L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t1.32
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t1.32
- Language
- French
v3.c16.s3.t1.32
Ainsi donc le fait matériel de l'imitation, patent dans l'ensemble, souligné par le détail, peut être considéré comme avéré. Est-ce à dire à présent que, dans les répliques indiennes des motifs gandhâriens, la technique hellénisante ait survécu à tant de siècles? Il est non moins visible qu'il n'en est rien, et que, si nous ne possédions pas dans l'école gréco-bouddhique un intermédiaire certain entre l'art de notre antiquité classique et celui de l'Inde médiévale, jamais nous n'aurions sérieusement songé à évoquer celui-là à propos de celui-ci. Assurément l'influence reste indéniable : mais par combien d'intermédiaires elle a passé! Ce que les artistes du centre de la péninsule ont imité, ce ne sont pas à proprement parler les prototypes indo-grecs, mais l'interprétation que leurs plus proches voisins en avaient déjà donnée. Selon toute vraisemblance, ce sont les répliques de Mathurâ qui ont servi de modèle à Bénarès, et ce sont les copies de Bénarès que le Magadha a copiées à son tour. Aussi, à mesure que le répertoire gréco-bouddhique s'enfonce dans l'intérieur du pays, devient-il à chaque pas, comme on pouvait s'y attendre, de moins en moins hellénisant et de plus en plus indien. Son évolution — pareille à celle qu'il a subie au Gandhâra, mais ici infiniment plus rapide — se traduit encore et toujours par l'élimination progressive de l'élément étranger sous la pression du goût indigène. Entendons-nous soutenir par là qu'elle consiste en une décadence continue et sans retour? Tel n'est nullement notre dessein. Nous n'avons pu dissimuler la médiocre valeur artistique des premiers essais de Mathurâ dans le genre gandhârien. Mais très supérieur et singulièrement savoureux pour l'orientaliste est ce style Gupta qui a fleuri particulièrement à Bénarès et qui marque l'instant où le génie indien, dégagé juste à point de l'influence occidentale et devenu maître de ses motifs comme de ses moyens, a donné toute sa mesure¹. Avec le style des Pâlas et les œuvres magadhiennes, il incline déjà vers l'exagération des conventions et vers ce maniérisme où il choit si volontiers, pour aboutir enfin aux compositions entortillées et au déhanchement outrancier des personnages, que ne nous épargne aucune des dernières miniatures bouddhiques du Bengale.