L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.12
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.12
- Language
- French
v3.c16.s3.12
On le voit, les causes agissantes ne sont plus celles que nous exposions au début du précédent chapitre et, par suite, nous ne saurions nous attendre à enregistrer les mêmes résultats. D'influence hellénistique en Extrême-Orient, il ne peut en être question que de façon indirecte et, pour ainsi dire, au second degré, par l'intermédiaire de l'art gréco-bouddhique. Cette entremise même s'exerce, semble-t-il, autant par un apport de modèles gandhâriens — les plus transportables étant les copies peintes — que par l'introduction de praticiens capables de les répéter. Il en résulte immédiatement cette conséquence que, pour éviter tout malentendu, il sied de proclamer dès le début : l'art de l'Inde médiévale et de l'Extrême-Orient n'est pas, par rapport à l'école du Gandhâra, dans l'état de dépendance où se montre celle-ci par rapport à l'art gréco-romain. Sur les bords de l'Indus, la virtuosité hellénistique a pu, par une exception unique, remplacer complètement l'ancienne technique indienne et éliminer au profit de ses expertes créations les procédés indigènes. Une substitution aussi entière ne devait plus se reproduire autre part. Le rayonnement de l'hellénisme, si loin de sa source d'émission et déjà tamisé par l'écran bouddhique, n'était plus assez fort pour renouveler cet exploit, en soi peu souhaitable. Il fit mieux. Là où un art national existait déjà, il se borna à l'enrichir d'une branche nouvelle; là où il n'existait pas encore, il encouragea sa naissance. Loin de faire la loi, c'est lui à présent qui la subit; au lieu de s'imposer aux peuples, il s'adapte à leur goût, et son premier soin en tout lieu est de revêtir la couleur locale. Mais ces réserves faites (et l'on n'en saurait concevoir de plus complètes), il n'en reste pas moins ceci : la propagande bouddhique a partout apporté avec elle des types de statues, des sujets légendaires, des motifs décoratifs; or ces motifs, ces sujets, ces types sont l'œuvre de l'école gandhârienne; et par suite, en même temps que ces modèles, n'ont pu manquer de s'insinuer jusqu'aux confins de l'Asie quelques symptômes de cette influence classique dont ils étaient tout pénétrés. C'est là du moins ce que nous croyons pouvoir démontrer aux incrédules, de quelque côté qu'il s'en trouve, en Europe ou en Asie, si tant est qu'il en reste encore aujourd'hui.