L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s3.t1.41
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s3.t1.41
- Language
- French
v2.c14.s3.t1.41
Dans cette fonction décorative, ces dieux nous ont fait penser dès le début (I, p 286) aux anges qui forment les fonds de tableau des peintres byzantins ou des primitifs italiens. Nous ne croyons peut-être pas si bien dire. Par le fait, les monuments reflètent le plus souvent sur ce point le vague des textes. Les écritures bouddhiques, et notamment celles qui portent fortement marquée l'empreinte monastique de la plus ancienne Communauté, semblent s'être proposé comme but exprès de dissoudre les figures, déjà si peu caractérisées, du panthéon brahmanique en une poussière de divinités quasi-amorphes. Leur subdivision et leur multiplication à l'infini, déjà ébauchées par la spéculation des Upanisads parallèlement à leur réduction à l'Être unique, n'a plus de limite dans nos sutra. Sauf pour les deux premiers cieux, ceux des «quatre rois» et des «trente-trois dieux», c'est par «centaines de mille» qu'ils comptent les habitants des régions célestes. Le peu de personnalité de ces derniers s'évapore fatalement à force de se diluer entre ces nombres prodigieux de répétitions abstraites, et nous ne serons pas surpris que l'imagination indienne, en art comme en poésie, ait fini par se noyer sous le flot montant de ces foules devenues anonymes à force de ne plus porter que des noms génériques au pluriel. Le sanskrit, si souple et si riche, a tout de suite forgé une appellation capable de les contenir toutes : comme il disait raja-putra («fils de roi»; ce sont nos Râjpoutes) pour désigner en général les membres de la noblesse d'épée, il possède un mot deva-putra («fils de dieu»), lequel n'a d'autre valeur que de désigner les gens de naissance divine. Aussi ne chicanerons-nous pas les traducteurs européens qui le rendent par «ange», à condition qu'on veuille bien se rappeler que ces prétendus anges de l'Inde ne sont que les seigneurs de la cour des différents rois des cieux.