L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.85
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.85
- Language
- French
v3.c16.s2.t3.85
Encore ceux-ci ne suffiraient-ils point à nous renseigner de façon tout à fait précise. La seule œuvre gréco-bouddhique qui, à notre connaissance, ne soit pas anonyme, est la cassette de Shâh-jî-kî-Ḍhêrî, dont les inscriptions désignent, en même temps que le donateur Kaniṣka, Agiçala, le nava-karmika ou « maître de l'œuvre¹ ». On ne saurait raisonnablement hésiter à reconnaître, sous le déguisement d'une prononciation indienne qu'un hasard (sans doute un peu aidé) a faite significative, le nom d'Agésilas¹. Pour nous refuser à admettre une interprétation aussi simple, il faudrait rejeter en bloc non seulement toutes les transcriptions indiennes de mots grecs que nous donnent les textes classiques et les légendes des monnaies, mais encore l'Héliodore, fils de Diya (Dion), de l'inscription de Besnagar et le Thaidora (Théodore), fils de Datis, de celle de Kaldarra². En fait l'unique défaut du reliquaire de Kaniṣka nous paraît être, dans la circonstance, de nous donner justement la sorte de signature que nous pouvions espérer. Cela est trop beau pour n'être pas suspect : tant il est vrai que la défiance toujours prête de l'esprit critique est au fond voisine de cette vague inquiétude « qui fait que l'homme craint son désir accompli ». Mais aurions-nous les meilleures raisons de surmonter ce morbide scrupule que nous ne serions toujours pas en état de deviner au seul nom d'Agésilas si celui qui le portait était, comme le qualificatif de dasa (= dāsa, esclave) le donnerait à penser, un Eurasien natif du Gandhâra et héritier de la profession paternelle, ou un Grec d'Asie Mineure récemment entré au service du roi. Il faut en convenir : sur le point de savoir s'il s'est effectivement produit au Gandhâra, dans le cours du 1er siècle, de nouveaux arrivages de Yavanas, nous sommes encore réduits à des présomptions assez vagues ; nous ne voyons pourtant pas que personne songe ou puisse songer à contester la vraisemblance générale du fait, d'autant qu'on ne peut guère expliquer autrement la propagation jusque sur les bords de l'Indus des dernières nouveautés artistiques de la Syrie ou de Palmyre³.