L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s3.t1: § I. Les nobles et les rois
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s3.t1
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- French
§ I. Les nobles et les rois
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Il suffit d'ailleurs de feuilleter les scènes de la vie du Buddha pour se rendre compte de l'aspect uniforme que présentent tous les personnages de distinction. Quand il s'agit de deux rois, comme Çuddhodana de Kapilavastu (fig 150-151, 160-161 et 231-233) ou Bimbisâra de Râjagriha (fig 188 [?] et 227), passe encore pour leur ressemblance. Après tout on ne saurait demander à nos artistes de leur prêter après coup des physionomies individuelles; ni, d'autre part, attendre d'eux la naïveté de leurs confrères de Barhut, dont tout l'artifice, pour distinguer Prasênajit d'Ajâtaçatru, ne va qu'à mettre leur nom sur un écriteau. Mais, à l'intérieur d'un même panneau, on ne peut pas davantage distinguer ces rois du reste de leur famille ou de leur cour, ce qui est déjà plus grave. De même on s'explique aisément que rien ne différencie le Bodhisattva, au temps de sa dernière jeunesse (fig 175 à 187), de tel autre prince Çâkya, comme par exemple de son demi-frère Nanda (fig 234-237), et l'on passerait encore condamnation sur l'impossibilité de relever aucune distinction entre les Licchavis de Vaiçâlî (fig 244) et les Mallas de Kuçinagara (fig 277 280)³ en somme il s'agit toujours de kṣatriya, vrais ou prétendus, et en tout cas de grands seigneurs. Mais nous sommes déjà prévenus.
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³ Nous avons déjà signalé I p 560 le caractère plus réaliste de ceux de la figure 279
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(II, p. 81) que le même type est également attribué aux plus riches d'entre les bourgeois, ces çrêsthin ou banquiers qui représentaient à la cour des princes la puissance financière de leur temps. Aussi serions-nous bien empêchés, par exemple, pour attribuer l'une ou l'autre qualité aux personnages de condition qui, sur la figure 250, sortent à grands pas de Çrâvastî. Ce ne sont pas davantage les bas-reliefs qui nous aideront à choisir entre les deux versions qui veulent, l'une, que le père de l'enfant sauvé des mains du Yakṣa Âtavika ait été le roi, et l'autre, le banquier d'Aṭavî (cf. I, p. 507, n. 1, et fig. 252-253). Nos perplexités seraient les mêmes, aussi bien au Gandhâra qu'à Barhut, entre le prince Jêta et le prévôt des marchands Anâthapiṇḍada (fig. 239-240), si l'aiguière du donateur ne désignait ce dernier¹. Le personnage même de l'empereur cakravartin n'a en propre que les emblèmes accessoires de l'éléphant et du parasol (fig. 265). Bref, ces dévots upâsaka, qu'ils soient nobles ou seulement riches, rentrent tous, tant qu'ils sont, dans la formule dont la figure 350, en raison même de la médiocrité de sa facture, nous a déjà donné l'expression la plus sincèrement approchée.
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¹ Sur la richesse du costume et des parures habituellement portés par Anâthapiṇḍada quand il va faire sa cour au roi, voyez le préambule du Jâtaka n° 53
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Costume et parure. — La principale cause de cette monotonie est, plus encore que l'uniformité du type et de l'attitude, celle du costume. Cette mode commune, que nous avons tout de suite constatée chez les femmes, règne également sur l'habillement masculin des hautes castes, et, comme pour les gentes dames, une seule description suffira pour tous les gentlemen. Sur le nombre des pièces dont se compose leur costume, nous ne sommes pas cette fois réduits au témoignage des étrangers. Il suffit de lire la Kâdambarî pour constater qu'en sortant du bain le roi revêt « deux vêtements blancs » : et, en effet, selon la remarque du Buddha carita, « même pour un costume royal, il suffit d'une seule paire de pièces d'étoffe¹. Sur la façon de les porter nous n'avons qu'à consulter les
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¹ Cf ci-dessus II p 75 et 91 Aadam bari, et des Bombay S S p 16 Buddha carita, XI 68 L'habitude de porter par dessous un court caleçon (langut) allait sans dire et on ne le comptait pas non plus que la ceinture (cf ci-dessus p 314)
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[Figure: FIG 392 393 — COSTUME ET PARURES DU GRAND SEIGNEUR LAÏQUE. Fig 392 Musee de Calcutta Provenant de Jamal-Garhi(?) Hauteur 0m 80 Fig 393 Musee de Peshawar Provenant de Sahri Bahlol.]
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monuments (cf pl I et fig 392-429) Ce sont bien les deux vêtements indiens traditionnels, mais drapés d'une manière, si l'on peut dire, plus classique (1). Le long pagne flottant tombe en chutes savantes jusqu'au-dessus des chevilles; et l'ample manteau, toujours passé sur l'épaule et enroulé autour du bras gauche, se rejette par derrière en pans souvent un peu roides, encore qu'ils soient censés entraînés par le poids d'une sorte de gland (2), resté visible sur les figures 393, 417, etc. Il forme par devant un sinus assez gracieux que relève habituellement la main droite (voir pourtant fig. 416). Tantôt il laisse à découvert tout le torse (fig. 415-417); tantôt il s'étale sur la poitrine de façon à ne laisser nue que l'épaule droite (fig. 392, etc) : mais cette unique variante n'a probablement de rapport qu'avec des changements de température, de même que nous portons nos pardessus ouverts ou fermés. Dans les régions plus constamment chaudes de l'Inde centrale (cf. fig. 471), nous voyons même qu'on enroulait volontiers autour des reins le léger châle de mousseline, de façon à laisser le torse nu sous les bijoux; mais nous ne retrouvons pas au Gandhâra un pareil négligé. On y portait en revanche une ceinture faite d'un gros lacet rond noué autour de la taille et qui était destinée à assujettir le pagne au-dessus des hanches : souvent on en voit pendre par devant les deux bouts orfévris (fig. 415) Nous devons enfin noter chez les hautes castes gandhâriennes l'usage presque constant — et que Hiuan-tsang nous dit rare dans l'Inde (3) — des sandales
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Strabon contraste quelque part (4) le goût des Indiens pour la parure avec la simplicité dont témoignent par ailleurs tout leur genre de vie. Les textes énumèrent en effet des parures pour la tête, les oreilles, le cou, les mains et les pieds (1). Au Gandhâra les bijoux, bien que portés à profusion et avec une prédilection un peu barbare, gardent néanmoins à nos yeux un air plus civilisé que dans le bassin du Gange (cf II, p. 79 et fig 467 471). A la vérité on pourrait se demander, à propos de quelques-uns des joyaux de pierre qui ornent nos statues, s'ils représentent bien des modèles réels. Ceux qui ont été en fait retrouvés dans les fouilles, ou autrement conservés, sont d'un genre beaucoup plus modeste et banal (2). Nous ne voyons d'exception à faire que pour un porte-amulette d'or, déposé au British Museum, et une agrafe de turban, également en or repoussé et « de pur travail hellénique », qui vient d'entrer au musée de Calcutta (3). Mais ici encore les recherches n'ont pas dit leur dernier mot, si du moins on peut espérer sauver à l'avenir des objets précieux qui excitent tant de convoitises et sont si aisés à faire disparaître dans le creuset du premier orfèvre venu. Lors même que sur ce point nos espérances seraient frustrées, l'on ne voit pas bien ce qui aurait pu empêcher les praticiens gandhâriens, qui ont si bien su ciseler ces bijoux dans le schiste, de les exécuter en métal.
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¹ I-tsing nous dit (Rec, p 68) que ces deux pièces d'étoffe avaient «huit pieds de long» Or huit pieds chinois du temps de I-tsing (cf T'oung Pao, t VII, 1896, p 505) vaudraient seulement 0m 235x8=1 m 88 Ce renseignement peut-être exact pour l'Inde centrale, ne l'est sûrement pas pour le Gandhâra, au moins en dehors des gens du commun Le châle des grands personnages figurés sur la planche I (frontispice du tome I) et les figures 415 et suivantes devait, pour être ainsi drapé, atteindre une longueur d'au moins 5 mètres
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² Nous aurons à revenir tout à l'heure (p 182) sur la véritable nature de cet ornement
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³ Mem, I, p 70, Rec, I, p 76 Cf les sandales d'or incrustées de pierres précieuses du roi indien Sopethès dans Quinte-Curce, Hist Alex, IX, 1, 5
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⁴ XV 1, 54 Sur une autre contradiction également relevée par Strabon, cf ci-dessus, II p 91 n 1
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On notera d'abord les énormes boucles d'oreille. Sur la statue du Louvre (pl I) elles sont faites d'une bête fantastique, corps de lion avec des ailes et un bec d'oiseau de proie, qui n'est autre que le classique griffon. Parfois ces griffons sont adossés (fig 395) et dans leurs griffes (fig. 394) ou dans leurs gueules (fig. 392) tiennent des pendeloques de perles. Viennent ensuite, comme pour les femmes, deux colliers, l’un rigide et dont l’original était sans doute incrusté de fleurs de pierreries, et l’autre long et souple, fait de chaînettes finement tressées. Ce dernier se termine par un médaillon soutenu tantôt par deux amours (pl. I et fig. 411), tantôt par deux dragons (fig. 90) ou seulement par des têtes de monstres ressemblant assez à des crocodiles (fig. 413). Sur l’épaule ou sous le bras droits passent une ou plusieurs chaînes garnies de coulants et portant suspendus deux ou trois de ces étuis où l’on enferme des charmes et qui sont toujours en usage dans l’Inde, comme dans tout l’Orient. Nous en avons vu notamment au Kaçmîr qui reproduisent exactement les modèles anciens. Les bras étaient ornés de bracelets surmontés de plaques. De simples anneaux, souvent accouplés, serraient le poignet. Sur les doigts se montrent souvent des bagues. Les chevilles, à la différence de ce qui se passe pour les femmes, seraient toujours dégagées, si les sandales à la grecque n’étaient encore un prétexte à bijoux. Tantôt (pl. I et fig. 415-418, etc.) elles étaient retenues par des lacets de perles que réunissait sur le cou-de-pied une tête de lion; tantôt leurs semelles claquantes ne tenaient, comme il arrive encore aujourd’hui, que par une sorte de champignon introduit entre le gros orteil et le premier doigt et dont l’épanouissement faisait également l’objet d’une décoration plus ou moins élégante (fig. 419).
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¹ S Iharate-guha S 19 (ed p 41 42)
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² Il suffit de renvoyer le lecteur à l'excellente étude de M J H MARSHALL *Buddhist gold Jewellery*, dans *A S I Annual Report 1902 1903*, p 185 et pl XXVIII commenté dans *B E F E O V 1905* p 210 211
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³ Sur le premier trouvé par M W SIMPSON dans un tumulus voisin de Jellalabad voir *Archæologia* LVIII 1902 p 261 et pl 16 et sur le second *Discovery of a Greek orna et* by RAI MAITUNJOY ROY CHOWDURY BAHALUR (*J and Proceed A S Beng* vol VIII n 7 et 8 juillet-aout 1912 p 283 et pl VII) Nous allons avoir à y revenir p 187 et il en a déjà été question ci dessus II p 155 n 1
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Sandales, bagues, bracelets, colliers, médaillons, tout cela est depuis longtemps connu : en revanche nous hésitons un instant sur la véritable destination de l’objet dont le poids étire habituellement l’extrémité gauche du manteau et qu’à première vue nous avons pris pour une espèce de gland (cf. ci-dessus, II, p. 180). Brisé sur la planche I, il s’est particulièrement bien conservé sur la figure 417; et là, il ressemble si fort à la bourse emperlée de la figure 377 que nous ne pouvons nous défendre de penser à la coutume qu’ont toujours eue les Indiens de se servir, en guise de poches, du coin de leur vêtement. Le prétendu gland ne serait que le traitement décoratif de ces *granthi* qui ont valu aux coupeurs
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FIG 394 — TÊTE DU PRÉCÉDENT
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de bourses de l'Inde le nom de *granthi bheda* (mot à mot «fendeur de nœuds») Mais quand nous sommes une fois engagés sur cette piste (¹), nous devons également remarquer que nombre de personnages laïques tiennent, ordinairement de la main gauche, un objet susceptible de se replier en forme de boucle et qui, dès l'abord, ressemble à un collier ou à une couronne souples, en tout cas à un bijou. Les dernières fouilles de Sahri-Bahlol en ont fourni de nombreux exemples, dont le plus clair est reproduit sur la figure 393 (cf. fig. 429). Comme d'habitude, il est fait d'écailles de métal imbriquées et fermé en son milieu par un médaillon fleuri, même il semble qu'un lien le rattache, du côté opposé au fermoir, soit au pan du châle, soit à la ceinture de la dhoti. M. le Dr D. B. Spooner (²), à l'attention de qui il s'est imposé, a émis l'hypothèse que c'était « une mauvaise interprétation du double pli du vêtement que certaines images saisissent avec la main gauche ». Car, ajoute-t-il, « il est remarquable que là où cette guirlande repliée se présente, la main se tient toujours baissée vers le genou dans la même position que ces mains qui saisissent le vêtement ». Mais les spécimens qu'avait sous les yeux M. le Dr Spooner ne sont pas les seuls qu'il faille envisager. Nous avions déjà constaté (³), bien que sur des photographies insuffisamment distinctes (cf. fig. 76 et 406), que cette espèce de sachet, évidemment détachable, se tient indifféremment des deux mains. Nous inclinons désormais à penser qu'il s'agit tout simplement d'une de ces bourses flexibles et de forme allongée que l'Europe connaît également, sorte de petit bissac ouvert en son milieu et fermé soit par des coulants, soit par une boucle. Justement une de nos Hâritî (fig. 383) tient délicatement, entre le pouce et l'index, ce long boyau(1) où la monnaie circulait à l'aise, tandis que de la main du Pâncika-Vaiçravana, sur la figure 528, les deux extrémités retombent à la fois gonflées d'es-
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¹ MANU IX 277. — Le Lotus de la Bonne Loi, VIII (éd. p. 210-211, trad. BURNOUF p. 128 et suiv.) fait aussi allusion à cette coutume de nouer les objets précieux dans l'extrémité du vêtement (vastrante, vasanânte). Cette boursoufflure caractéristique se remarque encore parfois au bout du châle des femmes (fig. 318 et 319) ou même de certains Buddhas (fig. 76, 309, 406, 442). Dans ce dernier cas il faut sans doute reconnaître les ganthi (skt granthi) que les moines sont autorisés (Cullavagga, V 29 3) à fixer au coin (ante) de leur manteau à la seule condition qu'ils ne soient ni d'or ni d'argent.
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² Arch. Surv. Ind., Annual Report 1907-1908, p. 145 n. 1.
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³ J. A., janv.-févr. 1909, p. 62 et suiv.
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¹ Cf encore celui que tient une statue de Mathurâ publiée par M J H MARSHALL J R A S 1911 pl VIII 2
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² Cf ci-dessus t. II p 23
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[Figure: FIG 395 — TÊTE AVEC CHIGNON Musée du Louvre n° 25 Provenant du Bounér Hauteur 0m 32 Le nez est en partie restauré]
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pèces. Ces rapprochements nous paraissent clore la discussion sur la vraie nature de cet objet. Par la même occasion on peut remarquer que nos soi-disant « guirlandes », portées par des « amours » en qui nous avons déjà reconnu de petits yakṣas(2) sont le plus souvent conçues comme des bourses, ainsi que le prouvent leur facture et leur mode de terminaison (fig. 116-118; cf. fig. 465-466): le motif y gagne en signification pratique ce qu'il perd en poésie.
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Il convient encore de s'arrêter avec quelque complaisance devant l'édifice soigneusement élaboré de la coiffure masculine(1). Tantôt la tête est nue (cf. fig. 392, 395, 418, etc.): et alors elle est surmontée d'un savant assemblage de cheveux, de cordons de perles et de bijoux, sans aucun mélange d'étoffe. La chevelure n'est plus seulement relevée comme chez les femmes (cf. II, p. 98): le simple nœud devient un chignon analogue au crobyle et déploie un art non moins raffiné que celui de l'Apollon du Belvédère, tandis que les longues boucles sont roulées au-dessus des oreilles et retombent sur le côté en flottantes papillotes. Mais souvent aussi nos personnages portent, par-dessus ce chignon, un turban fort ornementé (cf. fig. 394, 396-397, etc.). Le point le plus curieux peut-être est que ce dernier se posait sur la tête comme un chapeau(2). Quand le Bodhisattva veut pour tout de bon «sortir» de la maison paternelle, nous avons vu son écuyer, le fidèle Chandaka, lui apporter sa coiffure toute prête (fig. 178 a, 180 b, 447), quitte à la reprendre un peu plus tard des mains de son maître, quand celui-ci se découvre à jamais la tête, selon la coutume des religieux (fig. 184-185; cf. 186). Si nous n'étions pas les témoins oculaires de ces faits et gestes, nous les reconstituerions par ouï-dire. Quand Dévadatta, monté sur un éléphant, se rendit en hâte auprès du Bienheureux, lors du retour de ce dernier à Kapilavastu, son mukuta resta, nous dit-on(3), accroché à un des crampons de fer qui dépassaient de la porte de la ville : cet incident provoqua naturellement une vaste hilarité parmi le peuple; mais il ne s'explique que si le turban du prince était assez aisé à enlever et surtout complètement indépendant de ses cheveux : sans quoi lui-même fût resté suspendu, comme Absalon.
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¹ Sur le soin tout particulier que les Indiens prenaient de leur chevelure, cf STRABON, XV, 1, 30 et 71, QUINTE-CURCE, VIII, 9, 3.
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² Nous ne voyons aucune raison décisive pour suivre CUNNINGHAM, Stupa of Barhut, p 31, quand, d'après l'analogie inattendue des Birmans modernes, il veut que dans l Inde centrale les cheveux aient été entrelacés à l'étoffe du turban Cf ci-dessus, I, p 364
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³ Mahavastu, III, p 178.
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On conçoit d'ailleurs qu'on ne pût refaire aisément soi-même et à chaque fois un édifice aussi compliqué et décoré d'or, de perles et de diamants¹. Le tout était ordinairement surmonté d'un bouffant d'étoffe, dont les plis arrondis en éventail étaient maintenus par une broche. Le seul bijou de ce genre qui ait été conservé est l'agrafe de Calcutta que nous venons de citer. Elle représente notre couple tutélaire debout, plus qu'à demi nu et au moment d'échanger un amoureux baiser (cf. p. 155 n. 1, et 181). Chose curieuse, elle aurait été, dit-on, trouvée sur le turban d'un soldat afghan, comme si le sens de sa destination primitive ne s'était jamais perdu. Un modèle des plus courants sur les statues est celui du Nâga ravi par un Suparṇa (cf. fig. 320, 398; pl. I et fig. 415). Mais il arrive aussi que cette broche soit faite d'une figurine du Buddha (fig. 399) : du moins les dernières fouilles en ont-elles fourni des échantillons dont nous verrons tout à l'heure l'intérêt au point de vue iconographique (p. 243 et fig. 429). Parfois cette sorte d'aigrette prend la forme d'un cercle complet orné au centre d'une tête de lion (fig. 396; cf. à Mathurâ, fig. 495); ailleurs elle semble avoir suggéré spontanément l'idée de la traiter comme la queue éployée d'un paon. Le poitrail et le bec de l'oiseau devaient alors constituer le motif d'orfèvrerie et former une saillie fort décorative² : mais celle-ci ne nous parvient que brisée, si bien que nous n'osons rien affirmer (fig. 397). Au-dessous du bouffant (perdu sur la figure 394) s'ajustait étroitement à la tête la coiffe du turban. Sur la statue du Louvre, par exemple (pl. I), elle est visiblement faite de trois gros tours d'étoffe garnis sur les côtés d'une petite bande plissée qui s'insère entre eux transversalement, comme pour les empêcher de se déplacer et de se confondre. Au ras du front deux petits génies ailés soutiennent un médaillon suspendu à des guirlandes(1). Ailleurs (fig. 393-394) nous retrouvons les griffons appliqués en repoussé sur un bandeau enrichi de pierreries. Le tout était serré en arrière au moyen de rubans; et quelquefois, par un procédé renouvelé des monnayeurs, les quatre extrémités de cette double bandelette sont figurées flottant au vent sur l'orbe nu du nimbe(2) (pl. I et fig 417; cf. pl. III, 7).
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¹ Milinda pañha, VI, 1 : mani mutta-kañcana-vicitta mol-baddho, y est il dit d'un riche laïque
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² Aussi les dames s'en étaient-elles, nous dit-on, emparées : quand la belle Viçâkhâ se met en grande toilette, elle est ainsi coiffée d'un paon d'or enrichi de pierreries (Dhammapada, Comm à la stance 53, cf WARREN, Buddhism in translations, p 460).
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RAJAPUTRA ET DEVAPUTRA. — Les observations qui précèdent nous permettent de dépêcher en bloc cette grande quantité de figurants qui tapissent la plupart de nos bas-reliefs, sans y jouer d'autre rôle que de tenir respectueuse compagnie au Maître. Tous témoignent de leur piété, soit en tenant les mains réunies, soit en faisant pleuvoir des fleurs. Non contents de répéter machinalement les mêmes gestes, tous ont revêtu le même type élégant et banal du laïque de bonne caste : et c'est en quoi ils diffèrent de la pittoresque variété des donateurs (cf. plus haut, II, p 86 et suiv.). A la fois confits en dévotion et recherchés dans leur toilette, la seule chose que leur aspect extérieur nous garantisse, c'est qu'ils sont gens de très haute condition et parfaitement bien pensants : dès lors nous comprenons pourquoi il nous a été loisible, selon les cas, d'y reconnaître tantôt des hommes, tantôt et plus souvent des dieux. Parfois, en effet, ceux-ci occupent tout le tableau (cf fig. 213); là même où le devant de la scène est, à raison des nécessités du sujet, dévolu aux hommes (cf. par exemple fig. 220 et 277), le second et, s'il y en a un, le troisième plan, dont les personnages sont de par les lois de la perspective remontés au-dessus des rangs précédents, semblent naturellement réservés à des êtres divins et,
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(1) Cf le genie unique, vu a mi-corps, de la figure 494 — (2) Sur le nimbe, cf plus bas, p 366 et suiv.
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par suite, « libres de se mouvoir à leur gré dans l'air(1) » Ce don de lévitation est tout ce qui les distingue et fournit la ressource
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[Figure: FIG 396-397 — TÊTES AVEC TURBAN Fig 396 D'après une photographie du musée de Calcutta Fig 397 Musée für Völkerkunde, Berl. Hauteur 0m 24]
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[Figure: FIG 398-399 — BOUFFETTES DE TURBAN Musée de Peshawar. Provenant de Takht-i-Bahi]
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indiquée pour meubler entièrement, au gré de l'école, le haut des panneaux
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Dans cette fonction décorative, ces dieux nous ont fait penser dès le début (I, p 286) aux anges qui forment les fonds de tableau des peintres byzantins ou des primitifs italiens. Nous ne croyons peut-être pas si bien dire. Par le fait, les monuments reflètent le plus souvent sur ce point le vague des textes. Les écritures bouddhiques, et notamment celles qui portent fortement marquée l'empreinte monastique de la plus ancienne Communauté, semblent s'être proposé comme but exprès de dissoudre les figures, déjà si peu caractérisées, du panthéon brahmanique en une poussière de divinités quasi-amorphes. Leur subdivision et leur multiplication à l'infini, déjà ébauchées par la spéculation des Upanisads parallèlement à leur réduction à l'Être unique, n'a plus de limite dans nos sutra. Sauf pour les deux premiers cieux, ceux des «quatre rois» et des «trente-trois dieux», c'est par «centaines de mille» qu'ils comptent les habitants des régions célestes. Le peu de personnalité de ces derniers s'évapore fatalement à force de se diluer entre ces nombres prodigieux de répétitions abstraites, et nous ne serons pas surpris que l'imagination indienne, en art comme en poésie, ait fini par se noyer sous le flot montant de ces foules devenues anonymes à force de ne plus porter que des noms génériques au pluriel. Le sanskrit, si souple et si riche, a tout de suite forgé une appellation capable de les contenir toutes : comme il disait raja-putra («fils de roi»; ce sont nos Râjpoutes) pour désigner en général les membres de la noblesse d'épée, il possède un mot deva-putra («fils de dieu»), lequel n'a d'autre valeur que de désigner les gens de naissance divine. Aussi ne chicanerons-nous pas les traducteurs européens qui le rendent par «ange», à condition qu'on veuille bien se rappeler que ces prétendus anges de l'Inde ne sont que les seigneurs de la cour des différents rois des cieux.
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¹ Intariksatacara (Mahavastu, I p 33 1 5 6)
Linked texts (8)
- Cullavagga — Pāli
- Mānava Dharmaśāstra — Manu & Bhṛgu, Sanskrit
- Historiae Alexandri Magni — Q. Curtius Rufus, Latin
- Jātaka — Pāli
- Mahāvastu — Sanskrit
- Milindapañha — Pāli
- *Buddhacarita — Sanskrit
- Kādambarī — Bāṇabhaṭṭa, Sanskrit