L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t4.6
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t4.6
- Language
- French
v2.c14.s2.t4.6
fécondité, épouse du génie des richesses, revirent tout naturellement passer dans leur imagination les figures familières de la Fortune et de la Bonne Déesse. Aussi M. Senart a-t-il tout de suite dégagé, dans son analyse de la figure 375, malgré les imperfections de sa facture, le souvenir de Cybèle ou quelque divinité analogue¹. De même il ne se peut pas que la figure 374 ne nous rappelle aussitôt une Dèmèter. Quelques sculpteurs n'allèrent pas par quatre chemins, et, suivant jusqu'au bout leur idée, placèrent carrément une corne d'abondance dans la main gauche de Hâritî². Ils n'oubliaient qu'un point : c'est que, dans les idées indiennes, une corne — comme toute dépouille de bête morte, l'antilope noire exceptée — est chose éminemment impure. Aussi le laksana de la déesse de la figure 488 est-il actuellement incompréhensible pour les pandits kaçmîris que nous nous sommes fait un malin plaisir d'interroger à son sujet. En dépit de toutes les fioritures, et bien que son extrémité inférieure soit sculptée (comme d'ailleurs sur la figure 386) en forme de tête d'animal, il leur fallait, bon gré mal gré, y reconnaître une corne; et ils ne concevaient pas que personne d'autre qu'un corroyeur — le moins dégoûté et le plus méprisé des hommes — pût toucher un pareil objet. Pour nous, Européens, que ne gênent point de tels raffinements de délicatesse, cet attribut, loin de nous choquer, n'évoque à nos esprits charmés que des idées de maturité plantureuse et de maternelle prospérité. Aucun ne pouvait mieux répondre, dans l'esprit des sculpteurs, pourvu seulement qu'ils fussent plus grecs qu'indiens, au concept qu'on leur avait donné de la féconde et fécondante Hâritî.