L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t1.1
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t1.1
- Language
- French
v3.c16.s3.t1.1
Il est deux choses qu'il ne faut pas se lasser de répéter. C'est d'abord que l'Inde est grande, beaucoup plus grande que l'échelle ordinaire de nos cartes ne le donne à penser. C'est ensuite que le Gandhâra occupait une position tout à fait excentrique dans la vaste péninsule. Or, de tout temps, « l'Inde du Nord » — autrement dit, le Penjâb — a été la moins indienne des « cinq Indes ». Comment en aurait-il été autrement, alors que son sol, forcément le plus exposé aux invasions et le plus longtemps soumis aux dominations étrangères, avait été si souvent pétri et repétri dans le sang mêlé de tant de races? Les modes et les goûts, les coutumes et les idées y avaient, par rapport à ce que les Hindous orthodoxes appelaient le « pays du milieu », un air que nous qualifierions d'occidental. On a pu, non sans apparence de raison, opposer le Bouddhisme du bassin de l'Indus à celui du bassin du Gange¹ : il est certain que la ferveur des zélateurs y avait pris une attitude quasi particulariste, en faisant des « quatre grands pèlerinages » du Bodhisattva une sorte de concurrence à ceux du Buddha. Dans le même ordre d'idées, l'art gandhârien n'est — tout comme l'alphabet appelé kharoṣṭhī — qu'un cas spécial de ce perpétuel contraste entre le Penjâb et le bas pays. Aujourd'hui encore, pour qui descend du Nord-Ouest, Pèshawar, Lahore, Dehli sont à peine des villes indiennes. C'est seulement en arrivant à Mathurâ que, sur ses quais fréquentés par les tortues sacrées de la Yamunâ et dans ses temples hantés de singes, on a vraiment le sentiment de respirer l'atmosphère hindoue. Or, lisez attentivement la relation de Fa-hien : il vous apparaîtra clairement que son impression fut toute pareille. De son temps, l'Inde géographique commençait à l'Hindou-Koush : pourtant ce n'est qu'à Mo-tou-lo qu'il suspend son récit pour faire un tableau des mœurs sociales et religieuses du Tien-tchou. Nous croyons volontiers qu'il en était de même dès avant notre ère : et c'est aussi pourquoi la « Mathurâ des dieux » des géographes grecs est le premier terrain commun sur lequel nous rencontrions côte à côte les productions des écoles de l'Inde du Nord-Ouest et de l'Inde centrale.