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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s5.22

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s5.22

Language
French

v2.c14.s5.22

Déjà, d'ailleurs, il y a lieu de retenir plusieurs points dont on devra désormais tenir compte. C'est surtout à propos du Buddha que l'incertitude persiste. Il est à la fois la figure sur qui tout repose et vers qui tout converge dans l'école gandhârienne, si bien que nous ne pouvons imaginer dès le début ni bas-relief dont il soit absent, ni statue autre que la sienne Mais rien n'empêche d'admettre qu'avant d'être sculpté en groupe ou isolément, il ait commencé par être peint dans quelque grande composition murale analogue par exemple à la figure 536 : et c'est bien d'une fresque en effet qu'il semble sortir avec sa tête chargée de l'orbe, si pesant en sculpture, de son nimbe¹. Tel qu'il est, et pour nous borner aux seuls documents existants, il est certain que la genèse de son type ne s'explique bien qu'en partant de la tête du Bodhisattva et du corps du moine. Il reste donc au moins probable qu'elle se soit tout naturellement produite au cours d'une illustration continue de sa biographie, en sa qualité de prince fondateur d'une secte monastique. De Siddhârtha, à son tour, et plus encore de Maitrèya et de ses autres succédanés, les images, tardivement développées, nous ont paru clairement issues tant des motifs légendaires que décoratifs. Enfin il demeure sûrement quelque chose de nos observations sur la tendance de l'idole à jouer un rôle de plus en plus considérable à l'intérieur du bas-relief On peut se montrer d'autant plus affirmatif sur ce point que le mouvement a débordé du Gandhâra pour s'étendre à l'Inde entière et même à l'Extrême-Orient. Les stèles de Bénarès, par exemple, en témoignent (fig. 209, 506), aussi bien que les sculptures rupestres de Yun-Kang et du Long-Men (fig. 564-565). Non seulement l'image centrale a fini par envahir tout l'espace disponible au détriment des assistants et du décor des scènes, mais le goût des statues a peu à peu supplanté celui des bas-reliefs : si bien que depuis longtemps l'art bouddhique, là où il subsiste encore, comme par exemple au Tibet, ne fabrique plus guère, en fait de sculpture, que des icones. La même évolution s'est produite en petit au Gandhâra, et là aussi, sur le tard, les images sont allées en se multipliant Nous n'en voulons pour preuve que le grand nombre de celles que nous rendent chaque année les fouilles, et le fait que pour les envahisseurs musulmans, qui en ont tant détruit, le nom de *But* (Buddha) soit resté synonyme d'idole. Il est enfin un dernier trait qui s'agence trop bien dans le tableau pour que nous puissions le passer sous silence. Nous ne croyons pas nous tromper en discernant comme l'outrance de ce penchant dans la recherche des figures colossales, les unes modelées en stuc¹, les autres sculptées à même le rocher. Parmi les rupestres il nous faut au moins citer pour mémoire celles de la passe de Bâmiyân, qui se trouvent dans la région même de nos études et dont nous savons qu'elles dépassent de beaucoup en hauteur les colosses égyptiens².