, si haut gradé qu'il soit, il n'est encore que l'exécuteur des volontés du dieu, son roi, nommé tantôt Kuvēra, tantôt et plus souvent Vaiçravaṇa : car, bien que ces deux noms figurent souvent côte à côte dans les énumérations, on ne peut guère douter qu'ils ne désignent au fond le même personnage(4). Dès lors comment n'aurait-on pas été tenté de reconnaître d'emblée, dans des images de si fière allure, le grand chef lui-même, de préférence à n'importe lequel de ses subordonnés? Songez que dès le début Cunningham avait d'enthousiasme «roi» le superbe guerrier du musée de Lahore Depuis lors, la critique européenne n'en voulait pas démordre : si génie il y avait, il fallait qu'il fût au moins le roi des génies! L'identification avec Kuvēra, suggérée pour la figure 364 par M. Burgess, fut étendue par M. Grünwedel à la figure 367, et reprise en détail par M. Vogel
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(1) Milinda-pañha, IV, 1, 38 (éd., p 118, trad., p 176), ou les Yaksas sont dits appesakkha. ou mahesakkha. (skt alpeçakhya, maheçakhya, et cf. le texte cité ci-dessus, p 84, n 1.
(2) Sur les 28 sênapati des Yakṣas, cf. Lalita-vistara, p 66, 1 5; 67, 10, 202, 9. Mahavamsa, XXXI, 90, XXXI, 81, etc
(3) P 163 et 447
(4) Cf par exemple Lalita-vistara, p 218 et 390 (kuvēra) en face de p. 302 et 384 (Vaiçravaṇa) — D'autre part ces noms se présentent côte à côte pour le plaisir d'allonger les énumérations (Mahavastu, III, p 68, 3.77.20, mais non I, 245, Lalita-vistara, p 120 383, 390; Dhanada et Kuvēra distingués dans Div, p 587. 1 13, etc) Ils semblent bien pourtant se rapporter au même personnage, qui est le sarva-yakṣadhipa rāja (Mahavastu, III, p 309) ou Vittēça, le premier des bons et mauvais génies (Bhag-Gud, XIII, 18).
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dans une excellente monographie(1) A la vérité il subsistait encore une assez forte objection si l'on voit bien qu'une bourse est l'attribut naturel du dieu des richesses, on ne saisit pas de prime abord ce qu'il peut avoir à faire d'une pique Mais bientôt une solution
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[Figure: FIG 370 — MÊME PERSONNAGE British Museum Hauteur 0 m 44]
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élégante de la difficulté fut suggérée par Sir Aurel Stein dans une note de son bel ouvrage sur les antiquités de Khotan(2) On pourrait dire qu'elle était déjà contenue dans ce court refrain des textes Uttarasyâ diçah Kuvero mahârâjah(3) « kuvêra, roi du Nord » Pour
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(1) J A A 1898 p 31 Globus Bd LXXV, n°11 18 mars 1899 p 176 B Kunst, p 126 et éd angl p 136 B E F E O, III 1903 p 163
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(2) Ancient Khotan p 158 n 6 où il signale en passant « this special connexion of the god with the Scythian North »
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(3) Cf Lalita-vistara p 218 etc les artistes en mal d'exécution de la commande de leurs donateurs, ces quatre mots auraient été un trait de lumière. Si l'on pouvait douter que les créateurs du type lui eussent donné l'aspect des rois barbares qu'ils voyaient descendre du Nord, il suffirait de se reporter aux monnaies indo-scythes. Sur ces dernières, où le roi est volontiers figuré en pied, on retrouverait aussitôt la courte lance constamment employée comme emblème de la royauté; et, si c'est là le sceptre le plus habituel de ces farouches monarques, pourquoi ne serait-il pas également dans la main de Vaiçravaṇa l'emblème de sa souveraineté sur le Septentrion ?...
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L'affaire en était là : et, pour notre part, nous ne demandions qu'à partager une identification si répandue. Pourtant il faut bien avouer que, même avec ce dernier correctif, elle faisait encore quelque violence aux documents de la cause. Que Kuvêra, en sa qualité de dieu protecteur du Nord, ait joui dans les pays septentrionaux de civilisation indienne d'une popularité supérieure à celle de ses collègues des trois autres points cardinaux, le fait est naturel et attesté : encore n'y a-t-il jamais poussé son avantage jusqu'à être le seul à se targuer d'images spéciales et nettement caractérisées. Tel est cependant l'exorbitant privilège qu'on ne craint pas de réclamer déjà pour lui dans l'école du Gandhâra. Peut-on du moins apporter à l'appui de cette prétention un commencement de preuve ? Tout au contraire. Il existe plusieurs répliques, de différentes mains, d'une scène où figurent sûrement les quatre rois gardiens du monde (cf. fig. 208 b et 210) : non seulement elles n'ont rien de commun avec l'une quelconque de nos images, sauf peut-être la figure 364, mais elles défient l'œil le plus sagace de relever un indice, si faible soit-il, qui permette de reconnaître lequel d'entre eux est Kuvêra (cf. plus bas, p. 159). Passerons-nous outre à cette protestation des pierres ? Loin de nous encourager à le faire, les textes y mêlent les leurs. S'il est un point qui ressorte clairement des renseignements de Yi-tsing comme de l'aspect des groupes conservés (fig. 379-387), c'est que le « génie des richesses », de quelque nom qu'on doive l'appeler, est l'époux de la fée Hâritî. Faudrait-il donc admettre une mésalliance entre Kuvêra et une simple Yaksinî, sa sujette ? Si les mœurs indiennes autorisent à la rigueur ces sortes d'union, elles ne sauraient concéder à une fille d'aussi basse condition le rang de première reine. D'ailleurs les textes pâlis nomment incidemment l'épouse officielle de Kuvêra : elle s'appelait Bhûñjatî¹. Ce n'est pas davantage le roi suprême des génies, mais seulement son général en chef, qu'un passage du Lalita-vistara² met en rapport avec la fée aux enfants. A la vérité il y est dit simplement que les cinq cents fils de Hâritî forment la suite du général Pañcika, mais si vague qu'il fût, ce rapprochement nous donnait fort à réfléchir. Que ledit général fût à la fois le chef et le père de sa troupe, c'est ce que confirme d'ailleurs un passage du Mahavamsa³, qui fait convertir toute la famille par Madhyântika. C'est sur ces entrefaites que nous avons rencontré, dans un texte du canon chinois traduit par M. Chavannes⁴, cette indication péremptoire et qui sonne le glas de la plus séduisante des hypothèses : « Hâritî est l'épouse de Pañcika ».
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¹ Cf. Sakka panha-s°, 10 (Rhys Davids, *Dialogues* part II, p. 305).
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² *Ld.* p. 202, trad., p. 177.
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³ XII, 21. M. W. Geiger a préféré à tort la lecture Pañjaka en face du Pañcaka de la Samantapasadika de Buddhaghosa (ed. H. Oldenberg, *Vinaya Pitakam*, III, p. 315). Il est permis de se demander s'il n'y aurait pas lieu de corriger de même la lecture Pânluka du Divyavadana (p. 61, l. 3) d'autant que ce dernier nom ne reparaît pas dans les listes de divinités bouddhiques citées plus bas, p. 118, n. 1 et 130, n. 1.
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⁴ Tsa pao tsang king (*Samyuktaratnapitaka-sutra* ?) dans *Toung Pao*, oct. 1904, p. 497 ou *Cinq cents Contes*, n°413, III, p. 115.
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Dès lors, le débat nous paraît clos, au moins en ce qui concerne l'école du Gandhâra, pour qui les textes canoniques font loi. L'interprétation nouvelle présente d'ailleurs cette présomption de vérité qu'aussitôt énoncée, les confirmations lui arrivent en nombre. Il y en a de négatives, comme lorsque tombent devant elle les objections tirées de la différence de rang entre les deux conjoints car désormais ils sont égaux — ou de la divergence des représentations gandhâriennes des Lokapâlas avec celles des « génies à la bourse » : car, au contraire, ceux-ci ne sont plus tout à fait du même monde. Il en est aussi de positives. Signalons par exemple la faculté définitivement acquise de réunir sans effort, sous une même dénomination, des créations aussi variées que les figures 364-367 : quand nous aurons étudié la figure stéréotypée du deva (cf. plus bas, chap. XII), nous comprendrons mieux encore que la rubrique protéiforme du Yakṣa peut seule autoriser des assimilations à la fois si inévitables et si osées. Enfin et surtout nous tenons cette fois une explication, infiniment plus proche et moins alambiquée que tout à l'heure, de l'attribut aussi constant qu'inattendu de la lance. Aucun ne saurait mieux convenir en effet à un « général » : c'est la transcription directe de son titre de senāpati, et voilà pourquoi il ne s'en sépare presque jamais, quelque type qu'il adopte. Du moins ne voyons d'exception à cette règle générale que sur les figures 365-366 et 379-381. Partout ailleurs, les vestiges restés sur la pierre ne permettent pas de douter qu'il ne la tînt dans sa main cassée, la droite sur la figure 364, la gauche sur la figure 369. Vraisemblablement cette dernière tenait en outre, de la droite, une bourse oblongue. Au milieu du socle de la figure 370, il semble qu'un personnage assis sur un lion — détail intéressant pour l'iconographie postérieure — fasse danser le même emblème devant les yeux alléchés des fidèles ; et jamais jusqu'ici ne manque auprès du chef des génies quelque lutin, mendiant ou joueur (fig. 364-370). Mais l'une des figurines du Louvre (fig. 371) se contente, comme indice de reconnaissance, d'une demi-pique ; et le curieux est que cela suffise : si bien qu'on peut se demander si celle-ci ne pourrait servir, pour ainsi dire rétroactivement, à nommer Pāñcika l'un des Yakṣas gardiens de la porte Ouest de Sāñchī (fig. 470). Avec l'autre se montre un attribut nouveau (fig. 372) ; de la précédente elle a gardé le nimbe et a fait passer son épieu dans la main droite : mais dans sa main gauche, comme dans celle de la figure 373, repose un oiseau qu'on pourrait prendre au premier abord pour un coq, ce compagnon bien connu du Mercure gréco-romain et aussi gallo-romain(1) Pourtant c'est un perroquet que l'excellent archéologue Hiuan tsang a
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[Figure: FIG 371 — MÊME PERSONNAGE Musée du Louvre n° 31 Provenant du Svat Hauteur 0m 18]
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cru distinguer sur la tête du *Paksarâja* de Kapiça et son opinion a pour elle, si l'on tient compte de l'étonnante continuité de la tradition bouddhique, le perroquet perché sur le poing d'un
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(1) On peut citer les petits bronzes du Musée du Louvre, par exemple et rappeler le coq figuré avec les lucée sur la monnaie de Sophytès (cf notre pl III 4) — Sur une fresque qui léa re une chapelle de la même Cave II d'Ajanta traitée en peinture le sujet de la frise M. Foucher signale « un coq et un autre oiseau » (Notes p 37 cf Griffiths pl 31 32) — Rapprochons enfin l'oiseau perché sur la lance de Mahâsena (LARDYER pl XXVII 16) ou le cimier de des petits gémes de la figure 374 et d'une des servantes dans le groupe d Ajantâ (fig 505), sans parler de ceux qui volent autour des têtes des deux protagonistes sur les murailles du Candi Mendut de Java (fig 514-515)
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Que reste-t-il cependant des spéculations auxquelles nous nous complaisions, il n'y a qu'un instant, sur le caractère septentrional de certaines de nos statues ? Beaucoup plus qu'on ne pourrait penser Il va de soi que Pâñcika n'appartient pas moins que son maître et seigneur à la région du Nord¹, et qu'il en partage avec lui la garde Aussi est-ce de ce côté qu'il nous faudra rechercher l'origine de plus d'une particularité de nos sculptures Tel sera le cas, ainsi que nous l'avons déjà vu (II, p 94) pour les tuniques à manches, les culottes, les bottes ou les jambières des figures 386 389 ou des donateurs des figures 367, 369 et 370 La figure 527 comblera même notre attente en reproduisant jusqu'à la coupe bizarre de la cuirasse d écailles, en forme de camail à trois pointes, qui couvre la poitrine et les épaules de l'assistant de gauche sur la figure 367 Il vaut mieux d'ailleurs avouer de bonne grâce que la plupart de nos statues, pour armées qu'elles soient, n'ont rien de belliqueux ni de terrible C'est en vain que la figure 370 s'efforce encore de froncer le sourcil, et les figures 364 et 371 de mouvementer leur attitude elles ne nous impressionnent pas Quant au Pâñcika de Mardân (fig 369), avec sa face inexpressive, ses draperies étriquées, ses genoux symétriquement relevés, son torse comme empalé sur un axe perpendiculaire, il est déjà retombé dans une apathie tout indienne C'est toujours au pseudo-roi du musée de Lahore (figures 367-368) qu'il nous faut revenir il est décidément à peu près seul à nous retracer quelque ombre des farouches conquérants rants descendus des passes du Nord-Ouest et dont le prestige ne devait être que trop bien établi sur la population indigène. Encore faut-il examiner auquel de ces foudres de guerre il ressemble. Tout compte fait, il n'a d'« indo-scythe » que la lance, ce qui est peu; M Vogel l'a déjà remarqué: « Je n'ai pas réussi à découvrir une monnaie indo-scythe dont l'effigie royale présentât une attitude semblable à celle de notre statue. Qui plus est, dans le costume il n'existe aucune analogie, et même le visage, quoique décidément barbare, est très différent de la physionomie de Kanishka et de ses successeurs¹. » Aussi n'est-ce pas, à notre avis, sur les monnaies royales, pas plus indo-parthes qu'indo-scythes, qu'il nous faut chercher ce masque à la fois si rébarbatif et si attachant. Chose extrêmement curieuse à noter, c'est sur celles dites des « satrapes » — apparemment eux aussi de simples généraux — que nous le trouvons.
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¹ Vaisravana est le dieu iranien de la guerre (voir notre pl V, 6) et le type Yaudheya ancien (V. Smith Cat I, XXI, 18 20) dhyâni la lapôtre du Gandhâra et du Kasmir D'autre part M Sylvain Lévi nous signale que la liste de la Mahamayuri vidya rajni mentionne Pâñcika sur les confins du Kasmir
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¹ *B. E. F. E.-O.*, III, 1903, p 152. Par monnaies indo-scythes M Vogel entend ici celles des Kusanas (cf plus bas p 166 et pl V)
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Il fait peu de doute pour nous que cette statue tout à fait exceptionnelle ne soit sortie du même atelier que le coin original du monnayage, aux légendes encore grécisantes, d'un Rājuvula ou d'un Hyrkodès². Qu'on compare la figure 368 et la planche IV, 17 et 19: c'est le même front bas, les mêmes gros yeux saillants, le même nez fort, la même moustache tombante, le même menton proéminent: et quoi de plus naturel en effet que de donner à ce chef Yaksa le type d'un franc condottiere? Ainsi s'explique le caractère iconique, à bon droit surprenant chez une image de divinité, qui s'était dès l'abord imposé aux observateurs. Tous ces traits ont été directement copiés d'après nature. A l'éducation classique du sculpteur nous rapporterons d'autre part l'habile traitement des draperies et la souveraine aisance de la pose Pour unir tant de mouvement à tant de stabilité, il n'aura eu qu'à se rappeler — souvenir au besoin rafraîchi par le revers des monnaies bactriennes — les motifs du Zeus au long sceptre ou du Poseidôn au trident (1). Comme dans toutes les œuvres du Gandhâra, nous retrouvons à l'analyse les deux mêmes éléments, l'un d'importation héllénistique et l'autre de production locale : et, comme toujours aussi, c'est l'heureux équilibre de ce compromis qui fournit les chefs-d'œuvre, ou du moins les œuvres sortant de l'ordinaire médiocrité. Mais c'est également le cas, ou jamais, de nous défier de nos habitudes et surtout de notre promptitude d'esprit européennes. Nous aussi, nous devons nous appliquer, dans l'interprétation de ces œuvres mixtes, à tenir la balance égale entre les deux parties composantes. Quelques touches empruntées à la vie indigène ne suffisent pas à faire un portrait historique; de vagues ressemblances avec tel ou tel habitant de l'Olympe grec ne donnent pas davantage dans l'Inde brevet de divinité (2). La statue de Lahore ne pouvait être pour nous qu'un roi ou un dieu : en fait elle n'est ni l'un ni l'autre. Aussi bien, mieux vaut partir du principe que nous ne devinerons jamais tout seuls. L'identité de ces images hybrides, c'est aux témoignages bouddhiques contemporains, inscriptions votives ou livres sacrés, qu'il appartient de la fixer; et c'est pourquoi nous n'avons plus ici qu'à nous incliner quand ces derniers, interrogés, nous ont répondu : Ni si haut, ni si bas; entre les deux; c'est Pâncika, le général des génies.
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² P Gardner, *Cat.*, pl XI, 11, XII 7. Le type se continue naturellement chez les Ksatrapas occidentaux (voir, par exemple, V. Smith, *Cat.*, pl XIV)
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² De même le fait de ressembler, de loin, à Athènè (fig 342) ou à Déméter (fig 374) ne garantit pas le moins du monde que nous ayons affaire à une véritable déesse.
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SA DOUBLE ÉVOLUTION. — Qu'est-ce qu'un texte pour un philologue ? — Tout. Qu'est-ce pour des peuples illettrés ? — Rien : et nous en allons en avoir la preuve. Mais déjà nous pouvons imaginer, d'après nos propres impressions, les sentiments des fidèles du Nord Ouest devant des images du genre de la figure 367 Si d aussi bons juges que MM Burgess, Grunwedel et Vogel ont voulu y voir suzerain en personne dans un si arrogant vassal? Ou, du moins, s'ils étaient retenus au Gandhâra sur cette pente fatale par leur familiarité avec les textes ou la persistance de la tradition orale, comment la tentation ne serait-elle pas devenue insurmontable à mesure que de telles idoles pénétraient plus loin dans le Nord, parmi des populations non moins simplistes, et encore plus ignorantes que nous des menues subtilités de la superstition indienne? Si nous remontons seulement jusqu'au Kapica, nous trouvons que le dispensateur des richesses en a été fort judicieusement constitué le gardien — à moins que ce ne soit là un simple retour à sa fonction initiale (cf plus bas, p 131) — et le nom de Yakṣa-râja, noté par Hiuan tsang pour ce génie, conviendrait beaucoup mieux à Kuvêra qu'à son général Mais déja à Bactres le pèlerin avait entendu et jeté sur ses tablettes une histoire tout à fait analogue(1) La aussi, une idole miraculeuse protège le trésor du monastère contre la cupidité des tyrannaux d'alentour mais, cette fois, pour la désigner, c'est le nom de Vaiçravana que, sans hésitation aucune, on a dicté à Hiuan-tsang Pourtant on ne saurait douter qu'il s'agit encore et toujours du même personnage, car c'est avec sa sempiternelle pique qu'il transperce en rêve le cœur du méchant khân qui voulait piller le couvent Ce n'est pas d'ailleurs la seule occasion que notre héros ait trouvée de se servir de son arme favorite Avec la même lance, il a fendu la ceinture de montagnes et desséché le lit du lac qui recouvrait le pays de Khotan mais, cette fois encore, il n'a travaillé que pour la gloire d'un autre, et c'est Vaiçravana que les témoignages tibétains font honneur de cet exploit(2). Abusant de la situation, le roi des génies s'est désormais approprié l'arme de son général(3), du même coup, il l'a dépossédé
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¹ Cf par exemple P GARDNER, Cat., pl IV, 1, et V, 1. on nos pl III, 1. et IV, 9 — Ainsi s'est ingénier le caprice de l'artiste qui sur la figure 387 et la pl V, 8 et 12 a transformé la pique en sceptre
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F 372-373 — MÊME PERSONNAGE
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(1) *Rec*, I, p 45 (cf 55) — On remarquera que le texte traduit en chinois cité p 115 n 4 fait aussi de Pâncika un « râja » C'est encore là dans l Inde un titre qui ne coûte guère
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(2) ROCKHILL, *Life*, p 234
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(3) « Si c'était Vresaman, il serait muni d'une longue lance » est il dit du Bodhisattva dans Une version sogd enne du *Vessantara jataka*, trad GAUTHIOT, J 1, du grand temple local et de la célèbre statue, sorte de palladium du royaume qui lui devait sa dynastie Ce n'est pas, à la vérité, comme on pourrait être porté à le croire, qu'un des génies enfants se fût borné à descendre du socle pour devenir prince héritier il a été assuré à Hiuan-tsang que ce dernier serait sorti de la tête même de la grande image(1) Était ce pour ressembler à son ancêtre supposé que le roi de Khotan se coiffait, nous dit Song Yun (2), d'un « bonnet doré ressemblant à une crête de coq »? Toujours est il que ce passage nous rappelle invinciblement l'étrange coiffure, aplatie sur les côtés, mais frangée au milieu et relevée sur le haut du crâne par des rubans curieusement crêpelés et dentelés, que porte aussi bien une figurine du Mahâban (fig 372) qu'une petite tête de terre cuite recueillie par Sir Aurel Stein sur l'emplacement de l'ancien Khotan (fig 526), car, en dépit des yeux beaucoup plus obliques de cette dernière, on n'en contestera pas la parenté (3) Ce n'est pas tout si certaines particularités des images gandhâriennes de Pâncika nous rendent seules intelligibles plus d'un trait de la légende du Vaiçravana khotanais, il ne nous sera pas moins nécessaire d'avoir recours à elles pour interpréter ses images sérindiennes Sans connaître le caractère martial de notre senâpati (4), comment comprendre que le génie à la bourse trouvé par Sir Aurel Stein dans ses fouilles de Dandan Uiliq se présente à nous armé de pied en cap (fig 528)? Ici d'ailleurs la contamination des deux person
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mai juin 1912 p 475 — Au contraire le Lotus de la Bonne Loi semble distinguer encore Vaiçravana de son senâpati (4) p 433 et 445)
(1) Rec II p 311
(2) Trad CHAVANNES dans B E F E-O, III 1903 p 394 à propos du coq et de ses relations avec Pâncika, cf ci-dessus II p 116-117 et fig 372 373
(3) Cf encore une t te analogue (mais avec moustache et barbiche) dans J A S Feng 1901 extr number pl XI 1
(4) Sur la fig 43a ou il reparaît à titre de personnage épisodique (cf B E F F O III 1903 fg 15 en bas) il porte même l'armure complète tout comme sur la fig 373 — Il est curieux de noter a ce propos que le Nêgamêsa des Jaïnas également intéressé à la procréation est aussi un «général» d'Indra et mis en rapport avec Skan la (WINTERNITZ J R A S 1895 p 149 et suiv ) et que Skanda lui même a con me Hâritî (cf plus bas p 130) commencé sa carrière divine en qualité de «saisisseur d'enfants» (bala-graha)
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nages est chose accomplie. D'une part, la bourse tenue dans la main droite de la statue rappelle notre Yakṣa; de l'autre, le nain difforme qu'elle foule aux pieds, comme à Barhut (fig. 469), prouve bien qu'il s'agissait de Kuvēra ou Vaiçravaṇa (1), dit « celui qui a pour monture un homme » (Nara-vāhana). Mais, si le dieu indien a revêtu en route l'aspect d'un chef de horde, il ne peut le devoir qu'à une confusion avec son propre général en chef. Dès lors, nous nous expliquerons également son attirail guerrier sur les peintures du Tourfan et les vieilles sculptures rupestres de la Chine (2), tandis qu'à l'autre bout de la chaîne, la lance du Bisamon japonais (fig. 547) nous certifiera, non moins que son nom, ses origines indiennes et la fidélité, au moins matérielle, de la transmission.
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Mais si, au lieu de suivre notre Pāñcika sur les âpres routes de la Haute-Asie, nous descendions avec lui vers les molles plaines de l'Inde, c'est en vain que nous chercherions désormais dans sa main l'attribut en question. Évidemment cet insigne des rudes principautés militaires du Nord-Ouest, dont la guerre était l'unique industrie, n'aurait plus eu de sens dans le bassin du Gange. L'Inde pacifique a visiblement oublié que Pāñcika était un général pour ne plus souvenir que du fait que c'était un génie. Elle s'est donc contentée de lui appliquer toute faite sa conception courante du yaksa sous la forme d'un nain plus ou moins contrefait et presque nu (cf. plus haut, II, p. 41). Tout au plus faut-il en outre compter avec une idée profondément ancrée dans l'esprit de la population indigène, dont on peut dire que, pour un tiers, sa condition a toujours été de mourir de faim : c'est à savoir que l'obésité est la manifestation topique de l'opulence Courtaud, puisque yaksa et gras à lard, puisque riche, ainsi s'est modelé par définition le type de l'école de Mathurâ (fig 490) (1) Nous en rapprocherions volontiers, bien qu'ici les attributs manquent en même temps que les
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¹ Une autre raison, comme le remarque justement Sir Aurel Stein (Anc Khotan, p. 253), c'est que, dans les trois autres coins de la cella, des piédestaux portaient, selon toute vraisemblance, des images des trois autres Lokapālas. Sur l'aspect pris par ces derniers, cf. plus bas, p. 160 — On remarquera que la Haute-Asie a voulu prononcer « Vaiçramana ».
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² Voir notamment Von Le Coq, Chotscho, pl 42 (où Vaiçravana tient sa lance), et Chavannes, Mission en Chine, pl CCXVII, n° 353 (où Vaiçravana est debout sur un nain).
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Fig 374 375 — HARI ET L'ÊTRE AUX ENFANT
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Fig 374 British Museum Hauteur 0m 6
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Fig 375 Musée de Lahore Provenant de Sikri Hauteur 1m 2
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bras le nain ventru et moustachu de la figure 491 avec la disposition si caractéristiquement indienne du châle qui soutient outre le genou la bedaine tendue à se rompre Les images de l'intérieur de la péninsule, qu'il s'agisse de celles d'Ajantâ (fig 505)
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voir encore le N C A du même Vogel dans B E F E-O VIII 1908 491 et rappeler notre figure 490 de Bénarès de Sânchi (fig. 499), ou du Magadha (fig. 501-502)¹, témoignent parfois de plus de considération pour leur personnage en le coiffant d'une tiare; et ainsi fait également le bas-relief du Candi Mendut (fig. 514). Celui-ci se contente d'ailleurs, comme emblème, de vases débordant de joyaux, rangés devant son piédestal : ce détail, qui se répète sur la plupart des nombreux bronzes javanais des musées de Batavia et de Leyde, est emprunté aux images du bassin du Gange. En revanche, les spécimens de Mathurâ tiennent volontiers, dans la main droite, une coupe sur laquelle nous aurons à revenir plus bas (p. 147). Mais, à ces détails près, tous les exemplaires connus correspondent en somme admirablement à la description que Yi-tsing nous en a faite : « Une image de divinité, de deux ou trois pieds de haut, tenant une bourse d'or, et assise sur un siège bas, avec l'un de ses pieds pendant vers le sol². » Il ajoute qu'elle était « sculptée en bois ». Bien entendu, nous n'avons conservé que les spécimens en métal ou en pierre; mais le nombre de ceux que nous avons gardés témoigne assez de la multitude de ceux qui se sont perdus. Peut-être aussi comprenons-nous mieux à présent pourquoi nous ne trouvons nulle part le nom de Kuvêra ou Vaiçravana attribué à cette déité populaire. Le pèlerin chinois se borne, avons-nous dit, à lui appliquer le surnom de Mahâkâla. De même les textes magiques et, plus tard, les inscriptions des miniatures ne le désignent toujours que par un sobriquet — emprunté vraisemblablement au citron qui a définitivement remplacé la coupe dans sa main droite, — celui de Jambhala. Or, nous ne voyons pas davantage que ces deux appellations figurent dans les listes des lexiques, parmi les dix-huit ou vingt-deux synonymes de Kuvêra; et ainsi on ne peut se défendre de l'impression que dans l'Inde, à la différence de ce qui s'est passé dans la Haute-Asie, les bouddhistes ont gardé jusqu'au bout le sentiment plus ou moins obscur d'une différence hiérarchique à faire entre un simple génie domestique et un dieu¹
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¹ Cf. A. S. I., Ann. Rep. 1907-8, pl. XX et p. 70-71 (Bénarès); J. R. A. S., 1908, pl. V (originaire de Çrâvastî, mais en grès de Mathurâ : assis à l'européenne); Iconogr. bouddh., I, fig. 20-21, et pl. IV, 1; II, p. 50 (Magadha), etc.
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² C'est la pose dite du lalitâsepa ou lalitâsepa, déjà caractéristique des figures 383-384; les autres figures gandhâriennes sont assises à l'européenne comme l'est encore le Jambhala de Çrâvastî que nous venons de citer à la note précédente.
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¹ Amarakoça, I 1, 63-66. Hemacandra, Abhidhana-cintamani, II 189 190. — Le Tibetan-English Dictionary de Câsâ Dâs identifie Lna rcen (qui nous dit M. S. Lévi traduit Pâncika dans la Mahamayuri) avec Kuvêra mais ajoute sans s'émouvoir que ce n'est qu'un des huit généraux de Vaiçravana.
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Quoi qu'il en soit sur ce point — et l'on sent assez combien une onomastique aussi flottante favorise les confusions — les grandes lignes de l'iconographie du « Yaksa à la bourse » se dessinent assez nettement. Nous avons suivi de part et d'autre deux grandes séries, toutes deux originaires du Gandhâra, et entre lesquelles justement oscillent toutes les créations gandhâriennes. D'une part, le type guerrier à la lance, dont la meilleure réalisation nous a été jusqu'à présent fournie par la figure 367, nous a conduits par l'Asie centrale jusqu'au Japon. De l'autre, le type sans armes, mais néanmoins démoniaque, seulement esquissé sur la figure 365 et pleinement développé à Mathurâ (fig. 490-491), nous a menés à travers la péninsule jusqu'à l'Insulinde. Dans le panthéon lamaïque, en qui nous apprendrons à reconnaître le lieu de convergence de ceux de la Haute et de la Basse-Asie, nous retrouvons ces deux modèles côte à côte. L'un, redescendu du Nord, est resté le Vaiçravana, couvert de son armure et tenant toujours la lance à banderole, volontiers assis sur un lion (fig. 549), et que copie d'aussi près que possible sur ses portraits — comme faisait avant lui le roi de Khotan — le grand monarque tibétain, Sron tsan-gam-po. L'autre, de bonne heure enrôlé dans les hordes tantriques sous le nom de Mahâkâla, nu, obèse, parfois même obscène, arrive directement du Sud. Se rencontrant au Tibet après ce circuit, ils n'ont plus l'air de se reconnaître eux-mêmes sous des noms et des aspects si différents; et certes, nous ne les identifierions plus sans l'attribut qui reste toujours et partout leur emblème le plus universel et le plus sûr, à savoir la bourse : car, si la peau de mangouste dont celle-ci était faite a repris vie sous leur main, elle n'en continue pas moins à dégorger des trésors tout comme l'outre de la figure 364 (1). Est-ce la peine d'ajouter que l'esquisse ainsi tracée est tout à fait schématique et sommaire? Il va de soi que, d'un groupe à l'autre, plus d'un trait s'emprunte et se mêle dans la réalité. Volontiers le Mahākāla tibétain prend un air furibond et foule aux pieds une forme humaine, tout comme le Vaiçravaṇa de la Sérinde, de la Chine ou du Japon. Parfois la corpulence de notre Pāñcika gandhārien ne le cède en rien à celle du Jambhala népalais, tandis que celui-ci s'efforce, de son côté, sur les miniatures, de rouler de gros yeux et de prendre un air bourru qui ne trompe plus personne. Mais surtout il ne faut pas croire que l'Extrême-Orient ignore — quelles que soient d'ailleurs la voie et la date de son introduction — le type bénévole et obèse de l'Inde gangétique. Qui n'a vu, sur quelque kakémono japonais, lui cligner joyeusement de l'œil le petit dieu Dai-kokou (= Mahākāla), courbé sous son sac ou accroupi sur une balle de riz? Qui n'a rencontré surtout quelqu'une de ces statuettes en porcelaine blanche, fabriquées à des milliers d'exemplaires, du prétendu « Buddha ventru » des Européens, le Ta tou-tseu Mi-le des Chinois (2)? Comment se fait que dans ce bonhomme jovial, affalé à terre et adossé à une énorme besace, le ventre débordant et nu, la bouche fendue jusqu'à ses épaisses oreilles, et ses yeux rieurs perdus dans la grasse de ses joues (cf fig 544), les bouddhistes de Chine aient fini par voir un avatar du futur Buddha Maitrêya, c’est aux sinologues qu’il appartient d’expliquer par des raisons historiques ou psycholo-
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[Figure: Fig 543 — MÊME PERSONNAGE Fig 546 Musée de Peshawar Provenant de Takht-i Bahi (19 4 Fig 548 Musée de Lahore Provenant de Skarah Dheri Hauer im Jo]
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giques cette aberration du sens religieux Il n’en est pas moins sûr que tous les traits caractéristiques de cette figurine ses jambes courtes sa semi-nudité son obésité bien que librement interprétés à la chinoise sont tous directement dérivés sans oublier son gros sac du génie indien de la richesse. Aussi bien Yi-tsing nous avertit que, de son temps, des images de Mahâkâla se rencontraient déjà en Chine, tout comme celles de son pendant féminin, Hâritî¹.
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¹ Loc. laud, p 39. — Le Candragarbha sûtra (trad Sylvain Lévi, dans B E. F. E O., V, 1905, p. 268, § 55) cite également parmi les divins protecteurs du Bouddhisme en Chine le Yaksa Pâñcika et (dite tantôt devi et tantôt raksast) Hâritî, la mère des démons C'est ainsi que la classe le Lotus de la Bonne Loi, trad. Burnouf, p. 240; éd. p. 400, l 7.
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