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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.4

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.4

Language
French

v3.c16.s2.t3.4

LE FACTEUR POLITIQUE. — A la suite de quelles circonstances la souveraineté du Nord-Ouest de l'Inde a-t-elle passé, pendant la première moitié du 1er siècle de notre ère, des mains des Çakas à celles de leurs cousins les Pahlavas, nous ne savons. Le fait, attesté par la numismatique, est confirmé par un texte chrétien et par une inscription bouddhique. D'après les Actes apocryphes de saint Thomas, c'est le roi parthe Gondopharès que l'apôtre serait venu évangéliser dans l'Inde; et ce nom, porté par nombreuses monnaies, s'est retrouvé gravé sur une pierre de Takht-î-Bahai (1). Celle-ci place même la vingt-sixième année de son règne en l'an 103 d'une ère apparemment officielle et que le lapicide connaissait trop bien pour la spécifier davantage, mais dont il a emporté avec lui le secret. Il semble que ce doive être celle à laquelle nous avons déjà rapporté la mention du roi Mogas en l'an 78 : car il s'agit dans les deux cas de dynasties iraniennes, dont la seconde même est de pure extraction parthe. Seulement l'identification de Mogas avec Mauès deviendrait alors intenable; et il ne suffirait même pas, pour arranger les choses, d'y renoncer : car l'inscription continuerait à placer en l'an 103 - 26 = 77 l'avènement de Gondopharès à un trône qui nous est donné comme occupé en 78 par Mogas, et ainsi l'on ne ferait que tomber d'une difficulté dans une autre. Le seul remède commun serait d'admettre entre ces deux « rois des rois » un intervalle de plus d'un siècle. Rapportée dans ces conditions à l'ère parthe, la date de Takht-î-Bahai se traduit par l'an 55 après J.-C. (2), ce qui répond bien à notre attente. Mais c'est ici qu'intervient un fait nouveau et encore inexpliqué. Il existe dans l'Inde une ère connue sous le nom de Vikrama, dont on ignore l'origine exacte et dont le début est fixé à 58/7 ans avant la nôtre. Or, calculée d'après cet autre point de départ, l'année 103 aboutit à l'année 47 de notre style, chiffre trop voisin du premier pour n'être pas également satisfaisant. Si cette réussite n'est qu'un effet de hasard, aucune ne pouvait avoir des conséquences plus funestes pour la chronologie encore balbutiante du Gandhâra. Il n'en a pas fallu davantage pour inviter à rapporter à cette même ère Vikrama la série des dates, allant de 4 à 122, que nous possédons d'une tout autre dynastie, celle des Kuṣaṇas. Du coup, Kaniṣka s'est trouvé remonté jusqu'au milieu du 1er siècle avant notre ère, expulsé d'autorité, ainsi que ses successeurs immédiats, de la vallée de Kâboul et condamné à cohabiter dans le plus inextricable pêle-mêle tant avec les Indo-Scythes qu'avec les derniers Indo-Grecs ; après quoi, pour raccorder la théorie avec les faits acquis d'autre part, son auteur s'est trouvé acculé au parti désespéré de rejeter les deux Kadphisès après le groupe Kaniṣka-Vasudēva et les premières conquêtes des Kuṣaṇas après l'apogée de leur empire — ce qui est proprement mettre la charrue avant les bœufs.