L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s3.2
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s3.2
- Language
- French
v2.c14.s3.2
Avec les gens et les esprits de basse et de moyenne caste nous avons terminé la galerie des plus pittoresques figures que nous présente l'école du Gandhâra; les rois, les dieux et les Bodhisattvas ne nous offriront que des types singulièrement plus monotones et moins originaux que les parias et les bourgeois, les démons et les genies. En même temps ils auront une saveur beaucoup moins populaire et, tranchons le mot, une allure beaucoup plus conventionnelle. Les déités du précédent chapitre étaient si fraîchement écloses de l'imagination des fidèles et si familièrement mêlées à leur vie, que les monuments nous en ont appris sur leur compte beaucoup plus long que les textes et c'est le commentaire des documents figurés qui a seul donné quelque valeur probante aux rares indications que nous avons pu relever, une fois mis en éveil par eux, dans les écritures bouddhiques. Les personnages divins ou divinisés dont il va être question sont au contraire parmi les objets officiels du culte et les sujets accoutumés des livres sacrés de la secte, mais justement il semble qu'ils en aient gardé jusque sur les sculptures quelque chose d'apprêté et de convenu. Le « beau idéal » du laïque, qu'ils sont chargés d'incarner à nos yeux, a contracté sous l'influence monastique on ne sait quelle froideur dévote qui a réagi à son tour sur les représentations des simples mortels. Aussi bien nous n'apercevons les rois — qu'il s'agisse de ceux de la terre ou de ceux du ciel — qu'à l'occasion de quelque miracle du Buddha et dans des attitudes d'autant plus édifiantes qu'elles sont plus édifiées. Si d'ailleurs l'on espérait saisir entre eux quelque distinction plastique, on serait désabusé à l'avance par les textes : « Que celui qui n'a pas vu les Trente trois dieux, ô disciples, que celui-là contemple le cortège des nobles Licchavis. C'est tout pareil¹ L'école du Gandhâra, comme celle de l'Inde centrale, s'est chargée de vérifier cette parole du Maître, elle aussi ne connaît qu'un seul type pour les rois ou les dieux. Il est vrai de dire de l'art indien ce qui est écrit du paradis d'Amitâbha, « qu'il n'y a chez lui aucune différence, sauf de nom, entre les dieux et les hommes² » — du moins parmi les hautes castes.