L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t5.9
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t5.9
- Language
- French
v3.c16.s2.t5.9
il se peut toutefois que toute fécondité artistique ne fût pas morte, au moins dans les grands centres religieux. Apparemment, dans le voisinage des sanctuaires en renom, quelques familles d'artisans indigènes trouvaient toujours de père en fils à gagner leur vie et à entretenir un héréditaire talent : car rien ne nous donne à penser que, comme au Tibet, l'imagerie religieuse soit jamais devenue dans l'Inde le monopole des moines. On ne comprendrait guère qu'une dévotion toujours ardente se fût uniquement contentée d'offrandes d'oriflammes ou de fleurs. Bien que les pèlerins chinois n'en mentionnent guère d'autres, çà et là, cependant, il est incidemment question dans leurs Mémoires de commandes plus intéressantes. Song Yun fait édifier un stûpa votif au lieu où l'on commémorait le « don du corps » à la tigresse : ce stûpa ne comportait-il pas à tout le moins une décoration en mortier de chaux ? Un de ses compagnons, au moment de leur séjour à Pèshawar, prélève sur ses fonds de voyage la somme nécessaire pour faire exécuter « par un excellent artiste » des modèles réduits, en cuivre, de la « pagode de Kanişka » et des quatre autres grands sanctuaires de l'Inde du Nord¹. Une fois même il semble que les tardifs représentants de l'école gandhârienne ne se soient pas bornés à la reproduction stéréotypée des modèles traditionnels. Fa-hien affirme que, malgré tous les essais qui en avaient été tentés, on n'avait jamais pu prendre copie de l'ombre laissée par le Bienheureux dans la caverne de Nagarahâra. Or parmi les sept statues du Buddha que Hiuan-tsang, selon son biographe, aurait rapportées de l'Inde, figure justement une copie de cette ombre; et cette composition, d'un genre tout nouveau pour nous, aurait représenté le Buddha, tel l'archange saint Michel, foulant aux pieds un dragon². Si le fait est authentique, il y aurait donc eu création d'un motif nouveau dans l'intervalle des deux voyages, c'est-à-dire au plus tôt dans le cours du vᵉ siècle.