L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.21
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.21
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.21
Les Kuṣaṇa. — Nous n'oublions pas d'ailleurs que notre connaissance de l'état politique de l'Inde du Nord au 1er siècle de notre ère repose avant tout sur les Annales chinoises, commentées par les monnaies et les inscriptions indigènes. Les renseignements chinois sont même si explicites que, pour une fois, ils ont mis tout le monde à peu près d'accord. Chacun répète docilement la leçon qu'ils nous ont apprise : comment, lorsque les Yue-tche firent fuir devant eux les Çakas (1), ils cédaient eux-mêmes à la pression de leurs voisins orientaux, les Huns, auxquels nous ne tarderons pas beaucoup à avoir affaire; comment ils quittèrent, vers l'an 165 avant J.-C., leurs pâturages du Kan-sou, à la frontière de Chine, pour l'étonnante migration qui, à travers toute l'Asie centrale, devait les conduire jusqu'à l'Inde; et comment, en l'an 128, l'envoyé chinois Tchang K'ien les trouva déjà établis au nord de l'Oxus. « Quelques années plus tard », ils se répandirent au sud du fleuve et partagèrent la Bactriane entre leurs cinq hordes. Admettons que cette répartition et l'adoption d'un genre de vie sédentaire leur aient pris le temps d'une génération : « Plus de cent ans après, le chef du clan des Kuṣans, Kozoulo-Kadphisès, attaqua et vainquit les quatre autres chefs (jab-gou). Il se nomma lui-même roi : le nom de son royaume fut Kuṣan (2). » Entendez qu'il fonda une dynastie de ce nom, événement que d'autres textes s'accordent à placer, mais avec plus de précision, aux environs de l'an 25 de notre ère : et cette date est d'autre part confirmée par la façon dont Kozoulo-Kadphisès a imité sur ses monnaies les deniers d'Auguste. Mais l'hégémonie sur les tribus de sa race ne suffit pas à son ambition : « Il envahit la Parthie, s'empara du territoire de Kâboul; en outre il triompha du Pou-ta et du Kaçmîr (3) et posséda entièrement ces royaumes. » Ces conquêtes nous sont données comme faites aux dépens de la Parthie (Ngan-si); et ce trait est bien conforme à ce que nous avons vu de la domination parthe sur toute cette région. Toutefois les documents numismatiques certifient que le roi supplanté dans la vallée de Kâboul par Kozoulo-Kadphisès fut le dernier des Indo-Grecs, Hermaios. On a beaucoup spéculé sur le fait que certaines pièces de cuivre portent ces deux