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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t3.90

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t3.90

Language
French

v3.c16.s2.t3.90

LA QUESTION DE L'INFLUENCE ROMAINE. — L'afflux de la main-d'œuvre artistique, le rapide enrichissement des donateurs, finalement la conversion du souverain au Bouddhisme, tels sont donc, si nous les récapitulons bien, les trois facteurs principaux de l'épanouissement de l'école du Gandhâra au cours du premier siècle de notre ère. Nul ne disconviendra de leur importance : mais c'est une autre fonction que certains ont voulu leur attribuer. A leurs yeux ces trois éléments ne seraient pas de simples adjuvants, mais le germe même de la croissance de l'école. Ils n'y voient pas, comme nous, des sortes d'affluents venant renforcer sa vitesse acquise et sa force d'expansion : ils croient bel et bien y découvrir ses sources. L'art du Gandhâra serait né au temps de Kaniṣka de l'ensemble de circonstances favorables que nous venons d'exposer : et, ce fait une fois admis, on n'a pas reculé devant les conséquences. Dès lors il ne serait pas seulement vrai de dire, comme nous l'avons fait, que la floraison de l'art du Gandhâra n'est, à regarder les choses d'un peu haut, qu'un cas particulier d'un phénomène général et qui s'est étendu à tout l'ensemble du monde antique : c'est sa formation même qui, dans l'hypothèse que nous envisageons, serait le produit direct d'une influence non plus hellénistique, mais gréco-romaine. Aucun critique n'ose plus guère répéter, après Fergusson, que les sculptures du Gandhâra sont « plus byzantines que romaines »¹ ; mais il s'en trouve encore pour soutenir que leur style comme leurs modèles sont beaucoup moins grecs que « romains ». On a déjà lu ci-dessus les raisons qui nous ont déterminé à chercher plus avant dans le passé les origines purement hellénistiques de l'école gandhârienne². Nous les considérons toujours comme valables, et nous n'y reviendrions pas, si leur témoignage ne pouvait être adroitement tourné. Rien n'empêche en effet de supposer que l'art gréco-bouddhique ait traversé vers la fin du 1er siècle de notre ère une crise de croissance telle qu'elle équivaille à un changement d'orientation, voire même à une rénovation(1). Aussi faut-il spécifier pourquoi l'idée que nous nous faisons de son évolution répugne aussi bien à l'hypothèse d'une déviation trop brusque qu'à celle, déjà réfutée, d'un retard par trop anormal.