L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t5.25
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t5.25
- Language
- French
v2.c14.s2.t5.25
CANDRA ET SÛRYA. — Sommes-nous donc condamnés à ne jamais trouver, dans la catégorie où les génies supérieurs voisinent avec les dieux inférieurs, que des images ou des reflets du même envahissant personnage? Une chance nous reste. Les textes associent communément aux quatre Lokapâlas deux divinités également subalternes², mais de toutes les plus visibles, à savoir (dans cet ordre) la Lune et le Soleil, Candra et Sûrya, d'ailleurs tous deux masculins en sanskrit. Le Lalita-vistara ne manque pas de les convoquer pour assister au « Grand Départ » du Bodhisattva; et justement ils paraissent sur un bas-relief bien connu du musée de Lahore (cf. fig. 391), au-dessus de l'épisode immédiatement antérieur du « Sommeil des femmes ». Le nimbe plein de l'un, échancré de l'autre, ne laisse aucun doute sur leur double identification³. Ils encadrent entre eux une tête de taureau qui symbolise sans doute — bien que d’une façon erronée — la mansion du zodiaque lunaire correspondant à l’époque légendaire de l’événement(1). On pourrait même, avec beaucoup de bonne volonté, trouver en lui l’amorce de ces représentations de *naksatra* qui décorent les voûtes des temples du Tourfan(2). Mais ce que nous cherchons avant tout en ce moment, ce sont des images isolées; et nous ne reviendrons pas absolument bredouilles de notre chasse, puisqu’il en existe au moins une et qui a déjà passé sous nos yeux (I, p. 207, fig. 83). Nous avons noté à son propos le mélange de souvenirs helléniques et d’accessoires indiens qu’elle présente. A vrai dire, si l’on considère la forme de croissant donnée à son nimbe, c’est à un Candra et non à un Sûrya que nous aurions affaire : mais les grandes lignes de la composition ne changent pas. Ce qui nous intéresse particulièrement aujourd’hui, c’est la façon dont les chevaux cabrés sont rejetés à droite et à gauche, presque perpendiculairement au timon du char qu’ils sont censés traîner et qu’en fait ils supportent sur leurs croupes. Ce bizarre arrangement qui figure sur les piliers de la balustrade de Bodh-Gayâ (fig. 82) et ne saurait par suite être postérieur au IIe siècle avant notre ère, est reproduit d’une manière frappante sur une figure peinte du Soleil (fig. 531) que M Grunwedel a relevée dans l’une des grottes de Koumtoura, près de Koutcha (IVe-Ve siècles) ; et celle-ci à son tour nous mènerait sans effort aux représentations byzantines de l’ascension d’Alexandre sur son char attelé de griffons dressés.
Cites (2)
- Lalitavistarā — Haribhadra Sūri, Sanskrit
- Bodh Gayā