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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t1.22

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t1.22

Language
French

v3.c16.s2.t1.22

De notre point de vue européen, cette théorie ne peut manquer de nous apparaître comme indubitablement conforme au cours naturel de nos pensées, sinon des choses elles-mêmes : mais ce n'est pas une raison pour fermer l'oreille à la fâcheuse voix de la critique. Si la corrélation entre le monnayage et la sculpture était à ce point étroite, on ne comprendrait plus que les médiocres monnaies des Guptas, sur lesquelles les derniers vestiges de lettres grecques ont achevé de disparaître, soient justement contemporaines des plus belles statues de Mathurâ et de Bénarès (par exemple, fig. 555 et 587). — Pardon, répondra-t-on peut-être : il suffit à l'argument que ces statues soient justement celles où le génie indien a le plus évidemment repris le dessus sur l'influence étrangère. Ce que nous soutenons, c'est qu'en toute occurrence l'élément hellénique est forcément allé en s'atténuant et que, dans le cas particulier de l'école indo-grecque, le mérite artistique a fléchi de façon concomitante; mais nous ne prétendons pas refuser du même coup tout mérite artistique aux écoles indiennes postérieures. — L'aveu est précieux à recueillir, et il n'était pas mauvais d'abjurer dès à présent un préjugé qui n'est que trop répandu en Europe. On ne saurait toutefois se croire quitte avec cette seule restriction. Oublie-t-on que nous avons dû également reconnaître à l'école gandhârienne une certaine individualité locale et sa juste part d'originalité? Puis le fait que les destinées de la gravure en creux ou en relief ont pu ainsi diverger dans l'Inde centrale force à se demander si, même au Gandhâra, elles sont restées aussi fidèlement mêlées qu'on veut bien le dire. Notons que leurs procédés et conditions d'exécution sont fort loin d'être semblables. Certes nous professons toujours l'opinion que l'homme capable d'exécuter telle monnaie gréco-bactrienne était de force à camper une statue : qui peut le plus peut le moins. Mais la réciproque n'est pas vraie, et nul ne soutiendra que tout bon tailleur de pierre soit en état de graver un coin et de frapper un flan. Ceci est un métier à part, où les commandes sont assez rares, et qui dut être toujours le privilège d'un petit nombre de spécialistes; le tour de main technique du graveur en médaille avait fort bien pu se perdre alors que les ateliers formaient encore d'honorables sculpteurs¹. Bref, il est toujours permis de répéter, après M. Senart², que dans l'école indo-grecque la sculpture a dû suivre une évolution analogue à celle de la numismatique; mais il faut renoncer à calquer pas à pas le développement de l'une sur celui de l'autre.