L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t2.44
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t2.44
- Language
- French
v3.c16.s2.t2.44
traités, mais à peu près seuls en leur genre, comme c'est le cas des dieux marins de la figure 126, nous lui reconnaîtrons volontiers le caractère d'un premier essai, d'ailleurs sans lendemain. Lors même que le modèle aura réussi à s'imposer, nous placerons de préférence au début les répliques qui portent la marque du ciseau d'un artiste de race, telles les figures 87 et 325 parmi les Atlantes, 117 parmi les Amours ou 123 parmi les Tritons. Quand enfin nous nous trouverons en présence des images le plus communément reproduites, comme celles du Buddha, nous croirons discerner les prototypes non seulement à l'excellence de leur technique, mais surtout à ce qu'ils témoignent d'efforts pour comprendre et pour rendre l'âme du personnage représenté (cf. fig. 445). Qu'un bas-relief de facture tout hellénistique admette en son sein, tel un corps étranger et insuffisamment assimilé, le vieux symbole bouddhique de la Prédication (cf. fig. 214 et 218), il y aura de grandes chances pour qu'il faille le rapporter, sauf vérification de détail, à une époque où l'école n'avait pas encore pris nettement parti et achevé de stéréotyper ses modèles. Devant telle autre frise, par ailleurs assez médiocre, un détail exceptionnellement grec pourra nous donner la même chose à penser : c'est un sculpteur fraîchement imprégné des usages artistiques de l'Ionie qui s'est avisé de donner sur la figure 158 b à la mère du dieu des Indiens le char attelé de lions, véhicule traditionnel de la Magna Mater. Nous découvrons des raisons encore meilleures, parce qu'elles sont plus indépendantes de l'indice personnel de l'auteur¹, pour assigner une haute époque à ceux de nos bas-reliefs où la taille du personnage central, qu'il s'agisse de Çuddhodana (fig. 151), de Mâyâ (fig. 152), du Bodhisattva (fig. 179, 447) ou du Buddha (fig. 239 et 257), ne dépasse pas, ou à peine, celle des autres figurants. Mais, avec tout cela, il n'empêche que dans l'immense majorité des cas, nous nous sentons à nouveau ballottés sur une mer d'incertitudes où risquent de sombrer par contagion, en s'entraînant l'une l'autre, nos précédentes conjectures : car pour légitime qu'il soit, le critérium du style n'est malheureusement pas infaillible. Aussi sommes-nous trop heureux de raccrocher toute cette flottante chronologie à l'ancre de salut des monnaies et des inscriptions. Cette fois, il ne s'agit plus d'impressions subjectives ou de déductions logiques, mais de faits précis, palpables, dont chacun devra tenir compte et qui, acceptés de bonne foi, ne semblent pas susceptibles de deux interprétations. La trame serrée des médailles indo-grecques et indo-scythes retient dans ses mailles plus encore de motifs décoratifs et de types iconographiques qu'elles n'en portent figurés, tandis que, debout au seuil de notre ère, le Buddha de Loriyân-Tangai achève de rejeter dans le passé l'éclosion de l'œuvre la plus spécifiquement gréco-bouddhique de toutes. C'est pourquoi nous ne craignons pas d'affirmer que la meilleure partie du répertoire de l'école s'est constituée au cours du 1er siècle avant J.-C.