L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t1.4
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t1.4
- Language
- French
v3.c16.s2.t1.4
LES LITTÉRATURES INDIGÈNES. -- Il serait exagéré de dire que l'Inde ait complètement réussi à donner le change aux historiens sur ses relations forcées avec la Grèce. A la longue, on se trahit toujours par quelque endroit. Mais il faut bien avouer que si nous ne savions des Grecs que ce qu'elle nous rapporte, nous ne serions pas beaucoup plus renseignés sur leur compte que, par exemple, sur celui des Kambojas, dont elle nous parle souvent dans la même haleine et dont nous ignorons tout, sauf le nom. C'est uniquement parce que nous connaissions d'avance ce qu'elle entend par Yavanas que nous parvenons, avec beaucoup de bonne volonté, à les reconnaître sous quantité de demi-aveux, pour ne point dire de réticences, épars dans la littérature sanskrite. M. S. Lévi n'a pu écrire une petite thèse ingénieuse et nourrie sur « ce que les documents de l'Inde ancienne nous ont transmis au sujet des Grecs » qu'à condition de tout mettre à contribution, monuments figurés, inscriptions, monnaies, faits linguistiques, etc., et de poursuivre dans ses plus lointaines conséquences chaque emprunt de chose ou de mot¹. Si l'on s'en tenait au témoignage direct des textes brahmaniques, en réquisitionnant jusqu'aux exemples grammaticaux, on obtiendrait à peine, vannage fait, ces quelques grains d'histoire : l'existence à l'occident de l'Inde d'un peuple de Yavanas, qui se coupent les cheveux et mangent couchés sur des lits; leur incursion dans l'Inde, où ils auraient régné quatre-vingt-deux ans et fait preuve d'un courage militaire qui les rend dignes d'être considérés comme des kṣatriya, d'ailleurs irrémédiablement déchus de leur caste; enfin leur habileté incontestable dans les sciences et les arts. La notice veut être flatteuse, dût notre insatiable amourpropre européen faire la grimace. C'est que nous avons toujours à l'esprit la Grèce de Lycurgue et de Solon, de Platon et d'Aristote, de Phidias et de Praxitèle. Nous ne sommes que trop disposés à oublier que l'Inde n'a guère reçu, en fait de Grecs, que des soldats mercenaires et des aventuriers, et qu'elle n'eut pas à se louer de leur visite. Il est même remarquable que ses lettrés aient su découvrir, derrière l'inévitable brutalité du conquérant colonial, la supériorité scientifique et technique de la métropole; il l'est plus encore que, l'ayant découverte, ils aient consenti à la consigner par écrit. Après tout les brahmanes n'étaient pas à même de deviner -- ni par suite de nous laisser deviner, si nous ne la connaissions d'enfance -- la mère de nos arts, de nos sciences et de nos lois.