L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.107
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.107
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.107
MÉDIOCRITÉ N'EST PAS DÉCADENCE. — Ainsi s'efface définitivement le fantôme tenace de l'influence romaine. Avec lui disparaît la seule raison qu'on eût de retarder jusque vers la fin du 1er siècle de notre ère la création de l'art du Gandhâra, et dès lors celui-ci redevient libre de se réclamer d'origines hellénistiques plus anciennes. Mais si le règne de Kaniṣka n'a décidément pas signalé la naissance de l'école gréco-bouddhique, avec quel moment de son évolution est-ce donc qu'il coïncide? A cette question d'autres archéologues, se jetant brusquement dans l'extrême opposé, ont nettement répondu : « Avec la décadence. » Ainsi flottent encore à l'heure actuelle les décisions des experts. Sans doute cette dernière opinion ne repose que sur un unique témoignage : mais le témoin est on ne peut plus digne de foi, puisqu'il s'agit d'un reliquaire (1) commandé par Kaniṣka lui-même (pl. VI). Ses heureux inventeurs ont eu la déception de constater la grossièreté de sa facture; ils en ont tout naturellement conclu à la dégradation de l'art gandhârien. La démonstration paraît inattaquable. De fait, nous ne songeons pas le moins du monde à contester l'appréciation portée par MM. Marshall et Spooner sur la valeur esthétique de leur trouvaille; le mieux qu'on en puisse dire, c'est que c'est un travail bâclé. Nous ne nous inscrivons pas davantage en faux contre la vérité générale du principe qui a guidé leurs déductions et qui veut que bonne ou mauvaise facture soit *ipso facto* synonyme de haute ou de basse époque : il y a d'heureuses archéologies pour lesquelles cette loi si commode est pleinement valable. Nous voulons seulement rappeler qu'elle ne saurait s'appliquer sans réserves à celle du Gandhâra. Ce n'est pas, hélas! par pure précaution oratoire que nous nous sommes si souvent excusé auprès du lecteur des complications spéciales qui embrouillent notre sujet (2) : le moment est venu d'en faire la fâcheuse épreuve. Telles sont les conditions historiques et la situation géographique de l'école gréco-bouddhique qu'on n'y saurait, comme ailleurs, subordonner d'avance aux questions d'exécution celles de chronologie, ni se dispenser d'évoquer, à propos de chaque monument particulier, toutes les circonstances de la cause.