L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.26
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.26
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.26
noms conjugués. On a imaginé qu'un instant le Kuṣaṇa et le Grec ont battu monnaie ensemble, voire même qu'ils auraient commencé par sceller sur le dos des Parthes une alliance contre nature¹. Nous préférons pour notre part une explication beaucoup moins romanesque. Faute de posséder aucun monnayage de son cru, le jab-gou dut, pour s'en procurer, laisser fonctionner selon sa routine habituelle l'atelier du vaincu : c'est peu à peu qu'il en vint à ajouter, puis à substituer définitivement son nom en exergue. Exactement de même, le kalife Omar frappe en Syrie à l'effigie de l'empereur Héraclius, en Perse à celle du dernier des Sassanides¹. Par ailleurs les acquisitions territoriales du chef turc restent en somme limitées à l'Afghanistan et au Kaçmîr. Il a franchi avec l'Hindou-Koush le glacis naturel, ou, comme disent les Anglais, la « frontière scientifique » de l'Inde ; déjà il en tient les clefs : il est réservé à son successeur de pénétrer, le premier de sa race, dans cette terre promise des hordes du Nord-Ouest. Poursuivons en effet notre lecture : « Kozoulo-Kadphisès mourut âgé de quatre-vingts ans (vers 60 après J.-C.?). Son fils Vima-Kadphisès devint roi à sa place. A son tour il conquit l'Inde et y établit un chef pour l'administrer. A partir de ce moment les Yue-tche devinrent extrêmement puissants... » Est-ce la peine de faire remarquer que cette dernière phrase contient la condamnation péremptoire de toute théorie qui voudrait ne faire de la conquête de Vima-Kadphisès que la reprise en sous-œuvre de celle de Kanişka ? Kozoulo-Kadphisès nous est explicitement donné comme le fondateur de la dynastie des Kuṣaṇas et son fils comme le premier d'entre ces potentats qui ait envahi l'Inde et jeté les bases de leur empire. Auquel des successeurs de Gondopharès, nous ne savons, mais c'est sûrement à un roi parthe que Vima-Kadphisès enleva le Gandhâra et le Penjâb entre 60 et 70 de notre ère; et peut-être étendit-il du même coup sa domination sur les satrapes Çakas et Pahlavas des bassins de l'Indus et du Gange.