L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t2.14
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t2.14
- Language
- French
v3.c16.s3.t2.14
L'entreprise paraît d'avance désespérée. Sans doute Java est, comme Ceylan, une colonie indienne, mais elle l'est devenue plus tardivement. Aurait-elle reçu sa civilisation dès le 1er siècle de notre ère, elle n'a connu le Bouddhisme que bien après. Au commencement du ve siècle Fa-hien atteste qu'on y avait à peine idée de la loi du Buddha », tandis que les « brahmanes y fleurissent »; et il est peu probable que le prince héritier de Kaçmîr qui s'institua son missionnaire « ait converti toute la population(1) ». Il faut également compter tant avec la date du Boro-Boudour, que les savants hollandais rapportent au IXe siècle de notre ère, qu'avec les conditions matérielles de sa décoration. Les scènes y forment bien — et ceci est un premier héritage du passé bouddhique — autant de tableaux séparés; mais ces panneaux, trois fois plus larges que hauts (ils mesurent environ 2m40 × 0m80), forcent les sculpteurs à submerger le sujet principal sous une débauche de figurants et d'accessoires : défaut d'autant plus sensible que, pour la plupart, ils se font un point d'honneur de ne laisser vide aucun coin de la surface disponible. Enfin il leur a été donné à tâche de délayer l'enfance et la jeunesse du Maître en non moins de 120 tableaux. C'était les condamner à recourir à des épisodes de pur remplissage, ce qui ne les empêche pas parfois d'empiler dans le même cadre plusieurs incidents sensationnels(2). Ajoutez que quelques scènes, telles que les quatre sorties, la coupe des cheveux et le passage du Gange(3), n'ont pas d'antécédents connus au Gandhâra. Et cependant, malgré toutes ces circonstances défavorables, nous n'avons pu passer en revue le cycle de la Nativité, de la jeunesse et de la Bodhi, sans noter presque à chaque scène une ressemblance indéniable et portant à tout le moins sur la portion centrale du tableau. L'expérience est facile à reprendre, même en ne se servant que des médiocres dessins publiés jusqu'ici(4). Et qu'on ne vienne pas dire que ces analogies proviennent du fait que les « îles des Mers du Sud » appartenaient, comme le Gandhâra, à la secte des Mûla-Sarvâstivâdins et lisaient les mêmes biographies du Buddha. Qui oserait sérieusement soutenir qu'il a suffi à des artistes aussi éloignés dans le temps et l'espace de consulter le même programme pour accoucher justement des mêmes compositions?