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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t1.44

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t1.44

Language
French

v3.c16.s3.t1.44

A cette exception près, la comparaison des stèles prouve de façon péremptoire la substitution du répertoire du Nord-Ouest à celui de l'Inde centrale : mais peut-être vaut-il la peine d'insister sur le singulier bonheur avec lequel l'école d'Amarâvatî a plus d'une fois traité à sa mode les sujets gréco-bouddhiques. Déjà nous avions remarqué, à propos de la figure 228, l'habileté qu'elle avait su mettre dans la représentation détaillée des miracles du Buddha sans figurer celui-ci autrement que par des symboles¹. Quand cette restriction traditionnelle est enfin périmée, sa virtuosité ne se donne que plus librement carrière, et n'accepte les modèles gandhâriens eux-mêmes qu'à condition de les modifier à son gré. C'est ainsi par exemple que, dans la scène de l'Illumination, nous constatons chez elle une tendance, jusqu'alors inédite, à restreindre le rôle de l'armée de Mâra au profit de ses filles : la « tentation » qui réside dans les voluptueuses attitudes de ces déesses prend décidément le pas dans ses compositions sur l'« assaut » des peu effrayants démons, réduits à la taille de nains (fig. 506 b et 508). Ou bien nous voyons qu'elle insiste sur tel incident du retour du Buddha à Kapilavastu qui, en le mettant en présence de son ancienne épouse et du fils qu'elle lui avait donné, pose de la façon la plus dramatique le problème moral du monachisme. Nous ne connaissons rien au Gandhâra (cf. fig. 231 c et d) qui surpasse en pathétique les deux versions qu'Amarâvatî nous a laissées de cette scène (fig. 509 et FERGUSSON, pl. 60, 2). Nous ne ferons pas davantage difficulté pour convenir qu'en face des médiocres représentations gandhâriennes de la soumission de l'éléphant furieux (fig. 267-269), tel médaillon dékhanais (fig. 510) témoigne de beaucoup plus de talent, tant dans le rendu de l'agile lourdeur de l'animal que dans les détails pittoresques de la mise en scène. On n'en saurait douter, et l'on ne peut que s'en réjouir : conscients et soucieux de leur originalité, les ateliers des Andhras ont su garder en face des modèles indo-grecs, que sans doute ils ne connaissaient guère que par le dessin, leur liberté d'allures et la saveur spéciale de leur style. Mais si, à l'occasion, l'école du Gandhâra peut se trouver en état d'infériorité passagère, elle n'en gardait pas moins dans l'ensemble, grâce à sa création du type du Buddha et à sa manière directe d'aborder la représentation des scènes légendaires, une supériorité attestée par l'imitation même dont nous voyons qu'elle fut partout l'objet.