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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t5: § V. Les dii minores

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t5

Language
French

§ V. Les dii minores

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Il importait ainsi à notre dessein archéologique de mettre dans tout son jour la popularité du couple tutélaire. À la preuve directe que nous en apporte, au Gandhâra même, son omniprésence, nous pouvons tout de suite ajouter le supplément inattendu d'une démonstration indirecte, tirée de l'absence complète de toute autre dévotion du même ordre et adaptée au même milieu. Du moins aucune ne nous est-elle attestée par des idoles qui, pour la fréquence, puissent le disputer de si loin que l'on voudra avec celles de Pāñcika et de Hāritī. Ce n'est assurément pas que l'Inde manque de déités de la même catégorie : les textes nous citent par leurs noms quantité de Yakṣas, de Nāgas et de Gandharvas des deux sexes². Mais il est à croire que nul d'entre eux n'a su se créer une clientèle comparable à celle des détenteurs et distributeurs de l'or et de la postérité. Nous avons beau chercher parmi les débris de l'art gréco-bouddhique, nous n'y voyons pas d'autre génie ou d'autre fée revêtir à son tour une forme caractéristique et revendiquer pour ses images particulières une place au soleil. On conçoit que le prestige de nos deux héros ne fasse que s'ac-

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² Cf. par exemple le Mahāsamaya-sutta pâli (trad. RHYS DAVIDS, Dialogues, part II, p. 288-289), ou la liste du Candra-garbha-sûtra chinois publiée par M. Sylvain LÉVI (B. E. F. E.-O., V, 1905, p. 264 et suiv.), ou encore celle de la Mahā-māyūrī sanskrite, éditée par M. S. D'OLDENBOURG dans les Mém. de la Sect. or. de la Soc. russe d'Arch., t. XI, p. 231-234.

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pour des images jainas, en attendant la publication du musée de Lakhnau.

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croître quand nous sommes ainsi réduits à constater qu'ils furent sans rivaux en leur genre.

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Dans le cas de Hâritî nous pouvons même aller jusqu'à dire que nous ne connaissons présentement au Gandhâra aucune déesse qui l'emporte sur cette simple fée. C'est qu'en effet le panthéon de l'école est des plus pauvres en figures féminines. Nous avons déjà constaté quel rôle effacé elles jouent dans les scènes légendaires comme dans la décoration. Quelques fantaisies bachiques mises à part, l'art reflète sur ce point l'aversion toute monastique que les livres sacrés décèlent pour la femme. Nous avons eu tôt fait ci-dessus (II, p. 64-69) d'épuiser la liste des nymphes qu'il nous montre; plus longue serait l'énumération de celles qu'il se refuse systématiquement à représenter. Les bas-reliefs eux-mêmes ne nous ont pas encore fait voir les filles de Mâra, du moins dans leur rôle de tentatrices (cf. toutefois fig. 400 et 401). Nous n'avons pas davantage aperçu d'Apsaras quand nous avons visité grâce à eux le ciel d'Indra, où nous savons par les textes et les sculptures inscrites de Barhut qu'elles abondent. Un degré de plus, et le Mahâvastu¹ nous avertit qu'à partir du ciel des Tuṣitas les Bodhisattvas renoncent à l'amour : avis à ceux qui rêveraient de trouver au Gandhâra les çakti que l'iconographie postérieure leur accole en des étreintes lascives. Nous avons déjà noté (II, p. 146) la totale absence du type de la déesse Lakṣmî. Pas davantage nous n'avons encore trouvé trace de ce culte de Târâ « la Sauveuse », dont la vogue fut si grande dans l'Inde médiévale qu'on l'a pu comparer à celui que reçoit de nos jours la Vierge Marie en Occident ou la déesse Durgâ au Bengale. Apparemment, à l'époque qui nous occupe, Hâritî avait concentré sur soi et suffisait à contenter chez les fidèles de l'Inde du Nord cette part du sentiment religieux qui, de tout temps et partout, est d'avance vouée aux personnifications surnaturelles de la femme et de la mère.

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¹ p. 153.

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Passe encore pour l'étonnante fortune que cette fée, censée originaire du Magadha, a faite dans l'Inde du Nord : mais que Pāñcika l'ait partagée sans trouver dans aucune tribu de génies un compétiteur digne de ce nom, voilà qui a de quoi nous surprendre. Admettons que parmi les Yakṣas il se soit adjugé la première place : il faut bien que quelqu'un l'occupe et, lui ou un

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FIG. 385. — MÊME GROUPE. Musée de Peshawar, n° 241. Provenant de Sahri-Bahlol. Cf ASI, Ann Rep 1906-1907, pl XXXII c

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autre, ce nous est tout un. Mais notre étonnement subsiste de ne pouvoir mettre en ligne à ses côtés une seule vraie idole de Nāga. Nous savons pourtant que la croyance à l'existence et au pouvoir surnaturels de ces génies des sources existait dans toute la région du Nord-Ouest, qu'elle y existe encore et que, là où l'eau est le plus grand des bienfaits, leur faveur n'est nullement imaginaire ni le culte dont on les entoure sans objet; aussi leurs statues sont-elles fréquentes dans l'école de Mathurâ(1) Il est d'autant plus étrange que l'art gréco-bouddhique n'ait jamais éprouvé le besoin de les figurer autrement qu'en relations plus ou moins courtoises avec le Maître ou en proie à Garuda (cf. plus haut, chap x, § 11) Jamais non plus, à notre connaissance, le Gandhâra Pâñcaçikha, pour populaire qu'il fût, ne s'est détaché de son cadre légendaire (cf II, p 27)

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LES LOKAPALA — S'il faut nous résigner à ne trouver ni au-dessous de lui, ni sur le même pied, personne qu'on puisse opposer à notre parvenu, serons-nous plus heureux à l'étage immédiatement au dessus ? Là, sur le plus bas échelon des cieux nous rencontrons les quatre déités qui règnent sur les quatre points cardinaux de notre horizon et que, pour cette raison, on appelle les « Gardiens du Monde » ou simplement les « Quatre Rois » Ce sont à l'Est, Dhṛtarâstra, au Sud, Virûdhaka; à l'Ouest, Virûpâksa, au Nord, Kuvêra ou Vaiçravana, avec leurs cortèges respectifs de Gandharvas, de Kumbhândas, de Nâgas et de Yaksas (cf plus haut, II, p 26) car ces chefs des genies forment la transition naturelle entre leurs sujets et les habitants des cieux supérieurs, et, s'ils sont déjà des dieux, du moins vivent ils tout près de nous, dans notre atmosphère Tous les quinze jours, ils feraient même une tournée d'inspection sur la terre, pour y noter, en vue de l'autre monde, les mérites des bons et les péchés des méchants(2) Leur zèle à contempler et à vénérer le Bodhisattva et le Buddha ne le cède d'ailleurs à celui de personne, et si la légende ne leur attribue le grand premier rôle que dans l'épisode de l'offrande du vase à aumônes (cf. I, p 415), elle les associe directement ainsi à l'œuvre pie par excellence des deux premiers *upāsaka* Que de raisons pour que leur culte fût devenu populaire! Quelles divinités meilleures à propitier et plus faciles à attendre par nos prières que ces quatre gardiens, moins dieux qu'archanges, qui surveillent

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¹ Cf J Ph VOGEL *Naga-Worship in ancient Mathura*, dans *A S I, Ann Rep 1908-9*, p 159-163, avec de nombreuses reproductions d'images inscrites

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² *Sutralankara*, trad Ed HUBER p 75 et cf S LÉVI, *J A*, juillet-août 1908 p 180, Sp HARDT, *Manual*, p 52

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FIG 386 — MÊME GROUPE. Museum fur Volkerku de, Berlin Hauteur 0m 20

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notre conduite et respirent le même air que nous? Pourtant c'est en vain que nous cherchons d'eux la moindre idole Là même où, sur les bas-reliefs, nous sommes sûrs de leur identité (fig 210 et 208 *b*), nous l'avons déjà dit (II p 114), nous apercevons seulement le type banal et neutre de deva que nous aurons bientôt à décrire (chap. XII). A la vérité, nous avons eu un moment d'espoir. L'un d'eux, justement le protecteur attitré de la région du Nord, dont le Gandhâra fait partie, le seul d'ailleurs sur le nom duquel brahmanes(1) et bouddhistes soient d'accord, nous a paru vouloir, comme il était naturel, passer au premier plan dans son propre royaume; mais justement nous avons été forcés de reconnaître que ses statues supposées, en dépit de leur royale apparence, ne figuraient originairement que son senâpati Pâñcika.

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Ou du moins telle est la constatation que nous avons dû faire dans l'Inde; et dans la Haute-Asie même, où nous l'avons suivi, nous avons dû admettre que, si Vaiçravaṇa y prend une physionomie caractérisée et une allure belliqueuse, c'est qu'il les a empruntées à son propre général. Mais là ne se borne pas l'influence que ce dernier a exercée sur l'iconographie du Turkestan et de l'Extrême-Orient. De même qu'au type « à la coupe » nous venons de rattacher quantité de figures du panthéon postérieur, le type « à la lance » ne devait pas engendrer une moindre lignée d'images; mais celles-ci se sont multipliées sous des noms différents, et, cette fois, le rapport est purement plastique. Le tour est d'abord aux trois autres rois de revêtir le même attirail guerrier, et les voici à présent qui arborent, eux aussi, armes et armures. L'un d'eux, Virûḍhaka, a même adopté et gardé jusqu'en Chine le casque en forme de tête d'éléphant à la trompe relevée, dont se coiffe déjà sur ses monnaies Démétrios(2), fils d'Euthydème, « roi des Indiens » (pl. III, 5). Bientôt la contagion de cet appareil militaire gagne Vajrapâṇi; c'est botté, cuirassé, casqué, qu'il escorte désormais le Buddha sur les fresques du Tourfan(3). Assurément il lui arrive déjà sur les bas-reliefs de ceindre parfois l'épée (II, p. 58). On peut

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(1) Cf Manu, chap v, 96; et si le Mahâbharata, III, 2138, substitue Agni à Rudra, il rend sa place à ce dernier, III, 1670.

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(2) La remarque est de M GRÜNWEDEL, Buddh. Kunst, p 229; éd angl., p 138

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(3) Idikutschari, fig 13a, p 136, etc Cf plus haut, II, p 62, n 2.

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même dire que le Lalita vistara(1) l'équipe d'avance pour la guerre samnaddha-gâtra dit-il de lui ce qui équivaut à « expeditus » Un autre passage du même texte(2) est plus explicite encore à propos

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[Figure: Fig 387 — MÊME GROUPE Musée de Peshawar n 195 Acquis à Sahri Bahl ! Hauteur 0m 215]

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des quatre gardiens du monde, auxquels il prête expressément tout un arsenal d'armes et de cottes de mailles voire un plumet Leur transformation guerrière n'est donc pas si l'on veut, sans racines dans les textes; mais il faut avouer que sur les monuments gandhâriens elle est à peine amorcée. Dans l'Asie centrale elle fleurit au contraire et s'étend bientôt indistinctement à toute l'armée des génies. Est-ce à la faveur de l'assonance des syllabes finales qu'elle s'est ainsi propagée du simple « gardien » de trésor (dhana-pâla) à ceux du monde (loka-pâla), et de ceux-ci à ceux de la bonne loi (dharma-pâla)? Toujours est-il que ces derniers forment à eux seuls, dans le panthéon lamaïque, un bataillon sacré et littéralement armé jusqu'aux dents. Ce n'est pas ici le lieu de les passer en revue : c'était celui d'indiquer comment une image gréco-bouddhique a pu indirectement faire souche, dans un milieu plus farouche, d'une pareille bande de reîtres — peut-être aussi de rappeler à leur propos les « saints guerriers », équipés à l'antique, de l'art byzantin¹.

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¹ Lalita-vistara éd. p 219 l 16 samnaddha (éd. MAX MÜLLER-NANJIO p 15)

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² Les Bodhisattvas ! Sukhavati vyuha sont l 10 et 56 l 14) également nala ou ud rasa aha-sam Ibid p 209 trad l 18)

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¹ Cf G MILLET, L'Art byzantin, dans A MICHEL, Histoire de l'Art, I, fig. 109.

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CANDRA ET SÛRYA. — Sommes-nous donc condamnés à ne jamais trouver, dans la catégorie où les génies supérieurs voisinent avec les dieux inférieurs, que des images ou des reflets du même envahissant personnage? Une chance nous reste. Les textes associent communément aux quatre Lokapâlas deux divinités également subalternes², mais de toutes les plus visibles, à savoir (dans cet ordre) la Lune et le Soleil, Candra et Sûrya, d'ailleurs tous deux masculins en sanskrit. Le Lalita-vistara ne manque pas de les convoquer pour assister au « Grand Départ » du Bodhisattva; et justement ils paraissent sur un bas-relief bien connu du musée de Lahore (cf. fig. 391), au-dessus de l'épisode immédiatement antérieur du « Sommeil des femmes ». Le nimbe plein de l'un, échancré de l'autre, ne laisse aucun doute sur leur double identification³. Ils encadrent entre eux une tête de taureau qui symbolise sans doute — bien que d’une façon erronée — la mansion du zodiaque lunaire correspondant à l’époque légendaire de l’événement(1). On pourrait même, avec beaucoup de bonne volonté, trouver en lui l’amorce de ces représentations de *naksatra* qui décorent les voûtes des temples du Tourfan(2). Mais ce que nous cherchons avant tout en ce moment, ce sont des images isolées; et nous ne reviendrons pas absolument bredouilles de notre chasse, puisqu’il en existe au moins une et qui a déjà passé sous nos yeux (I, p. 207, fig. 83). Nous avons noté à son propos le mélange de souvenirs helléniques et d’accessoires indiens qu’elle présente. A vrai dire, si l’on considère la forme de croissant donnée à son nimbe, c’est à un Candra et non à un Sûrya que nous aurions affaire : mais les grandes lignes de la composition ne changent pas. Ce qui nous intéresse particulièrement aujourd’hui, c’est la façon dont les chevaux cabrés sont rejetés à droite et à gauche, presque perpendiculairement au timon du char qu’ils sont censés traîner et qu’en fait ils supportent sur leurs croupes. Ce bizarre arrangement qui figure sur les piliers de la balustrade de Bodh-Gayâ (fig. 82) et ne saurait par suite être postérieur au IIe siècle avant notre ère, est reproduit d’une manière frappante sur une figure peinte du Soleil (fig. 531) que M Grunwedel a relevée dans l’une des grottes de Koumtoura, près de Koutcha (IVe-Ve siècles) ; et celle-ci à son tour nous mènerait sans effort aux représentations byzantines de l’ascension d’Alexandre sur son char attelé de griffons dressés.

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² Lalita-vistara, p. 209, l. 21, 219, l. 18. Il appelle decaputra : sur le sens de cette expression, cf. plus bas p 188

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³ Vus à mi-corps ils flanquent également Kaniṣka sur le reliquaire dû à ce roi

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(A S I., Ann Rep 1908-9, pl VII a, cf notre pl VI b) On les retrouve des deux côtés de l’un des « Miracles de Çrâvastî » du Musée de Péshawar (n° 153), exactement comme sur les bas-reliefs mithraïques on voit la tête radiee d’Hélios et le buste de Sélènè. On remarquera en passant l’ancienneté de l’usage, également répandu en Europe et qui se perpétue au Tibet, d’encadrer entre le soleil et la lune les images de piété

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(1) L’ingénieuse interprétation de ce taureau est due a M GRÜNWEDEL *Buddh Kunst*, p 121, éd angl, p 129 L’espèce de l’animal a été vivement contestée par M BLOCH (Z D M G 1908, LXII, 1911, p 74) Notons enfin la fréquente réapparition du taureau « sol » sur les monnaies indo-grecques et indo-parthes

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(2) *Idikutschari*, p 145 et pl XXII et suiv (XIe-XIIe siècles). Il est vrai de dire que M. Strzygowski, tout en signalant cette dernière analogie, veut au contraire « que le motif ait pénétré (de Byzance) jusque dans l'Inde, d'où le bouddhisme l'aurait transporté au Turkestan ». C'est qu'il regarde les choses de l'Ouest, et nous de l'Est, et chacun suit le prolongement naturel de sa perspective. Toutefois il nous permettra de faire observer que les dates respectives de ces divers morceaux marchent moins dans son sens que dans le nôtre (1).

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LE TÉMOIGNAGE DES MONNAIES. — Avec le maigre appoint de cet unique devaputra ajouté à la pléthore des Pañcika et des Hâritî, nous pourrions considérer notre enquête archéologique sur la classe moyenne des divinités gandhâriennes comme terminée; car que faire autre chose que d'examiner de notre mieux, à la lumière les uns des autres, les monuments et les textes dont nous disposons? Si nous voulions cependant ne rien négliger, il nous faudrait encore passer une revue, au moins superficielle, des monnaies. Sur ces objets d'usage courant et si chers à nos Vaiçyas qui les thésaurisaient avec tant de zèle, peut-être découvrirons-nous quelque allusion à leurs goûts et à leurs idées. Il est même légitime de s'attendre à ce que les nombreuses divinités qui, de l'aveu commun, y sont représentées, nous renseignent sur leurs croyances et leurs dévotions favorites. Mais c'est là, on le conçoit, un problème d'interprétation qui intéresse dans son ensemble toute la numismatique de l'Inde. Lors même que la compétence spéciale ne nous ferait pas défaut, nous ne saurions prétendre le résoudre ainsi au passage.

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¹ Rappelons encore un fronton des grottes d Udayagiri, des chapiteaux corinthiens malheureusement très mutilés (musée de Calcutta, provenant de Loriyân-Tangai), et un spécimen de Mathurâ publié par M J Ph VOGEL (A S I, Ann Rep 1909-10, pl XXVIII c). Cf GRÜNWEDEL, Zeitschrift für Ethnologie, Heft 6 1909, p 506, fig 13, et Altb Kult Turk, fig 67, cf BAYET, Art byzantin, fig 161; VAN BERCHEM et J STRZYGOWSKI, Amida, p 352. On trouve en fait la même disposition des chevaux sur un bas-relief d'Entrains (L ESPÉRANDIEU, Recueil général des bas reliefs de la Gaule romaine, t III, p. 259, n° 2273) et elle doit remonter à un prototype classique commun (cf A S I, III, pl XXVIII, 2)

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Tout au plus devons-nous tenter de faire ressortir l'intérêt et d'esquisser le plan de cette étude comparative.

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Le point de départ et le fondement solide de ces recherches nous sont fournis par quelques considérations de principe sur lesquelles chacun est d'accord. Les monnaies de l'Inde septentrionale,

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[Figure: Fig 388 — MÊME GROUPE Musée f. Völkerkunde Berlin Hauteur 0m 18]

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du démembrement des conquêtes d'Alexandre à la restauration des Gupta, sont celles de ses envahisseurs. Ceux-ci y ont tous pénétré par le Nord-Ouest et le fait qu'il se sont ainsi succédé par la même voie explique sans doute la continuité de leur monnayage. On peut dire, d'une façon générale, qu'il ne forme qu'une seule série, dont les produits s'échelonnent d'ailleurs depuis la perfection la plus classique jusqu'à la plus grossière maladresse (cf. pl. III V).

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Dans cette longue suite, les numismates s'entendent pour distinguer l'apport spécial de potentats indo-grecs, indo-parthes et indo-scythes (1). Sous les uns comme sous les autres, ce sont toujours des divinités qui occupent à tout le moins le revers des monnaies. L'assurance nous en est donnée pour les pièces bactriennes par la beauté lumineuse du type, pour les « scythiques » par des légendes en alphabet grec. En dépit de quelques variantes dont les spécialistes n'ont pas manqué de relever le caractère parfois assez étrange (2), il y a tout lieu de penser que les Olympiens si caractéristiquement figurés sur les médailles indo-grecques avaient, du moins à l'origine, conservé leur nom hellénique en même temps que leur forte individualité. Un autre point acquis, grâce aux exergues, c'est qu'à l'autre bout de la série, leur remplacement par des divinités orientales est, sous les Indo-Scythes, un fait accompli. Qu'était-il advenu d'elles dans l'intervalle, sur les monnaies dites des Indo-Parthes, où le type, déjà moins clair, n'est pas encore accompagné d'inscriptions nominatives ? Là gît le désespérant problème, dont la solution intéresserait au plus haut degré l'iconographie religieuse de l'Inde ancienne. Où la difficulté apparaît dans tout son jour, c'est dans le cas, d'ailleurs exceptionnel, où un même type divin s'est perpétué tout le long du monnayage. A quel moment précis a-t-il changé de nom et émigré, si l'on peut dire, de l'Olympe sur le mont Mêru ? La transition ne se serait elle pas justement réalisée sous ces rois ou satrapes indo-parthes que les numismates s'accordent à intercaler entre les Indo-Scythes et les Indo-Grecs ?

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Mais cessons de spéculer et donnons des exemples précis des différents cas qui se présentent. Les monnayeurs de Kaniṣka et d'Huviṣka appellent Miiro ¹ la divinité solaire à qui son nom de Mitra ou Mithra aurait d'ailleurs pu suffire à se faire reconnaître dans toute l'étendue de l'ancien monde; mais il faut remonter, dans l'état actuel des collections, jusqu'aux monnaies de Platon pour trouver l'Hélios grec sur un quadrige d'ailleurs différent de celui du Sûrya indien. De son côté l'Artémis de Démétrios et d'Artémidore est devenue un Mao, et il se peut fort bien que celui-ci passât pour un Candra, tout aussi bien que Atso pour Agni (le Feu) ou Oado pour Vâta (le Vent), selon le côté du Paropamise où circulait la monnaie. A cela nulle difficulté. Le point délicat est de savoir comment nous nommerons cette même divinité lunaire à l'instant de ses phases où elle paraît sur les pièces de Mauès ² : lui garderons-nous encore son nom grec ou lui donnerons-nous déjà une appellation orientale? Et de même qui nous dira si à partir d'Azilises, il ne convient pas de nommer Açvins les Dioscures de Diomède ³? On conçoit que les numismates, retenus d'ailleurs par les lisières de leur éducation classique, aient hésité à abandonner l'identification grecque, seule sûre au début, seule familière plus tard. Il n'est guère qu'une divinité qui, grâce à son vahana et bientôt à ses bras et têtes multiples, ait réussi à leur forcer la main. Dès Gondophares, sous la pression de l'analogie des types subséquents de Kadphisès, ils cessent de désigner à la mode hellénique le Poseidôn d'Antimaque pour l'appeler Çiva, en attendant de lire son nom Oèso sur les pièces de Kaniṣka ⁴. Mais, dira-t-on, pourquoi cette dénomination ne serait-elle pas aussi bien valable dès les pièces de Mauès et d'Azès ? Et nous ne voyons pas en effet que nul y puisse contredire.

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¹ Pour simplifier les choses nous continuons à employer ici la terminologie de M. P. GARDNER et à entendre avec lui par Indo-Parthes les Çaka-Pahlavas et par Indo-Scythes les Kusanas. Dans son catalogue de Lahore, M. R. B. WHITEHEAD réserve au contraire le nom d'Indo-Parthes pour les Pahlavas et celui d'Indo-Scythes pour les Çakas. Dans la partie historique de notre étude (chap. xv-xvi) nous prendons également soin d'employer des désignations d'une précision plus serrée.

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² Cf. GARDNER, Cat., p. LVII

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¹ P. GARDNER, pl. XXVI 10, XXVII 4, XXVIII, 1 5, cf. VI 11. Remarquons cependant que quelques graveurs de Kaniṣka connaissent encore pour Miiro le nom d'Ilios et pour Mao celui de Sélènè (GARDNER, Cat., pl. XXVI 1 2).

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² Ibid., pl. III, 1, et VIII, 9. XVI 4 et 8, XXVI 9, XXVIII 3 et 19 23.

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³ Ibid., pl. VIII, 10-15. IX 5 6. Cf. nos pl. III, 17 et IV 12.

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⁴ Ibid., pl. V 1 (Antimaque), XVII 1 (Mauès), IX 10 (Azès), XXII 8 (Gondopharès), III 6 7 (Kadphisès avec le taureau), VIII 12-13, 17 XXVII 7 (Kaniṣka), XXVIII 14 16 (Huviṣka), XXIX 9-14 (Vasudeva avec le taureau). Cf. GOBLET D'ALVIELLA, Ce que l'Inde doit à la Grèce, p. 30 et nos pl. IV, 9 et 5 10 16 18. Oèso semble être l'équivalent du sanskrit Içvara.

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Ceci posé, prenons notre loupe. Au revers des monnaies de Kaniska et de Huviska nous constatons bien vite qu'un certain Pharo ou Pharro, en qui les iranisants voient une personnification de la Gloire ou de la Majesté royale, présente des rapports indéniables avec notre Pâñcika¹. Non content de porter comme lui, sinon la lance, du moins le long spectre à gros bout arrondi, la tunique et les bottes, il va parfois jusqu'à lui emprunter son emblème essentiel, la bourse (cf. notamment les fig. 387 et pl. V, 12). Mais en même temps, par d'autres traits, il persiste à se rattacher à une lointaine origine hellénique; car, sur certaines pièces, c'est le caducée qu'il tient à la main tandis que les ailes du pétase continuent à voleter sur sa tête. Aussi n'aurions-nous pas de peine à le reconnaître sur les pièces d'Azès (pl. IV, 6 et 8) à ces marques caractéristiques². Et aussitôt nous demandons : sur ces monnaies indo-parthes où la présence de Çiva est avouée, ne devrait-on pas avec autant de raison appeler l'Hermès grec de son nom indien de Pâñcika avant qu'il ne prête ses attributs au Pharo iranien des Indo-Scythees ? Est-il nécessaire de rappeler à ce propos l'emploi considérable du type de ce dieu imberbe dans les représentations des Yaksas en général, de Vajrapâṇi et de Pâñcika en particulier (cf. notamment fig. 366 et 379-381) ? Le rapport avec ce dernier est beaucoup plus étroit qu'une simple ressemblance physique. Les petits bronzes classiques qui mettent si fréquemment dans les mains de Mercure la bourse en même temps que le caducée — sans parler du coq (cf. II, p. 116) qu'ils lui donnent volontiers pour compagnon — rappellent à qui l'aurait oublié qu'il est, lui aussi, le dieu des marchands Toutes les présomptions sont donc pour que ces monnaies aient montré en réalité aux Indiens leur « génie des richesses », tantôt sous la forme d'Hermès, tantôt sous le nom de Pharo

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¹ Cf GARDNER, Cat, pl XXVI, 16 et XXVIII, 25 31 Ne serait-ce pas déjà la mangouste que tient sur la main droite le premier de ces spécimens (voir notre pl V, 8) ? Cf M A. STEIN, Zoroastrian Deities on Indo-Scythian Coins (Ind Ant, 1888, p 92)

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² Cf pour les monnaies d Azès, GARDNER, Cat, pl XIX, 1 3; et pour celles de Mauès, ibid, p 71 et pl XVII, 4

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¹ Ed. Chavannes Mission, pl CXVI-CXVII (n° 222 223)

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[Figure: FIG 389 — MÊME GROUPE fouilles de Takht-i-Bahaï (1912) D'après une photogr de l'Archaeological Survey Cf A S I Ann R p. 1909-10 pl XVIII]

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à quand la découverte d'une statuette gandhârienne de l'incn porteur du caducée et du pétase ? C'est le secret de l'avenir mais déjà les ailes dont est coiffé un des drapés des grottes de Yung-kang, dans la Chine septentrionale (1), cessent d'être sans attaches pour nous dans l'iconographie bouddhique (fig 537)

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Si maintenant nous passons des divinités masculines aux féminines, nous voyons bien tout de suite un type de déesse au sujet duquel l'accord est fait d'avance entre les monnaies et les bas-reliefs : c'est celui des *nagara-devatâ* ou personnifications divines des Cités (pl. III, 20)¹. De quelque nom qu'elles s'appellent, elles se ressemblent toutes sous leur couronne de tours crénelées. Mais, en dehors de cette allégorie transparente, les difficultés recommencent, et le plus souvent l'une ou l'autre des catégories de documents fait défaut. Quand un modèle connu des textes et plastiquement bien caractérisé, comme celui de la Terre, se présente sur les sculptures (cf. ci-dessus II, p. 68), les monnaies semblent ignorer totalement cette figure vue à mi-corps. D'autres fois c'est au tour de la tradition bouddhique de garder un silence non moins obstiné. La Nikè des rois indo-grecs est appelée par Huviṣka du nom persan de Oaninda, pour l'édification de ses sujets zoroastriens; n'avait-elle pas un autre nom pour les bouddhistes, et cela dès le temps de Mauès ou de Gondopharès, qui ont eux aussi frappé sur métal leur victoire ? Comment le dire, alors que les textes se taisent et que sur les monuments mêmes nous apercevons tout au plus quelques déformations accessoires et sans ailes de la Nikè hellénique² ? On aurait cru être plus heureux avec la Pallas-Athènè, si fréquente sur les pièces de Ménandre et d'Amyntas : et, de fait, il paraît bien qu'elle nous conduise directement, par l'intermédiaire des monnaies indo-parthes, à une statue célèbre du musée de Lahore (fig. 342) : mais nous avons déjà été forcés de reconnaître que l'attribution divine de cette dernière ne reposait que sur une illusion.

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¹ Voir plus haut, I, p. 360, et II, p 68; cf. GARDNER, Cat, pl XXIX, 15, et I, 2 (cf. E. J. RAPSON, Tutelary Divinities of Indian Cities on Græco-Indian Coins, dans J. R. A. S, 1905, p. 783 et suiv.).

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² Voir notre pl. IV, 3 et 20, et cf GARDNER, à l'index s. v. Nikè, et pl. XXVIII, 13; STEIN, loc laud, p. 92-93. Oserons-nous comparer comme M. GRÜNWEDEL, Globus, LXXXI, 3, p. 29, la figure volante à droite de la tête du Buddha sur la figure 271, ou rapprocher la figure 88 et sa palme de la Victoire (?) aptère d'Azilisès (GARDNER, pl. XX, 9-11)? Toutefois l'école connaît bien les petits génies porteurs d'une couronne (fig. 79 et A. M. I., pl 118, 2).

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Ne nous décourageons point néanmoins; car voici paraître, à l'avers de certaines monnaies d'Azès, une déesse assise à l'européenne, coiffée du *modius* et tenant le *cornucopia* (pl. IV, 7) : c'est dire qu'elle ressemble trait pour trait à la Hâritî de la figure 388 Tel est le fait. Nous bornerons-nous à chercher dans

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[Figure: FIG 390 — LE GÉNIE À LA COUPE British Museum. Provenant de Bullandhara, près Tank, district de Dehra Ismail-Khan Diamètre 0m 25]

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cette médaille un indice sur la date d'exécution de cette sculpture ? Il nous paraît difficile de ne pas tenter également, et par mesure de réciprocité, l'identification de ce type numismatique à l'aide de notre statuette. La porteuse de la corne d'abondance se retrouve en effet sur toute la série des monnaies de l'Inde du Nord, depuis les plus classiques jusqu'aux plus barbares. Or nous voulons bien admettre, quoique nous n'en soyons pas tout à fait sûr (car enfin ces derniers des Indo-Grecs régnaient du côté indien de l'Hindou-Koush), que pour les graveurs de Philoxène et d'Hippostratos elle figurât encore une Déméter ou une Tychè (pl. III, 12 et 18) : mais sur les pièces de Kaniska et de Huviska, l'appellation iranienne d'Ardochṣo¹, que la légende en lettres grecques lui assigne, atteste sa transformation en une Fortune orientale (pl. V, 14). Cette métamorphose, à laquelle toutes les conditions historiques conspuaient, ne daterait-elle pas de ces Indo-Parthes sur les monnaies desquels nous la voyons justement paraître sous la forme la plus voisine de nos sculptures ? Peu importe d'ailleurs le nom sous lequel l'aurait officiellement désignée la chancellerie de ces princes : le seul qui nous intéresse ici est celui que leurs sujets bouddhiques lui attribuaient, du Gandhâra jusqu'à Taxile. Or il est bien clair que pour eux, moins encore que pour nous, la déesse des figures 386-389 n'est ni Déméter ni Ardochṣo : dès lors il devient infiniment vraisemblable qu'à leurs yeux celle de la pl. IV, 7, son exact pendant, ait été aussi une Hâritî².

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¹ Cf M A. STEIN, loc laud, p 97.

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² Voici les documents sur lesquels repose cette discussion. Le type de la déesse au modius et à la corne d'abondance se trouve sur les monnaies 1° des Indo-Grecs Philoxène (GARDNER pl XIII, 10) et Hippostratos (GARDNER, pl XIV, 1, V SMITH, pl VI, 5-6), 2° des Indo-Parthes Mauès (G. p 71, n° 19) et d'Azes (G, XIX, 2-3, SM, VIII, 15, R B WHITEHEAD, Cat Lahore, pl XI n° 217). avec au revers le dieu porteur du pétase ou du caducée. 3° des Indo-Seythes Kaniska (G., XXVI, 6 et 18), Huviska (G, XXVII, 10 14, SM, XII, 7). Vasudéva et leurs successeurs (CUNNINGHAM, Later Indo-Scythians, pl I, II, VI = Num Chron, ser III, vol XIII, pl VIII, IX, XV). 4° des Guptas (SM, XV), 5° du Kaçmir (SM, XXVII) — On remarquera que la déesse à la corne d'abondance est la seule, entre les nombreuses divinités qui paraissent sur l'avers des monnaies de kaniska et d Huviska, à persister aussi longtemps et que ce type appartient plutôt à la portion orientale (donc la plus haute) de l'empire des Kusanas (cf E. J RAPSON, Indian Coins, p 19).

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Seulement tout s'enchaîne, et la vraisemblance de cette hypothèse vient étayer celle de la conjecture identique dont Pañcika a tout à l'heure fait l'objet. Et qu'on n'aille pas croire que la numismatique ne crée ainsi entre la déesse au modius et à la corne d'abondance et le dieu au caducée et au pétase qu'un lien purement platonique La preuve qu'elle aussi les marie c'est que — bannissant par exception l'image royale — ils occupent à eux deux comme on voit sur la planche IV, 7-8 l'avers et le revers des mêmes monnaies (1) Apparemment Azès ne pouvait rendre plus opportun hommage aux croyances favorites de la majorité de ses sujets Il

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[Figure: F 39 — LE TAUREAU ETRE LE SOLE L ET L E Mus e de Lal o e n 567 Pro enant de Jan oud La geur du d al o 33 P 1 ensembe 1 AMI pl 97 ou JIA 1898 p 2]

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serait en tout cas difficile de souhaiter relations plus étroites et de résister à la force singulière de persuasion qui émane d'une association aussi constante Pourquoi le céler ? Nous cédons à la tentation de reconnaître Hâritî et Pâncika dos à dos sur ces monnaies de même que nous les avons reconnus côte à côte sur les sculptures (2) ou bien c'est qu'il nous faut renoncer à entendre le langage des

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Il s'agit des monnaies déjà citées le Muès (GARDNER p 71 n 19 revers s pl XVII 4) et d'Azès (V SM TH pl VIII 15 et G RDNER pl XIX 2 et 3) sur ces dernières pour qu'il n'y ait pas de jaloux il y a échange de revers et d'avers entre le génie et la fée

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Peut être même les trouvons nous à si côte à côte sur les monnaies On peut ce nous semble rapprocher des fg 379 381 le groupe debout au revers des monnaies de Zeionès (pl IV 16 cf G pl XXIII 4 SM pl IX 14) L'indéniable ressemblance de la figure masculine du revers avec le satrape de l'avers n'est pas comme on a vu (II p 119) ne object on contre son identification a er Pâcika Comparez enfin notre pl IV 14 formes d'art. Mais nous n'insisterons pas davantage en ce sens : nous craindrions, à vouloir trop les escompter d'avance, de compromettre les précisions qu'on peut attendre dans l'avenir d'une comparaison plus attentive et surtout plus documentée des sculptures et des monnaies. Il nous suffira d'avoir mis de notre mieux à profit l'occasion éminemment favorable que nous offraient Pāñcika et Hāritī, de confronter des statuettes aussi nombreuses et aussi sûrement identifiées avec des types numismatiques d'une durée si longue et d'un symbolisme si clair.

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Peut être pensera-t-on que nous n'avons qu'un seul refrain à notre ballade. Qu'on veuille bien croire que nous n'y mettons aucun parti pris et que nous sommes le premier étonné, sinon choqué, que le résultat de toute cette enquête archéologique soit d'assigner la première place (et de beaucoup la plus importante) dans la dévotion des classes moyennes du Gandhāra à un ex-démon et à une ancienne ogresse. La conclusion est aussi inattendue pour nous que peu flatteuse pour elles; mais à cela nous ne pouvons rien; de quelque côté que nous nous tournions, la réponse est la même. Les textes, si réticents qu'ils soient sur ce sujet, avouent connaître ce couple de parvenus; les monuments entonnent en leur honneur un muet dithyrambe; les monnaies, qui tiennent à la fois des premiers par leurs inscriptions et des seconds par leurs figures, témoignent dans le même sens. Nous n'avons qu'à nous incliner devant une popularité aussi éclatante, et qui n'est pas sans exemple ailleurs : si universelle et profonde est l'emprise qu'exerce sur l'humanité le désir de l'or et de la progéniture. A l'autre bout du monde ancien, dans la Gaule romaine, vous retrouvez le même couple dans son même rôle tutélaire symbolisé par les mêmes attributs (1). Entre les groupes reproduits sur les figures 597-598 et 386-389 le seul contraste un peu frappant réside dans la place respectivement inverse des deux conjoints : encore n'est-elle ainsi intervertie que pour réserver également à la déesse la place d'honneur par rapport au dieu (1) Pour le reste, des bords de l'Indus à ceux de la Seine, l'œil même des donateurs aurait pu s'y tromper, et sans doute des divinités originaires de contrées aussi éloignées portent en dépit de leurs ressemblances extérieures, des noms tout à fait différents, mais d'avance nous sommes certains qu'aux oreilles de leurs fidèles ces noms étaient toujours synonymes de richesse et de fécondité

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¹ Voyez chez ESPÉRANDIEU, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, les spécimens relevés dans Revue archéol., 1919, II, p 311-312

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(1) Nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de dire que dans l'Inde cette place était à gauche et non à droite On sait qu'à l'inverse de ce qui se passe en Europe on désigne encore en Extrême-Orient la première épouse légitime par le nom de «femme de la main gauche» (Cf fig 160 b et d 161 381 389 noter toutefois que les figures 379 et 380 se conforment à nos habitudes classiques)

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¹ Nous avons déjà eu plusieurs fois l'occasion de dire que dans l'Inde cette place était à gauche et non à droite On sait qu'à l'inverse de ce qui se passe en Europe on désigne encore en Extrême-Orient la première épouse légitime par le nom de «femme de la main gauche» (Cf fig 160 b et d 161 381 389 noter toutefois que les figures 379 et 380 se conforment à nos habitudes classiques)

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