Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.71

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.71

Language
French

v3.c16.s2.t3.71

LE FACTEUR ARTISTIQUE. — Mais ce n'est pas seulement l'importation des objets d'art qu'ont provoquée l'augmentation de la richesse publique et la facilité régulière des communications : elles ont encore favorisé l'immigration d'artistes d'Occident. Nous avons dès longtemps insisté à propos de l'art du Gandhâra — et non sans courir le risque d'en méconnaître les origines hellénistiques — sur la prodigieuse prospérité dont jouit l'art grec à la faveur de la paix romaine et dont témoigne aussi bien son inépuisable fécondité que l'universalité de son expansion (1). Et sans doute il s'agit de l'art grec déjà sur son déclin, ne produisant plus guère en pays classique que des répliques, en pays barbare que des adaptations, et toujours et partout des copies de copies. Mais jamais il n'a été à meilleur marché ni d'un usage plus courant : nous le trouvons en même temps à la mode dans toutes les classes de la société, jusqu'aux plus bourgeoises, et répandu sur toute l'étendue du monde civilisé, d'Alexandrie à Thulé et de Gadès à Séleucie. Cet aspect des mœurs classiques au temps d'Auguste et des Antonins a été depuis longtemps dépeint en Italie (2) : il est loisible d'élargir à présent le tableau par delà l'horizon familier de la Méditerranée. Que de fois, pour notre part, devant la richesse décorative des ruines gandhâriennes, n'avons-nous pas entendu des officiers anglais, gens d'esprit fort rassis et plus préoccupés de sport que d'archéologie, évoquer, sous le coup d'un ravissement de surprise, le magique souvenir de Pompéi. Leur enthousiasme les emportait un peu loin : mais il n'en est pas moins vrai que, là comme ici, la profusion et aussi, avouons-le, la médiocrité générale des œuvres atteste, dans tous les sens du mot, la vulgarisation de l'art. Et il ne serait pas impossible de discerner dans la littérature indienne, si imparfait miroir qu'elle soit de la vie, la répercussion de ce phénomène social. La rhétorique s'enrichit soudain de comparaisons empruntées au vocabulaire spécial des amateurs. Dans le *Sûtrâlaṅkâra*, par exemple, quand le roi des Çibis s'est dépouillé de sa chair pour la jeter dans la balance, il est pareil, nous dit Açvaghoṣa, à une statue qui se délite sous l'action de la pluie au point de devenir méconnaissable. Le même texte, d'accord avec le *Lalita-vistara*, attribue au Bodhisattva des talents de peintre et de sculpteur (3). Les arts plastiques, considérés comme de bon ton en dépit des basses exigences de leur technique manuelle, feront désormais partie d'une éducation libérale. Ce ne sera plus qu'un jeu pour les héros et même les héroïnes de roman et de théâtre que de faire le portrait ressemblant de leurs amours. Tous ces lieux communs traîneront indéfiniment dans les traités de poétique : encore faut-il qu'à un moment donné ils aient correspondu à l'état des mœurs ; et nous placerions plus volontiers au Ier siècle l'apparition de ces coutumes nouvelles.

Linked texts (1)