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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t5: § V. La fin de l'école

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t5

Language
French

§ V. La fin de l'école

v3.c16.s2.t5.1

La décadence est sans doute l'annonciatrice de la fin : toutefois une école peut continuer encore longtemps, si les circonstances s'y prêtent, à vivre d'une vie ralentie, qu'entretient le prestige des œuvres héritées du passé. Combien de temps aura pu se prolonger l'agonie de l'art gréco-bouddhique, à l'ombre des monuments qu'il avait créés? Ainsi que nous commençons à en prendre l'habitude, c'est surtout à des témoignages étrangers que nous devrons le demander. Mais désormais ce n'est plus de l'Occident classique que nous pourrons attendre quelque lumière. Les renseignements qui continuent à se publier sur l'Inde dans le monde méditerranéen ne sont, à partir du IVe siècle, qu'un tissu d'inepties. Nous n'excepterions même pas la *Topographie chrétienne* de Cosmas Indicopleustès (vers 535), si cet ennemi de la rotondité de la terre n'avait consigné quelques informations précises parmi ses absurdes théories. Il est bien évident que le contact s'est perdu, et que le commerce passe de plus en plus entre les mains d'intermédiaires arabes ou persans¹. Si nous entrevoyons quelque chose de l'histoire du Gandhâra, c'est avant tout grâce aux récits de voyage des pèlerins chinois, jusqu'au jour où la parole est prise par un écrivain arabe. C'est là un fait pour nous des plus significatifs. Sans doute les échanges entre l'Empire et l'Inde ne sont pas complètement interrompus; mais voici que cessent définitivement les relations suivies et directes dont nous venons de voir fleurir, au Ier et au IIe siècle de notre ère, les esthétiques résultats. Les destinées, un instant mêlées, de la civilisation gréco-romaine et de l'indienne se séparent à nouveau, et nous n'apercevons plus entre elles aucun rapport, voire même aucun parallélisme qui vaille la peine d'être relevé. Dès lors, et par une conséquence naturelle, il se ferait temps de clore l'histoire de l'art indo-grec, si l'entreprise commencée ne devait être poussée jusqu'à son terme et s'il ne valait la peine de rapporter brièvement les péripéties dont s'accompagna l'inévitable dénouement.

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¹ Cf. PRIAULX, *India and Rome*, p. 171 et suiv.

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LA SURVIE (IVe-Ve SIÈCLES). — L'école du Gandhâra allait devoir, semble-t-il, aux événements un sursis de deux siècles. Apparemment le pays était resté au pouvoir d'une dynastie de rois Kou-

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[Figure: FIG. 513. — PÂÑCIKA ET AUTRES YAKṢAS, À JAVA (cf. p. 43, 625). Boro-Boudour, première galerie, partie gauche du bas-relief n° 9 b. Hauteur : 0 m. 80. D'après une photogr. du Major VAN ERP.]

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shans, alliée aux Sassanides. On a voulu les reconnaître, non sans quelque vraisemblance, dans ces Chionitai qui, vers 360, aidèrent Shapour II au siège d'Amida (aujourd'hui Diarbékir) : du moins Ammien Marcellin raconte-t-il que leur vieux roi Grumbatès, qui perdit son fils dans l'affaire, amena avec lui des éléphants indiens¹. En fait nous ne saurions rien si nous ne possédions le témoignage oculaire de Fa-hien, puis de Song Yun. Le premier arrive, au début du vᵉ siècle, dans une contrée en pleine prospérité, et où jamais le Bouddhisme n'a été plus florissant. Aussi bien au Gandhâra même que dans les vallées adjacentes de Kâboul et du Swât, tous les *stûpa* sont encore inviolés et les monastères remplis de moines; sanctuaires et reliques célèbres voient affluer en foule les fidèles, à commencer par les râjas locaux. L'Inde du Nord est devenue ce que nous avons déjà dit qu'elle deviendrait², l'une des terres saintes du Bouddhisme et, plus particulièrement, la terre sainte du Bodhisattva. Trois des compagnons de Fa-hien s'estiment satisfaits d'avoir visité ses quatre grands lieux de pèlerinage et s'en retournent en Chine. « Le peuple est surtout adonné au Petit Véhicule » : c'est en effet la secte des Sarvâstivâdins qui jouit de la plus grande popularité. Toutefois le culte de la Prajñâpâramitâ, de Mañjuçrî et d'Avalokiteçvara y pénètre, bien que Fa-hien ne le mentionne qu'à 80 *yojana* au Sud-Est, à propos de Mathurâ. Ce qui nous importe surtout, et ce que nous pouvons déduire en toute sûreté de ses des criptions, c'est que l'œuvre entière de l'école était encore intacte, jusque dans sa polychromie et ses dorures; ou du moins sa conservation n'avait à compter qu'avec des accidents pareils à ceux dont la « pagode de Kanişka » fut la victime : Song Yun nous apprend en effet, au début du viᵉ siècle, qu'elle avait déjà été trois fois incendiée par le feu du ciel et chaque fois réédifiée.

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¹ Vaut-il la peine de noter ici que, d'après le même historien (xviii, 6), Shapour (autrement dit Sapor) employait comme espion un cavalier romain déserteur, natif de Paris? Là où le marchand ne passait plus, le condottière pénétrait encore.

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² Cf. t. II, p. 416-417.

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Qu'était cependant devenue l'ancienne activité des ateliers ganhâriens? Qui étaient leurs artistes? A quoi ressemblaient leurs œuvres? Autant de questions que nous ne pouvons guère pour l'instant que soulever. Que l'art fût déjà en pleine décadence, on n'en peut guère douter, ni que cette décadence fût irrémédiable;

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il se peut toutefois que toute fécondité artistique ne fût pas morte, au moins dans les grands centres religieux. Apparemment, dans le voisinage des sanctuaires en renom, quelques familles d'artisans indigènes trouvaient toujours de père en fils à gagner leur vie et à entretenir un héréditaire talent : car rien ne nous donne à penser que, comme au Tibet, l'imagerie religieuse soit jamais devenue dans l'Inde le monopole des moines. On ne comprendrait guère qu'une dévotion toujours ardente se fût uniquement contentée d'offrandes d'oriflammes ou de fleurs. Bien que les pèlerins chinois n'en mentionnent guère d'autres, çà et là, cependant, il est incidemment question dans leurs Mémoires de commandes plus intéressantes. Song Yun fait édifier un stûpa votif au lieu où l'on commémorait le « don du corps » à la tigresse : ce stûpa ne comportait-il pas à tout le moins une décoration en mortier de chaux ? Un de ses compagnons, au moment de leur séjour à Pèshawar, prélève sur ses fonds de voyage la somme nécessaire pour faire exécuter « par un excellent artiste » des modèles réduits, en cuivre, de la « pagode de Kanişka » et des quatre autres grands sanctuaires de l'Inde du Nord¹. Une fois même il semble que les tardifs représentants de l'école gandhârienne ne se soient pas bornés à la reproduction stéréotypée des modèles traditionnels. Fa-hien affirme que, malgré tous les essais qui en avaient été tentés, on n'avait jamais pu prendre copie de l'ombre laissée par le Bienheureux dans la caverne de Nagarahâra. Or parmi les sept statues du Buddha que Hiuan-tsang, selon son biographe, aurait rapportées de l'Inde, figure justement une copie de cette ombre; et cette composition, d'un genre tout nouveau pour nous, aurait représenté le Buddha, tel l'archange saint Michel, foulant aux pieds un dragon². Si le fait est authentique, il y aurait donc eu création d'un motif nouveau dans l'intervalle des deux voyages, c'est-à-dire au plus tôt dans le cours du vᵉ siècle.

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¹ Song YUN, trad. ÉD. CHAVANNES, dans *B. E. F. E.-O.*, III, p. 412 et 426-427. — Le musée de Pèshawar possède plusieurs de ces modèles de stûpa en métal.

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² FA-HIEN, trad. LEGGE, p. 39; trad. S. BEAL, p. xxxv. — Biographie de HIUAN-TSANG, trad. STAN. JULIEN, I, p. 293: trad. S. BEAL, p. 214.

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Ce qui ferait donner créance à cette anecdote, c'est qu'il y est question d'un motif de statuaire : au cas où quelque innovation était encore possible; c'était dans cette direction. De bonne heure il nous est apparu¹ que les images furent l'article le plus longtemps demandé et par suite exécuté au Gandhâra. A mesure que le souci de la biographie du Maître cède le pas au culte idolâtrique du dieu, on voit les scènes légendaires disparaître de la décoration des stûpa, laquelle finit par ne plus comporter que des alignements de statues. A cette évolution dans le choix des sujets paraît, d'autre part, avoir correspondu une transformation parallèle dans celui des matériaux habituellement employés. C'est durant cette période que, pour les deux raisons que nous avons déjà données², dut se généraliser l'usage du mortier de chaux, ou comme on dit communément, du stuc. Assurément ce procédé décoratif n'est nullement inconnu à notre antiquité classique, ni à la bonne époque de l'école du Gandhâra : mais jamais le bas prix de la matière ne l'aura davantage recommandé à l'appauvrissement graduel des donateurs, tandis que la facilité relative de l'exécution -- peut-être aidée sur le tard par l'emploi des moules -- n'aura pu manquer de tenter l'habileté décroissante des artistes. Aussi y a-t-il de fortes présomptions pour que, sur tous les monuments tardifs du Nord-Ouest, la substitution des idoles aux scènes figurées se soit accompagnée du remplacement de la sculpture sur pierre par le modelage en stuc.

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¹ Cf. t. II, p. 345.

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² Cf. t. I, p. 192-193.

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A ces questions, qu'aujourd'hui nous nous bornons à poser, des fouilles bien faites répondront : déjà elles ont commencé à répondre. La lecture du rapport de Sir Aurel Stein sur ses fouilles de Sahri-Bahlol en 1912 montre tout ce qu'on peut attendre à ce point de vue d'investigations conduites par un esprit et sous un œil avertis : « Aux deux sanctuaires *C* et *D*, nous dit-il, des statues et bas-reliefs, appartenant à une époque où l'habileté et la tradition de la meilleure période de l'art du Gandhâra étaient encore vivantes, sont trouvés mélangés avec des sculptures d'un type indéniablement décadent... » Et, comme pour nous donner quel-

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FIG. 514. — PANCIKA, À JAVA (cf. p. 107, 118, 126, 137, 625). Couloir d'entrée du Candi Mendut. Hauteur du personnage : 0 m. 80.

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ques lueurs sur les dates respectives de ces œuvres qu'un même lieu rassemble et que plusieurs siècles séparent, « les monnaies trouvées dans le tumulus *C* comprennent, à côté d'une pièce d'Azès, à l'air remarquablement neuf, d'autres du type associé avec Vâsudèva, le dernier monarque Koushan, et d'autres encore émises par les derniers Indo-Scythes¹... » En un mot, la décoration du sanctuaire dont les ruines ont été découvertes sous ce tertre se serait poursuivie depuis le Ier siècle avant notre ère jusqu'au Ve siècle après.

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¹ Cf. M. A. STEIN, *A. S. I., Ann. Rep. 1911-1912*, p. 100-101. — Il faut entendre par les « derniers Indo-Scythes » les « later Indo Scythians » de CUNNINGHAM, autrement dit les derniers dynastes Koushans.

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Il y a lieu de croire qu'il en avait été de même un peu partout où s'étendait le domaine propre de l'école. Assurément nous n'oserions attribuer au IVe ou au Ve siècle que les plus courtaudes et les plus mal venues des idoles de pierre : mais rien n'empêche de faire descendre aussi bas des images de stuc qui soient d'une exécution encore décente. Les rangées de Buddhas en mortier de chaux dégagées par le Dr D. B. Spooner sur le soubassement du stûpa de Kanishka à Shâh-jî-kî-Dhêrî se laisseront vraisemblablement rapporter à une réfection du sanctuaire tombant dans la période qui nous occupe. Et le cas de la fameuse pagode serait loin d'être unique, d'après ce que nous savons déjà des fouilles de Taxila. Celles-ci donnent décidément à penser que le modelage aurait survécu au naufrage de la sculpture. Nous ne voyons aucune raison pour en être surpris. Sans doute il faut toujours se méfier des analogies : il en est pourtant une que nous ne pouvons nous empêcher de noter au passage. Tandis que l'Inde contemporaine compte peu de sculpteurs, elle est encore très riche, comme le savent tous les touristes, en coroplastes de talent, qui se transmettent de père en fils une vivacité de coup d'œil et une dextérité de mains remarquables¹. Ces dons naturels, qu'ils ont hérités de leurs ancêtres, étaient sûrement déjà l'apanage des artistes du Nord-Ouest. On se rappelle à quel point nous avons été frappés plus haut² par le caractère tantôt idéal et tantôt réaliste ou même caricatural, mais toujours vivant et savoureux, des têtes de chaux. Pourquoi reculer devant les conclusions auxquelles, sur la foi des dernières trouvailles, ces considérations nous invitent? N'hésitons pas davantage à le déclarer ; alors que la sculpture sur pierre avait, d'une façon générale, suivi l'exemple du monnayage, et sombré à son tour dans la décadence, les ateliers gandhâriens auraient conservé jusqu'au bout une certaine maîtrise dans ces rudiments du métier de sculpteur, que représente par définition le modelage.

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¹ Cf. t. II, p. 150.

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² Cf. t. II, p. 18, 99-100, 348.

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Rien n'est, après tout, plus vraisemblable. Quand on songe que l'art bouddhique, issu du Gandhâra, jetait alors tout son éclat dans l'Inde comme dans la Haute-Asie, on s'expliquerait mal qu'il

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FIG. 515. — HÂRITÎ, À JAVA (cf. p. 107, 118, 137, 625). Couloir d'entrée du Candi Mendut. Hauteur du personnage : 0 m. 85.

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fût complètement éteint au centre de son rayonnement. Seulement il convient de remarquer qu'en ce cas une question plus délicate encore se greffe sur celle que nous venons de résoudre par l'affirmative. Du fait que l'école gréco-bouddhique aurait si tard gardé quelque semblant d'activité, il s'ensuit en effet qu'elle était à son tour exposée à subir l'influence des foyers artistiques qu'elle-même avait contribué à allumer. Peut-on découvrir dans les œuvres gandhâriennes tardives quelque réaction provenant soit de la Sérinde, soit de la vallée du Gange? Il y faudra veiller; car déjà certains indices le donnent à penser. Dès 1907-1908, le dégagement de certains recoins inexplorés de Takht-î-Bahai a fourni au Dr D. B. Spooner deux spécimens qui nous paraissent porter la trace de ces contre-influences. L'un est le Buddha reproduit sur la figure 485. Son attitude, tout à fait insolite au Gandhâra, en fait vraisemblablement le contemporain des nombreuses images de style Gupta que ce fut la mode, à Bénarès (fig. 567) comme à Ajanṭâ¹ et jusqu'à Java (fig. 568), d'asseoir ainsi à l'européenne. Dès lors il faut admettre, du moins en principe, que cette stèle daterait au plus tôt du IVe siècle de notre ère, et par suite rien n'empêcherait, soit dit en passant, de voir dans les deux assistants, au lieu d'Indra et de Brahmâ, l'Avalokiteçvara au lotus et le Maitrêya au vase². De l'autre spécimen³ nous n'avons pas de reproduction : mais la description qui nous est donnée de ce Buddha, modelé en argile sur une carcasse composée de fascines de roseaux, suffit à trahir un procédé jusqu'alors aussi inconnu dans le Penjâb qu'il était courant en Asie centrale : c'est donc du Turkestan qu'il a été apporté au Gandhâra. L'image en question peut être, il est vrai, encore postérieure au VIe siècle et remonter seulement à la restauration dont les monuments gandhâriens furent un instant l'objet après leur première ruine⁴... Car il est écrit qu'aucune vicissitude ne sera épargnée à nos sculptures, ni aucune complication à notre sujet.

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¹ Cf. J. A., janv.-fév. 1909, pl. IV.

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² Cf. ci-dessus, t. II, p. 240, 374 et 568 pour les étapes de cette identification.

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³ Cf. A. S. I., Ann. Rep. 1908-1909, p. 43.

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⁴ C'est en tout cas cette dernière date que nous inclinerions à attribuer aux têtes d'argile, à l'aspect mongoloïde, reproduites sur la figure 3, p. 54, de l'A. S. I., Ann. Rep. 1908-1909.

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LA PREMIÈRE DESTRUCTION. — Mais reprenons le fil des événements. S'il est évident pour nous que l'école ne faisait au fond que se survivre à elle-même, elle gardait encore au début du VIe siècle toutes les apparences de la vie : du moins aucune solution de continuité ne se relève jusqu'ici dans son développement. Quand, cent ans plus tard, le rideau se relève pour nous avec la relation de Hiuan-tsang, le tableau est complètement changé. Le pays est ruiné et presque dépeuplé; du peu d'habitants qui subsistent la plupart ne sont, aux yeux du pieux pèlerin, que des « hérétiques ». Le Gandhâra n'est plus pour lui la seconde terre sainte : sa place a été prise par le Mâlva. Le Bouddhisme y a visiblement été sapé

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FIG. 516-517. — TYPES DU RELIGIEUX BRAHMANIQUE ET BOUDDHIQUE, À JAVA (cf. p. 258, 276, 618, 625). Fragment des bas-reliefs n°s 117 et 118 de la première galerie du Boro-Boudour. D'après des photographies du Major VAN ERP.

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dans toutes ses œuvres, vives ou inanimées. A peine reste-t-il quelques fidèles de la Bonne Loi, et de rares moines. Les « mille monastères » de jadis sont presque tous déserts et leurs décombres envahis par la brousse; la plupart des stûpa achèvent de crouler. L'école est cette fois bel et bien détruite. Quel typhon a donc passé?

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Ce cataclysme a un nom dans l'histoire, et que nous connaissons bien par le témoignage concordant des pèlerins chinois, d'un navigateur grec, des chroniques kaçmîries, des inscriptions et des monnaies : il s'appelait Mihirakula¹, surnommé par la tradition indienne Trikoṭihan, le « tueur de trente millions » d'hommes. Ce n'était même plus une sorte de Koushan, comme ce Kidâra qui vers 430 serait parti de Balkh pour recommencer au Sud de l'Hindou-Koush les conquêtes de Kozoulo-Kadphisès² : ainsi que son père Toramâṇa il appartenait à une autre tribu encore plus barbare, celle dite des Hephthalites ou Huns blancs. Il était, assure-t-on, beau de sa personne, doué d'une grande bravoure naturelle, de manières rudes mais franches, et, en dépit d'un caractère intraitable, capable parfois d'entendre raison : il ne lui manquait, pour être un homme, que d'être accessible à la pitié. Ce fléau exterminateur se serait même réclamé d'un dieu : comme jadis Vima-Kadphisès, dit le Mâhêçvara, il aurait trouvé dans le terrible Çiva une divinité à sa mode. C'est du moins ce que confirment ses monnaies, et, à en croire certaines traditions brahmaniques, sa sanglante carrière n'aurait été qu'une manière de culte perpétuel rendu au principe destructeur de la trinité hindoue. Car il s'est trouvé des brahmanes pour accepter de sa main des dotations et faire son apologie. Ils s'étaient même avisés, nous dit Kalhaṇa, d'une excuse admirable : c'est que, s'il n'avait aucune compassion pour les autres, il n'en avait pas davantage pour lui-même. Et en effet il aurait couronné sa carrière d'égorgeur par un féroce suicide. Ce dernier trait relève un peu la figure, par ailleurs assez banale, de cette copie d'Attila ou de ce modèle de Timour.

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¹ Cosmas abrège son nom en Gollas; voir Song Yun, p. 300; Hiuan-tsang, Rec., I, p. 167; Râjatarangiṇī, I, 289 et suiv.; Cunningham, Later Indo-Scythians, ou V. Smith, Catal. et J. A. S. B., 1894, p. 185; Corpus Inscr. Ind., III, p. 10 et suiv.; Ind. Antiq., XV, p. 245 et suiv.; etc.

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² Éd. Chavannes, T'oung Pao, mai 1907, p. 188.

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Ce qui nous intéresse surtout ici, c'est son éloignement pour le Bouddhisme. La raison en est assez évidente : il y avait incompatibilité d'humeur. Toutefois la tradition bouddhique rapportée par Hiuan-tsang croit devoir chercher l'origine de cette aversion dans une sorte de parodie du *Milinda-pañha*, d’autant que ce monstre inhumain avait fait sa capitale du Çâkala de Ménandre. Sa haine de la Bonne Loi semble être d’ailleurs allée en s’exaspérant chez lui avec l’âge et les malheurs qui, sur le tard, l’assaillirent. Quand Song Yun arrive au Gandhâra, en 520, il y a déjà deux générations que le pays est soumis aux *tegin* hephthalites. Le peuple souffre, mécontent de son prince « qui est d’un naturel méchant et cruel, qui fait mettre à mort beaucoup de gens et ne croit pas comme

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[Figure: FIG. 518. — LA VISITE D’ASITA, AU CAMBODGE (cf. p. 258, 618, 627). Fronton de Bantāy-Čhmar (Sisophon). D’après une photographie du général DE BEYLIÉ.]

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lui à la religion bouddhique ». Mais s’il « gémit », c’est donc qu’il existe, et ses sanctuaires sont encore debout. Quant à Mihirakula, il est à ce moment engagé depuis trois ans dans une guerre contre le Kaçmîr, et fort honteux de ne pas venir à bout de sa résistance. Quelque quinze ans plus tard, après ses aventureuses expéditions, ses revers et sa captivité dans l’Inde centrale, c’est au Kaçmîr que, roi dépossédé, il trouve un asile, et c’est de là qu’il sort afin de tirer du Gandhâra, nous ne savons au juste pour quelle raison, une effroyable vengeance. Il fit égorger, répète Hiuan-tsang, les deux tiers des habitants, réduisit le reste en esclavage, et détruisit stûpa et monastères bouddhiques, « en tout mille et six cents fondations ».

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LA DESTRUCTION DÉFINITIVE. — Ceci se passait entre 530 et 540, juste cent ans avant la venue du grand pèlerin, bien qu'à l'entendre on croirait qu'il s'agit d'événements vieux de plusieurs siècles. Les traces de cette dévastation étaient encore lisiblement écrites sur la face désolée du pays. En vérité, si l'historien était, lui aussi, sans pitié, il ne pourrait souhaiter dénouement plus sensationnel ni plus décisif : c'est comme si toutes les précautions avaient été prises pour que l'art gréco-bouddhique pérît à la fois dans son œuvre, dans ses clients et jusque dans ses ouvriers. Cette fois, nous pouvons être sûrs qu'il est mort : car une école d'art religieux ne repousse pas aussi aisément que le figuier de la Bodhi, quand une fois elle a vu ses racines coupées par la main sacrilège d'un monarque impie¹. Aussi mettrions-nous le point final à ce chapitre, si nous n'avions des raisons de croire que beaucoup des ruines que nous fouillons ne sont pas restées exactement telles qu'elles étaient au milieu du VIe siècle. Entendons-nous bien : il ne s'agit pas de poursuivre la biographie de l'école : elle est décédée ; mais nous ne pouvons nous désintéresser des vicissitudes qu'ont encore subir ses restes. C'est en ce sens que son histoire réclame un post-scriptum.

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¹ Cf. l'histoire de Çaçâṅka dans HIUAN-TSANG, Rec., II, p. 118 ; Travels, II, p. 115.

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Laissons en effet passer un siècle et revenons au Gandhâra avec le pèlerin Wou-k'ong en l'an 753. Le pays commence à se remettre après deux cents ans du coup que lui avait porté Mihirakula et qui lui eût été mortel, si les peuples pouvaient mourir. La dynastie turque régnante, qui n'avait pas tardé à remplacer les Hephthalites (vers 565), avait été déjà trouvée par Hiuan-tsang convertie au Bouddhisme. Ce beau zèle n'a fait que s'accroître : le khân, la khâtoûn, leurs fils, les ministres rivalisent de fondations pieuses. Or, ces rois, nous les connaissons d'autre part : ce sont ceux qu'Albiroûni appelle les Shâhis de Kâboul, et la chronique kaçmîrie les Çâhiyas(1). Ils prétendaient descendre directement de Kanişka — à peu près comme nos Capétiens se réclamaient de Pharamond, à deux ou trois accrocs près dans la lignée — et continuaient à porter le vieux titre iranien de « shâh ». Mais leurs jours étaient comptés, et l'arrivée des Musulmans allait achever d'abolir au Gandhâra jusqu'au souvenir du Bouddhisme. En 870, Kâboul est pris par les Arabes : la capitale doit être transportée vers la frontière orientale, à Udabhâṇḍa sur l'Indus. En même temps l'ébranlement du royaume jette bas la dynastie. Le dernier roi turc, Laga-Toûrmân, est détrôné par son ministre, un brahmane de caste, le premier des « Shâhis » hindous. Pendant plus d'un siècle, ceux-ci tiennent vaillamment tête à l'invasion musulmane. Quand enfin Trilocanapâla succombe en 1021 sous les coups de Mahmoûd de Ghazni, et que sa maison est détruite de fond en comble, Albiroûni ne peut s'empêcher de rendre hommage au noble courage des vaincus. Avec eux finissaient les dernières manifestations de l'art religieux de l'Inde sur la rive droite de l'Indus.

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Est-ce à dire qu'après la bourrasque de Mihirakula l'art gréco-bouddhique y ait connu, aux VIIIe et IXe siècles, une sorte de renaissance ? Nous ne le pensons pas. Ce n'est pas sur des khâns turcs que nous pouvons compter pour rallumer au Gandhâra le flambeau éteint de l'hellénisme. Aussi bien nous avons vu que dès le Ve siècle, si l'école continue encore à accomplir machinalement les mêmes gestes, en fait elle n'a plus aucune vitalité. Tels ces guerriers des contes dont tout le sang a déjà fui par leurs blessures et qui ne s'aperçoivent qu'ils sont morts qu'en délaçant leurs cuirasses, il suffit que son œuvre soit détruite pour révéler son incapacité de recommencer jamais rien de pareil. Mais d'autre part il est impossible de ne pas tenir compte du fait que Hiuan-tsang signale encore quelques couvents échappés au naufrage, où un culte continuait d'être offert, et que Wou-k'ong cite plusieurs fondations nouvelles. Il y a tout lieu de croire que ces prétendues fondations n'étaient que des reprises en sous-œuvre, des restaurations plutôt que des réédifications des anciens monastères détruits. Il est également des plus probables que ce genre de travaux ne fut entrepris que dans le voisinage des grosses agglomérations urbaines, où le besoin de relever les couvents se fit le plus vite sentir et où les moyens de le faire furent le plus vite réunis(1). Il n'importe pas moins de prendre garde que nous ne pouvons jamais savoir d'avance si tel tertre — même parmi les rares sites qui aient été respectés jusqu'ici — recouvre une ruine du premier ou du second degré, en d'autres termes si celle-ci nous est parvenue dans l'état où Mihirakula l'a mise et où Hiuan-tsang l'a vue, ou si elle a été recommencée sur nouveaux frais par Mahmoûd de Ghazni.

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¹ A. STEIN, *Zur Geschichte der Çâhis von Kâbul* (Festgruss an R. von Roth, Stuttgart, 1893), et trad. de la *Râjataranginî*, note J, p. 336.

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LES DOUBLES RUINES. — Depuis que les fouilles sont enfin scientifiquement conduites, tout ceci a cessé d'être une pure vue de l'esprit, et le premier rapport de Sir Aurel Stein nous a apporté sur ce point les précisions attendues. Nous tenons à présent la preuve matérielle que, comme le suggéraient les documents écrits, une partie des anciens sanctuaires gandhâriens ont été réoccupés et au moins partiellement restaurés par les fidèles du VIIe au Xe siècle. Les excavations de 1912, à Sahri-Bahlol, ont mis une fois de plus au jour « nombre de ces petites plateformes, ordinairement carrées et décorées en stuc, qui servaient de bases à des stûpa et des vihâra isolés, et qui jadis s'entassaient à l'intérieur de toutes les places saintes(2) : or dans les deux tertres C et D (cf. fig. 486) plusieurs de ces plateformes avaient été utilisées, longtemps après leur destruction, comme place de dépôt pour des statues et des bas-reliefs de toute espèce. Un fait significatif, c'est qu'en certains cas les sculptures ainsi dressées autour de la base cachaient derrière elles une frise en stuc très endommagée et manifestement beaucoup plus ancienne. Mais il est encore plus intéressant de remarquer que, parmi les statues ainsi rangées et pour la plupart d'apparence tardive, il y en avait quelques-unes qui devaient avoir perdu leur

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¹ Cf. ci-dessus, t. II, p. 556. Sir Aurel Stein remarque incidemment que le couvent E. de Sahri-Bahlol, le plus proche de la bourgade, est aussi celui qui dut être le plus longtemps en existence : il aurait été occupé jusqu'au Xe siècle, autant dire jusqu'à l'invasion musulmane.

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² Cf. t. I, p. 177.

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[Figure: FIG. 519. — RELIGIEUX BRAHMANIQUES, AU CAMBODGE (cf. p. 258, 618). Première enceinte d'Angkor-Vat, galerie Sud, aile Ouest. D'après une photographie de Ch. CARPEAUX.]

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piédestal ou subi quelque autre dommage longtemps avant d'avoir été redressées. Il est clair que les fidèles, qui ont sur le tard utilisé ces bases de stūpa en ruines d'une manière qui ne répondait nullement aux intentions des donateurs originaux, doivent avoir fait collection non seulement d'images du genre de celles que les artistes de leur temps pouvaient encore produire, mais aussi de débris de sculptures de date plus ancienne, recueillis dans les portions déjà ruinées de ce sanctuaire ou de ceux du voisinage. Par le fait, les statues incomplètes qui ont été ainsi découvertes montraient souvent une facture distinctement supérieure. Et il n'est pas davantage possible d'expliquer autrement que des fragments d'images colossales aient été trouvés à diverses reprises parmi ces dépôts(1)... ».

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Le cas est typique, mais nullement isolé : aux archéologues de se tenir désormais sur leurs gardes. Après le passage des iconoclastes hephthalites et avant la venue des Musulmans, entre le VIIe et le Xe siècle, des mains pieuses ont travaillé dans les ruines gandhâriennes, relevé les statues mutilées, rassemblé les fragments de bas-reliefs, et tant bien que mal restauré les anciens sanctuaires. Reste maintenant à savoir si, au cours de ces restaurations, ils n'ont rien ajouté de leur cru. Dans le cas présent, nous inclinerions à penser qu'ils se sont bornés à refaire ainsi, uniquement à l'aide des débris ramassés sur place, des sortes de sanctuaires de fortune. Si mince est la couche des déblais, que Sir Aurel Stein s'est même demandé si l'on ne s'était pas borné à reconstruire pour les desservants des monastères de bois(2). Mais il serait évidemment téméraire d'ériger des cas particuliers en règle générale. Ce qui a pu se faire aux abords d'un village ne devait pas être de mise dans la banlieue d'une grande ville comme Pèshawar. Aux environs même de Sahri-Bahlol tout peut dépendre, selon les tertres, de l'état où se trouvait le monument ou de la générosité d'un donateur occasionnel. Enfin, et surtout, il serait vain de vouloir résoudre *a priori* des questions de fait dont la solution ne manquera pas d'être apportée par les fouilles. Remarquez en effet que ce sont les couvents des plaines qui, à notre connaissance, ont été ainsi remaniés. Dans les replis des montagnes limitrophes du Gandhâra reposent probablement encore des ruines que, depuis le VIe siècle, la dépopulation du pays a dû garantir non seulement contre le fanatisme des Musulmans, mais encore contre la dévotion des derniers Bouddhistes de la contrée. Leur déblaiement nous apprendra, par une sorte de contre-épreuve, à quel moment il faut tirer la ligne. Nous dirons seulement que les présomptions sont pour que toute œuvre de style proprement gréco-bouddhique, si décadente soit-elle, doive être antérieure au VIIe siècle. Aux siècles suivants nous n'oserions pour l'instant attribuer que deux sortes de sculptures,

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¹ Cf. A. S. I., Ann. Rep. 1911-12, p. 101.

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² Ibid., p. 100.

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[Figure: FIG. 520. — TYPE DE BRAHMANE, AU CAMBODGE (cf. p. 258, 618). Sema (borne de temple) trouvé à Phnom-Dĕi (Siem-Réap) D'après une photographie de M. J. COMMAILLE.]

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déjà discernées par l'œil pénétrant de Sir Aurel Stein. Ce sont d'abord celles qui (telle la déesse reproduite sur la figure 487) se trouvent, dit-il, « occasionnellement et dont, si on les rencontrait ailleurs, on aurait pu douter qu'elles appartinssent à la période bouddhique du Gandhâra ». Ce sont ensuite celles qui « sont évidemment hindoues » et ont d'ailleurs été trouvées en compagnie de monnaies des Shâhis hindous. En résumé, l'arrivée de Mahmoûd de Ghazni n'aurait fait que resceller dans sa tombe le vieil art indo-grec, déjà mort depuis quatre siècles.

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Cette fois, c'est fini : et désormais l'on pourrait reprendre au compte de l'école gréco-bouddhique l'exclamation que pousse Kalhaṇa¹ à propos de la dernière dynastie gandhârienne : « A-t-elle jamais existé ? » Certes le pays connaîtra encore bien des calamités et verra passer bien des conquérants : après les Perses, les Grecs, les Scythes, les Parthes, les Yue-tche, les Huns, les Turcs et les Arabes, ce sera le tour des hordes de Mohamed Ghori (1175), de Timour (1398-9), de Bâber (1505), de Nâdir Shâh (1738), d'Ahmed Shâh et des Afghans Dourrâni. Mais au point où en étaient ses ruines, elles n'avaient plus rien à redouter de ces périodiques dévastations. On peut même dire que l'incurie musulmane les aidait plutôt à se conserver sous leur couche protectrice de terre; c'est tout au plus si la paresse indigène trouvait son compte à en exploiter quelques-unes comme carrière pour les matériaux de construction. L'amour du gain ne fut même pas assez fort pour les déterminer à fouiller tous les stûpa qui jalonnaient la grand'route, et ils en laissèrent encore beaucoup à violer à l'indiscrète curiosité des premiers Européens survenus au commencement du XIXe siècle avec les Sikhs. En fait le déplorable vandalisme qui a achevé de bouleverser la plupart des ruines du pays et qui a causé tant de pertes irréparables à la science archéologique date, dans une large mesure, de l'annexion du Penjâb par l'Administration britannique, en 1848-49. Mais la suite est une histoire que nous avons déjà contée².

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¹ Râjatarangiṇi, VII, 69.

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² T. I, p. 13 et suiv.

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