Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t2.3

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t2.3

Language
French

v3.c16.s2.t2.3

LE CADRE GÉNÉRAL. — Nous avons laissé le royaume grec de l'Inde du Nord partagé dès le début par l'ambition de deux familles rivales. En Bactriane et dans la vallée de Kâboul règne la lignée d'Eukratidès, tandis que le Penjâb, avec Çâkala-Euthydèmia comme capitale, est devenu le siège de la puissance des successeurs de Dèmètrios. Cependant, entre 140 et 130 avant J.-C., les Çakas débordent, comme nous l'avons vu, sur la Bactriane : Hélioklès l'évacue, mais il réussit à fermer derrière lui les passes de l'Hindou-Koush. Détourné par ce rempart naturel, le flot des envahisseurs se rejette dans la direction du Sud-Ouest contre les Parthes et en moins de dix ans leur tue deux rois, Phraate (138-128) qu'auraient trahi ses mercenaires grecs, et son oncle Artabane (128-123), frère du premier Mithridate. D'après Justin², Mithridate II le Grand (123-88), fils d'Artabane, aurait seul réussi à les refouler. Ils refluèrent alors du côté de l'Arachosie et de la Drangiane, dans ce Çaka-sthâna (aujourd'hui le Séistan), où ils retrouvèrent, semble-t-il, des tribus de même race, déjà sédentaires et plus ou moins teintées de civilisation indo-iranienne. Ils leur apportèrent le nombre, elles leur fournirent des chefs : et c'est ainsi, croyonsnous, que leur horde semi-barbare pénétra enfin dans l'Inde par les passes qui conduisent dans le bassin inférieur de l'Indus, les mêmes qu'utilisèrent plus tard les premières invasions musulmanes (1). Peut-être même est-ce à cette invasion que la ville de Moultân dut de rester consacrée au culte, moins indien qu'iranien, du Soleil. Que se passa-t-il ensuite ? Nous ne savons au juste : mais c'est en vain que les derniers Indo-Grecs, tels que Philoxène et Hippostrate, se transforment sur leurs monnaies en intrépides cavaliers comme pour mieux résister à ces nomades qui, plus encore que les Parthes, vivaient littéralement à cheval. Quand la « plaque de cuivre de Taxila » et le « chapiteau aux lions de Mathurâ » nous renseignent, nous trouvons partout installés des satrapes Çakas, — les premiers en l'an 72 et 78 d'une ère inconnue (2) et sous la suzeraineté d'un roi des rois nommé Mogas, que l'on identifie habituellement avec le Mauès des monnaies. Or ce Mauès, sans doute pour affirmer de façon plus ostensible la transmission de souveraineté, frappe des monnaies directement imitées de celles du premier des Indo-Grecs, Dèmètrios. Aussi craignons-nous que les numismates n'aient une tendance à le remonter plus que de raison, les uns disent jusqu'à l'an 120 avant J.-C. (3). Nous venons de voir qu'à cette date les Çakas étaient encore occupés à se frayer, les armes à la main, un chemin à travers la Parthie, et la conquête de tout le Nord-Ouest de l'Inde ne s'est pas faite en un jour. Le pouvoir incontesté de Mauès se placerait ainsi au plus tôt dans le premier quart du 1er siècle, dont ses successeurs, Azès, Azilisès, etc., occuperaient le reste. Désormais il n'est plus question de domination hellénique dans le Penjâb ; seule la haute vallée de Kâboul offrira, jusqu'aux premières années du siècle suivant, un refuge inexpugnable aux derniers héritiers des Indo-Grecs.

Linked texts (2)