L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.134
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.134
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.134
Loin de nous l'intention de soutenir que cette loi générale ne comporte pas d'exceptions : pourtant nous devons faire observer qu'elle se tire assez bien des contre-épreuves auxquelles il est déjà possible de la soumettre. Oublions, par exemple, que dans notre système le piédestal de Chârsadda date de l'an 63/4 après J.-C. et examinons-le au point de vue chronologique. Le joli modelé du torse du Bodhisattva, la finesse gracieuse des visages et autres considérations esthétiques ne nous apprendront rien de précis sur l'âge de cette réplique du *samcodana*¹. Mais, d'une part, les pilastres corinthiens à panneaux et l'introduction du donateur nous empêcheront de la faire remonter au delà de notre ère; de l'autre, la disproportion encore raisonnable entre le Bodhisattva et ses deux comparses, le caractère individualisé du Brahmâ chevelu et de l'Indra enturbanné, le naturel des gestes, la souplesse des draperies, sont autant de traits antérieurs au style de Kaniṣka. Prenez la moyenne : vous tomberez à peu près juste; et cette réussite approximative incite à se laisser guider par les mêmes indices chaque fois qu'il y aura lieu de procéder à l'examen critique d'un bas-relief. Ce n'est pas tout : les détails du costume et de la coiffure des personnages laïques du piédestal ou du reliquaire, nœuds des chignons et des turbans ou dispositions des draperies, nous deviennent précieux, une fois leur date fixée, pour classer à leur tour nos légions de Bodhisattvas. Quant au Buddha, nous sommes fixés sur la façon dont l'école traitait cette figure maîtresse au début, au milieu et à la fin du 1er siècle. Ce sont là des résultats positifs, et, ne craignons pas de le dire, des plus encourageants. Allons-nous à présent passer, sans plus de préparation, de la théorie à l'application et rapporter par exemple au même siècle, sur la foi des mêmes signes, le Buddha de la planche II, le Bodhisattva de la planche I ou les bas-reliefs des figures 198-199, etc.? Rien ne serait à notre avis plus prématuré qu'une entreprise aussi risquée. Nous avons besoin de beaucoup plus de jalons — autrement dit, de sculptures datées — pour atteindre à tant de précision et de sécurité d'esprit dans le diagnostic chronologique : mais nous ne voyons pas de raison pour que nous n'en possédions un jour les moyens. Laissons faire le temps, les découvertes de l'Archæological Survey et la compétence accrue des archéologues; et pour l'instant bornons-nous à marquer les premiers points de repère dont nous disposons.