L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t2.69
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t2.69
- Language
- French
v2.c14.s2.t2.69
Quoi qu'il en soit sur ce point — et l'on sent assez combien une onomastique aussi flottante favorise les confusions — les grandes lignes de l'iconographie du « Yaksa à la bourse » se dessinent assez nettement. Nous avons suivi de part et d'autre deux grandes séries, toutes deux originaires du Gandhâra, et entre lesquelles justement oscillent toutes les créations gandhâriennes. D'une part, le type guerrier à la lance, dont la meilleure réalisation nous a été jusqu'à présent fournie par la figure 367, nous a conduits par l'Asie centrale jusqu'au Japon. De l'autre, le type sans armes, mais néanmoins démoniaque, seulement esquissé sur la figure 365 et pleinement développé à Mathurâ (fig. 490-491), nous a menés à travers la péninsule jusqu'à l'Insulinde. Dans le panthéon lamaïque, en qui nous apprendrons à reconnaître le lieu de convergence de ceux de la Haute et de la Basse-Asie, nous retrouvons ces deux modèles côte à côte. L'un, redescendu du Nord, est resté le Vaiçravana, couvert de son armure et tenant toujours la lance à banderole, volontiers assis sur un lion (fig. 549), et que copie d'aussi près que possible sur ses portraits — comme faisait avant lui le roi de Khotan — le grand monarque tibétain, Sron tsan-gam-po. L'autre, de bonne heure enrôlé dans les hordes tantriques sous le nom de Mahâkâla, nu, obèse, parfois même obscène, arrive directement du Sud. Se rencontrant au Tibet après ce circuit, ils n'ont plus l'air de se reconnaître eux-mêmes sous des noms et des aspects si différents; et certes, nous ne les identifierions plus sans l'attribut qui reste toujours et partout leur emblème le plus universel et le plus sûr, à savoir la bourse : car, si la peau de mangouste dont celle-ci était faite a repris vie sous leur main, elle n'en continue pas moins à dégorger des trésors tout comme l'outre de la figure 364 (1). Est-ce la peine d'ajouter que l'esquisse ainsi tracée est tout à fait schématique et sommaire? Il va de soi que, d'un groupe à l'autre, plus d'un trait s'emprunte et se mêle dans la réalité. Volontiers le Mahākāla tibétain prend un air furibond et foule aux pieds une forme humaine, tout comme le Vaiçravaṇa de la Sérinde, de la Chine ou du Japon. Parfois la corpulence de notre Pāñcika gandhārien ne le cède en rien à celle du Jambhala népalais, tandis que celui-ci s'efforce, de son côté, sur les miniatures, de rouler de gros yeux et de prendre un air bourru qui ne trompe plus personne. Mais surtout il ne faut pas croire que l'Extrême-Orient ignore — quelles que soient d'ailleurs la voie et la date de son introduction — le type bénévole et obèse de l'Inde gangétique. Qui n'a vu, sur quelque kakémono japonais, lui cligner joyeusement de l'œil le petit dieu Dai-kokou (= Mahākāla), courbé sous son sac ou accroupi sur une balle de riz? Qui n'a rencontré surtout quelqu'une de ces statuettes en porcelaine blanche, fabriquées à des milliers d'exemplaires, du prétendu « Buddha ventru » des Européens, le Ta tou-tseu Mi-le des Chinois (2)? Comment se fait que dans ce bonhomme jovial, affalé à terre et adossé à une énorme besace, le ventre débordant et nu, la bouche fendue jusqu'à ses épaisses oreilles, et ses yeux rieurs perdus dans la grasse de ses joues (cf fig 544), les bouddhistes de Chine aient fini par voir un avatar du futur Buddha Maitrêya, c’est aux sinologues qu’il appartient d’expliquer par des raisons historiques ou psycholo-