L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.7
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.7
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.7
*La date de Kaniṣka.* — Mais ici nous abordons, on le sait, une des questions les plus controversées de l'histoire de l'Inde¹. Elle paraissait pourtant avoir de bonne heure reçu sa solution. Selon Fergusson et M. le Prof. H. Oldenberg, Kaniṣka avait fondé l'ère dite Çaka en l'an 78/9 après J.-C., ce qui cadrait parfaitement avec les données de la numismatique. Toutefois, des objections s'élevèrent, dont la plus topique est que Kaniṣka n'a jamais été un Scythe; et, sitôt ce lien rompu, la date du « shâh des shâhs » est partie à la dérive, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, au gré du flux et du reflux des fantaisies individuelles, depuis l'an 58 avant notre ère jusqu'en l'an 278 après. Nous nous serions volontiers tiers borné à jeter un voile pieux sur ces divagations, capables de compromettre la réputation de l'indianisme. Malheureusement, il n'en va pas de Kaniṣka comme de Gondopharès. Son nom est trop intimement mêlé à la légende bouddhique et associé à une fondation religieuse trop importante pour que nous puissions nous en débarrasser au passage avec une simple mention : il est de toute nécessité que nous précisions l'époque à laquelle il a régné sur la terre artistique et sainte du Gandhâra. Or, ce qui nous a dès l'abord frappé, c'est qu'après une période d'affolement l'aiguille de la boussole tendait à revenir à son point de départ. Parmi les adversaires les plus déclarés de la théorie dite de l'ère Çaka, la plupart en venaient à placer Kaniṣka quelques années avant ou après la date initiale de cette ère, si bien que, selon l'expression de M. F. W. Thomas, « c'eût été miracle qu'il l'eût manquée¹ ». Aussi nous préparions-nous, sous la pression unanime de nos documents et sans croire manquer de respect à nos savants confrères, à prendre avantage du fait que l'archéologie se contente de compter par lustres pour faire l'économie d'un comput de plus.