L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s2.t5.5
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s2.t5.5
- Language
- French
v2.c14.s2.t5.5
Dans le cas de Hâritî nous pouvons même aller jusqu'à dire que nous ne connaissons présentement au Gandhâra aucune déesse qui l'emporte sur cette simple fée. C'est qu'en effet le panthéon de l'école est des plus pauvres en figures féminines. Nous avons déjà constaté quel rôle effacé elles jouent dans les scènes légendaires comme dans la décoration. Quelques fantaisies bachiques mises à part, l'art reflète sur ce point l'aversion toute monastique que les livres sacrés décèlent pour la femme. Nous avons eu tôt fait ci-dessus (II, p. 64-69) d'épuiser la liste des nymphes qu'il nous montre; plus longue serait l'énumération de celles qu'il se refuse systématiquement à représenter. Les bas-reliefs eux-mêmes ne nous ont pas encore fait voir les filles de Mâra, du moins dans leur rôle de tentatrices (cf. toutefois fig. 400 et 401). Nous n'avons pas davantage aperçu d'Apsaras quand nous avons visité grâce à eux le ciel d'Indra, où nous savons par les textes et les sculptures inscrites de Barhut qu'elles abondent. Un degré de plus, et le Mahâvastu¹ nous avertit qu'à partir du ciel des Tuṣitas les Bodhisattvas renoncent à l'amour : avis à ceux qui rêveraient de trouver au Gandhâra les çakti que l'iconographie postérieure leur accole en des étreintes lascives. Nous avons déjà noté (II, p. 146) la totale absence du type de la déesse Lakṣmî. Pas davantage nous n'avons encore trouvé trace de ce culte de Târâ « la Sauveuse », dont la vogue fut si grande dans l'Inde médiévale qu'on l'a pu comparer à celui que reçoit de nos jours la Vierge Marie en Occident ou la déesse Durgâ au Bengale. Apparemment, à l'époque qui nous occupe, Hâritî avait concentré sur soi et suffisait à contenter chez les fidèles de l'Inde du Nord cette part du sentiment religieux qui, de tout temps et partout, est d'avance vouée aux personnifications surnaturelles de la femme et de la mère.
Linked texts (1)
- Mahāvastu — Sanskrit