L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t2.46
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t2.46
- Language
- French
v3.c16.s2.t2.46
Est-ce la peine de revenir, à la lueur de cette conclusion ferme, sur les conditions historiques de cette création? Tout d'abord, il va de soi que nous persisterons à en attribuer l'initiative au talent des artistes formés dans les ateliers de l'Asie antérieure et qu'avaient su se procurer les colonies grecques d'Alexandrie du Caucase, de Peukélaôtis et de Taxila. Pas un instant nous ne songerons à en faire honneur au vague philhellénisme des Parthes, tant vanté par les historiens classiques : tout au plus ces heureuses dispositions des Arsacides pourraient-elles servir à écarter d'un esprit inquiet la crainte que le royaume indo-grec ait jamais été isolé et, comme on dit, coupé de sa base. Que, pour le reste, Çakas et Pahlavas n'aient jamais joué dans le Penjâb que le rôle de spectateurs et, jusqu'à un certain point, de bénéficiaires de l'influence hellénistique, la preuve en est donnée par leur monnayage, monument de servile imitation. Nous n'irons pas davantage chercher dans le goût personnel des rois ou satrapes scytho-parthes la raison d'être des motifs iraniens qui entrent dans la composition des sculptures gandhâriennes, alors que nous les avons vus s'introduire dans l'Inde dès le temps d'Açoka. Encore moins nous attarderons-nous à discuter le paradoxe qui substituerait pour caractériser l'école du Gandhâra l'épithète d'indo-iranienne à celle d'indo-grecque. C'est trop manifestement exagérer l'importance de l'apport indirect, par l'intermédiaire du vieil art bouddhique, des quelques décors persans noyés dans la variété de son répertoire. L'élément hellénistique n'est pas seulement, quoi qu'on en puisse dire, celui qui a attiré et fixé sur elle l'attention des archéologues européens : c'est encore celui qui lui a apporté l'étincelle de vie. Nous avons retourné sous toutes ses faces la question des rapports de l'Inde et de la Grèce ; sous quelque angle qu'on l'envisage, l'impression reste la même : le principe mâle était le grec. L'école n'est proprement ni la renaissance d'une branche quelconque de l'art oriental, ni le produit, inexplicablement engendré à distance, de cette influence « romaine », à laquelle on a parfois voulu donner le premier rôle dans son élaboration¹ : elle est l'enfant naturel et à peine posthume de la domination hellénique dans le Nord-Ouest de l'Inde. Ses premières œuvres sont bien véritablement nées de la rencontre qui, nous l'avons montré dans le précédent chapitre, devait inévitablement survenir entre l'artiste grec et le donateur indien : il ne s'est agi que d'attendre le nombre d'années nécessaire pour que client et fournisseur se trouvassent en état de se comprendre. Par ailleurs, il nous avait semblé que Puṣkarâvatî était le théâtre désigné de cette heureuse entente. Aussi n'est-ce pas pur effet du hasard que, dans les rares cas où le lieu de trouvaille des pièces que nous désignions tout à l'heure est notoire, il s'agisse le plus souvent des environs de Chârsadda². C'est sur les recherches pratiquées aux abords des principaux centres de la colonisation grecque que nous comptons pour accroître le nombre des morceaux susceptibles d'être rapportés sans hésitation au Ier siècle avant notre ère. Car, il faut l'avouer, et nous l'avons déjà reconnu, leur liste est encore restreinte. Il est même permis de se demander si cet art hybride et local aurait dépassé la banlieue des grandes villes, et si, sans l'intervention d'un ou de plusieurs facteurs nouveaux, il n'était pas voué à une aussi prompte résorption par le milieu indigène que les autres manifestations de la civilisation occidentale. Pour notre part, nous