L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t2.47
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t2.47
- Language
- French
v2.c14.s2.t2.47
Il fait peu de doute pour nous que cette statue tout à fait exceptionnelle ne soit sortie du même atelier que le coin original du monnayage, aux légendes encore grécisantes, d'un Rājuvula ou d'un Hyrkodès². Qu'on compare la figure 368 et la planche IV, 17 et 19: c'est le même front bas, les mêmes gros yeux saillants, le même nez fort, la même moustache tombante, le même menton proéminent: et quoi de plus naturel en effet que de donner à ce chef Yaksa le type d'un franc condottiere? Ainsi s'explique le caractère iconique, à bon droit surprenant chez une image de divinité, qui s'était dès l'abord imposé aux observateurs. Tous ces traits ont été directement copiés d'après nature. A l'éducation classique du sculpteur nous rapporterons d'autre part l'habile traitement des draperies et la souveraine aisance de la pose Pour unir tant de mouvement à tant de stabilité, il n'aura eu qu'à se rappeler — souvenir au besoin rafraîchi par le revers des monnaies bactriennes — les motifs du Zeus au long sceptre ou du Poseidôn au trident (1). Comme dans toutes les œuvres du Gandhâra, nous retrouvons à l'analyse les deux mêmes éléments, l'un d'importation héllénistique et l'autre de production locale : et, comme toujours aussi, c'est l'heureux équilibre de ce compromis qui fournit les chefs-d'œuvre, ou du moins les œuvres sortant de l'ordinaire médiocrité. Mais c'est également le cas, ou jamais, de nous défier de nos habitudes et surtout de notre promptitude d'esprit européennes. Nous aussi, nous devons nous appliquer, dans l'interprétation de ces œuvres mixtes, à tenir la balance égale entre les deux parties composantes. Quelques touches empruntées à la vie indigène ne suffisent pas à faire un portrait historique; de vagues ressemblances avec tel ou tel habitant de l'Olympe grec ne donnent pas davantage dans l'Inde brevet de divinité (2). La statue de Lahore ne pouvait être pour nous qu'un roi ou un dieu : en fait elle n'est ni l'un ni l'autre. Aussi bien, mieux vaut partir du principe que nous ne devinerons jamais tout seuls. L'identité de ces images hybrides, c'est aux témoignages bouddhiques contemporains, inscriptions votives ou livres sacrés, qu'il appartient de la fixer; et c'est pourquoi nous n'avons plus ici qu'à nous incliner quand ces derniers, interrogés, nous ont répondu : Ni si haut, ni si bas; entre les deux; c'est Pâncika, le général des génies.