Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t2: § II. La voie de mer

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t2

Language
French

§ II. La voie de mer

v3.c16.s3.t2.1

De même que Mathurâ a été le grand marché d'art entre le Gandhâra et le Madhyadêça, Amarâvatî, située non loin de l'embouchure de la Kṛiṣhṇâ, semble avoir été l'un des grands ports d'embarquement de l'influence gréco-bouddhique pour son exportation en Indochine et dans l'Insulinde¹. Cette exportation, à son tour, n'est qu'un des aspects de l'influence civilisatrice que l'Inde a exercée, à partir de notre ère, sur tous les pays transgangétiques. Cette indianisation de la Basse-Asie, ordinairement ignorée en Europe, n'en est pas moins, dans l'histoire générale du vieux monde, un fait presque aussi important que l'hellénisation tant célébrée de l'Asie antérieure. En un sens, elle n'en est que le prolongement. Elle emprunte les mêmes routes et s'exerce, au moins en partie, par les mêmes agents. Enfin elle nous est connue par les mêmes sources; et qui voudrait l'étudier aurait aussi à contrôler les traditions locales par le témoignage des navigateurs grecs ou des pèlerins chinois et à préciser les données des monuments à l'aide des textes indiens, sans parler des inscriptions sanskrites retrouvées sur les édifices. Tant d'analogies risqueraient de nous égarer si nous ne gardions présente à l'esprit la différence essentielle dont elles s'accompagnent. Dans l'Inde, l'hellénisme s'est trouvé confronté avec une civilisation déjà ancienne, pleinement consciente d'elle-même, et au milieu de laquelle il n'a jamais compté qu'un nombre très restreint de représentants : aussi son influence, en somme superficielle, se borne-t-elle après tout à l'introduction de notions scientifiques et de procédés artistiques. Autrement profonde a été l'action indienne dans le Sud-Est de l'Asie. Là il semble bien que de nombreux émigrants — pareils à ceux qui envahissent encore actuellement l'Afrique orientale — n'aient rencontré devant eux que des populations sauvages d'« hommes nus ». Ce qu'ils ont implanté dans ces riches deltas ou ces îles fortunées, ce n'est rien moins que leur civilisation, ou du moins sa copie; ce sont leurs mœurs et leurs lois, leur alphabet et leur langue savante, c'est tout leur état social et religieux avec une image aussi approchée que possible de leurs castes et de leurs cultes. En résumé il ne s'agit pas ici d'une simple influence, mais, dans toute la force du terme, d'une véritable colonisation.

v3.c16.s3.t2.2

¹ Voir encore ci-dessous, p. 682 et 689.

v3.c16.s3.t2.3

En ce qui concerne plus particulièrement la propagande religieuse, on se serait attendu, si les hommes ne passaient leur temps à démentir leurs théories par leurs actes, à ce que seules des religions à missionnaires, comme le Bouddhisme, en eussent profité. Quand on songe à la menace d'excommunication qui pèse sur tout brahmane qui quitte l'Inde, surtout par mer, il semble impossible que l'hindouisme ait pu avoir sa part dans ces conquêtes morales. Pourtant — sauf à Ceylan, dont la conversion au Bouddhisme remonte plus haut dans le passé — ce sont les religions sectaires que nous trouvons d'abord et surtout en vogue dans les contrées au delà du Gange. Et nous n'avons pas à chercher bien loin qui furent leurs *guru* ou précepteurs spirituels : ce sont ces *paṇḍita* et ces *pāçupata*, ces lettrés et ces ascètes, brahmanes plus ou moins authentiques, religieux plus ou moins fidèles à leurs vœux, dont nous parlent les textes et les inscriptions, et dont nous trouvons partout l'image sur les monuments du Cambodge et de Java (cf. fig. 516, 518-520). Dès lors le champ de notre étude se trouve singulièrement rétréci : car, non contente d'écarter l'art brahmanique, elle ne vise même pas dans son ensemble l'art bouddhique de ces lointaines régions. Tout ce qui nous intéresse ici, ce sont les

v3.c16.s3.t2.4

FIG. 528. — PAÑCIKA OU VAIÇRAVAṆA, EN SÉRINDE (cf. p. 123, 185, 653, 700). Personnage d'angle dans une cella de Dandān-Uiliq. Hauteur des pieds à l'aisselle : 0 m. 92. D'après une photogr. communiquée par Sir Aurel STEIN (cf. Ancient Khotan, I, fig. 30 et 31, et II, pl. II).

v3.c16.s3.t2.5

vestiges que ce dernier a pu conserver de l'influence hellénistique, et ce sera merveille s'il en subsiste encore. Aussi quelques pages rapides suffiront-elles à donner un premier aperçu de notre sujet et à tracer un cadre que les recherches archéologiques ont à peine commencé à remplir.

v3.c16.s3.t2.6

Ceylan. — Les traditions locales placent la colonisation indienne de Ceylan au milieu du VIe siècle avant Jésus-Christ; et cette date n'aurait rien que de vraisemblable, si elle n'avait pour but de faire intervenir la personne du Buddha. La conversion de l'île au Bouddhisme serait d'ailleurs postérieure de trois cents ans et l'œuvre d'un propre fils d'Açoka : retenons qu'elle dut commencer, comme celle du Gandhâra, vers le milieu du IIIe siècle avant notre ère¹. On sait que Ceylan est resté jusqu'aujourd'hui l'un des foyers les plus actifs de la Bonne Loi. Ce qui nous importe surtout, c'est que statues et peintures continuent à orner les autels et à décorer les parois de ses sanctuaires. De cette prospérité artistique nous avons de sûrs témoins, au Ve et au VIIe siècle de notre ère, dans les pèlerins Fa-hien et Hiuan-tsang, celui-ci par ouï-dire et celui-là de visu. Enfin les précieuses chroniques singhalaises contiennent d'abondants renseignements sur le nombre et la riche décoration des fondations religieuses. Certes nous ne suivrons pas jusqu'au bout l'auteur du Mahâvaṃsa quand il nous énumère, à propos de l'érection du Mahâ-thûpa par le roi Duṭṭhagâmaṇi au Ier siècle avant notre ère, toutes les images et les scènes dont on aurait à cette occasion décoré le tabernacle intérieur². Les informations qu'il nous donne se trompent visiblement d'époque et ne valent que pour des temps beaucoup plus rapprochés de celui où il écrivait (Ve siècle). Il n'en est pas moins vrai qu'il nous énumère d'une haleine, sous quarante rubriques, toutes les scènes de la carrière du Maître qui figurent au répertoire gandhârien. Il ne connaît pas moins bien les scènes d'enfance et de jeunesse, sans parler des vies antérieures; et d'autre part Fa-hien nous apprend qu’on tendait le chemin des processions avec les représentations des cinq cents *jātaka*, « peints de façon tout à fait vivante ». Hélas, toute cette peinture, autant en aura emporté le vent et détruit la

v3.c16.s3.t2.7

¹ Cf. ci-dessus, t. II, p. 410.

v3.c16.s3.t2.8

² Le Mahâ-thûpa est aujourd'hui le Ruwanveli Dagoba, près de la vieille capitale d'Anurâdha-pura ou °grâma, l'Anurogrammum de Ptolémée; cf. J. SMITHER, Architectural Remains, Anurâdhapura, Ceylon, p. 23 et pl. XXII-XXXV. Sur la citation du Mahâvaṃsa (ch. xxx), voir l'Annuaire de l'École des Hautes Études, Section des Sciences Religieuses, pour l'année 1908-1909, où le passage a été étudié en détail; et sur la date de Duṭṭhagâmaṇi, cf. W. GEIGER, Mahâvaṃsa, p. XXXVII.

v3.c16.s3.t2.9

[Figure: FIG. 529. — HÂRITÎ, EN SÉRINDE (cf. p. 107, 138, 653). British Museum. Peinture murale provenant de Domoko. Hauteur : 0 m. 60. D’après une photogr. communiquée par Sir Aurel STEIN. Cf. Desert Cathay, II, pl. XI b.]

v3.c16.s3.t2.10

pluie de la mousson, sauf quelques figures par hasard conservées aux creux du gigantesque rocher de Sigiri. Et d’autre part, c’est en vain que dans les ruines des anciennes capitales on a cherché jusqu’ici les bas-reliefs de pierre, seules œuvres qui auraient pu subsister jusqu'à nos jours. Nous sommes donc réduits présentement aux statues du Maître, dont nous réservons l'étude pour le chapitre prochain.

v3.c16.s3.t2.11

JAVA. — L'archéologue est singulièrement plus favorisé quand il aborde l'autre paradis terrestre, celui de l'hémisphère austral. Dans l'île plus luxuriante encore de Java, il a mieux à faire qu'à énumérer des œuvres perdues. Les monuments parlent pour eux-mêmes, à commencer par celui de Boro-Boudour, perle de l'Insulinde, et l'une des merveilles artistiques du monde, ainsi que celui-ci finira bien par s'en apercevoir un jour. Sur l'énorme stûpa, prétexte d'une somptuosité décorative ailleurs sans exemple, nous ne reviendrons que pour corriger l'impression fausse que nous en avons donnée avant de l'avoir vu (t. I, p. 80). Nous y cherchions un dôme juché sur une superposition de terrasses, à la façon de l'Inde du Nord-Ouest. Il nous est clairement apparu depuis qu'en dépit des murs verticaux et coupés à angles droits de ses galeries inférieures, toutes les lignes maîtresses de l'édifice sont des courbes. Lui-même n'est, en tout et pour tout, qu'un dôme à la vieille mode indienne, seulement beaucoup plus fouillé, sillonné verticalement d'escaliers et horizontalement de promenoirs, enfin coiffé lui-même de coupoles secondaires¹. L'influence qu'il a subie, aussi bien dans sa conception générale que dans la distribution de sa décoration, ne lui vient pas directement du Gandhâra, mais, comme il était naturel, de l'Inde méridionale où son ancêtre s'appelle Amarâvatî : car là aussi le dôme commence déjà à se rehausser de frises superposées de bas-reliefs auxquels les fidèles devaient nécessairement avoir accès (cf. fig. 68). Entre les quelque deux mille panneaux sculptés qui ornaient jadis les murailles de Boro-Boudour et dont environ seize cents sont conservés, nous irons droit à ceux qui, dès la première galerie, racontent la vie de Çâkya-muni depuis sa nativité jusqu'au début de sa prédication. S'il subsiste quelque trace de l'influence gréco-bouddhique, c'est dans ces scènes que nous aurons le plus de chances d'en découvrir.

v3.c16.s3.t2.12

¹ Cf. B. E. F. E.-O., IX, 1909, p. 1, ou *Beginnings of Buddhist Art*, p. 205.

v3.c16.s3.t2.13

[Figure: FIG. 530. — HÂRITÎ, EN SÉRINDE (cf. p. 138, 142, 472, 653, 787). Museum für Völkerkunde, Berlin. Peinture sur toile provenant de Tourfan. Hauteur : 0 m. 50. Reproduite en couleurs dans Monuments et Mémoires, t. XVII (1909), pl. XVIII et A. VON LE COQ, Chotscho (1913), pl. 40.]

v3.c16.s3.t2.14

L'entreprise paraît d'avance désespérée. Sans doute Java est, comme Ceylan, une colonie indienne, mais elle l'est devenue plus tardivement. Aurait-elle reçu sa civilisation dès le 1er siècle de notre ère, elle n'a connu le Bouddhisme que bien après. Au commencement du ve siècle Fa-hien atteste qu'on y avait à peine idée de la loi du Buddha », tandis que les « brahmanes y fleurissent »; et il est peu probable que le prince héritier de Kaçmîr qui s'institua son missionnaire « ait converti toute la population(1) ». Il faut également compter tant avec la date du Boro-Boudour, que les savants hollandais rapportent au IXe siècle de notre ère, qu'avec les conditions matérielles de sa décoration. Les scènes y forment bien — et ceci est un premier héritage du passé bouddhique — autant de tableaux séparés; mais ces panneaux, trois fois plus larges que hauts (ils mesurent environ 2m40 × 0m80), forcent les sculpteurs à submerger le sujet principal sous une débauche de figurants et d'accessoires : défaut d'autant plus sensible que, pour la plupart, ils se font un point d'honneur de ne laisser vide aucun coin de la surface disponible. Enfin il leur a été donné à tâche de délayer l'enfance et la jeunesse du Maître en non moins de 120 tableaux. C'était les condamner à recourir à des épisodes de pur remplissage, ce qui ne les empêche pas parfois d'empiler dans le même cadre plusieurs incidents sensationnels(2). Ajoutez que quelques scènes, telles que les quatre sorties, la coupe des cheveux et le passage du Gange(3), n'ont pas d'antécédents connus au Gandhâra. Et cependant, malgré toutes ces circonstances défavorables, nous n'avons pu passer en revue le cycle de la Nativité, de la jeunesse et de la Bodhi, sans noter presque à chaque scène une ressemblance indéniable et portant à tout le moins sur la portion centrale du tableau. L'expérience est facile à reprendre, même en ne se servant que des médiocres dessins publiés jusqu'ici(4). Et qu'on ne vienne pas dire que ces analogies proviennent du fait que les « îles des Mers du Sud » appartenaient, comme le Gandhâra, à la secte des Mûla-Sarvâstivâdins et lisaient les mêmes biographies du Buddha. Qui oserait sérieusement soutenir qu'il a suffi à des artistes aussi éloignés dans le temps et l'espace de consulter le même programme pour accoucher justement des mêmes compositions?

v3.c16.s3.t2.15

¹ P. PELLIOT, Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, IV, 1904, p. 274.

v3.c16.s3.t2.16

² Sur ces diverses tendances, et aussi sur le caractère livresque de leur œuvre, voir ci-dessus, t. I, p. 305-306, 310, etc., et 617.

v3.c16.s3.t2.17

³ Cf. t. I, p. 348, 365, 445.

v3.c16.s3.t2.18

⁴ Voir les planches de l'album de LEEMANS, reproduites par M. PLEYTE, Die Buddha-Legende in den Skulpturen des Tempels von Boro-Budur, Amsterdam, 1901-1902, notamment fig. 13, 28, 30, 40, etc.

v3.c16.s3.t2.19

Hâtons-nous de l'avouer, on serait tout aussi mal venu à prétendre qu'après tant de voyages et de siècles écoulés, ces ressemblances soient tout à fait prochaines. Si les motifs de Boro-Boudour remontent à ceux du Gandhâra, c'est bien entendu par l'intermédiaire de ceux de l'Inde. Prenez la représentation du Grand miracle de Çrâvastî qui décore la plus haute des galeries sculptées (fig. 512) : elle est avant tout la transposition dans le sens de la largeur, au gré des convenances locales, de telle stèle en hauteur de Bénarès (fig. 511), lointain succédané des compositions gréco-bouddhiques (fig. 79 et 459). Un autre élément appréciable de différenciation consiste dans les modes malaises dont nous voyons par exemple attifées les images jumelles de Pâñcika et de Hâritî (fig. 514-515). Enfin, si les types du religieux brahmanique et du moine bouddhique (fig. 516-517) rentrent dans la formule habituelle, on ne saurait refuser à celui du Yakṣa une pointe d'originalité (fig. 513). Mais à travers toutes ces différences de conception ou d'exécution, il n'en persiste pas moins dans les scènes quelque chose de l'ordonnance générale, dans les personnages quelque chose du sentiment des prototypes gréco-bouddhiques : or, ce sont là des traits qui ne s'inventent pas deux fois. Nous ne tarderons même pas, quand nous en viendrons à nos conclusions, à démêler l'influence classique jusque dans le faire si spécial de l'école de Java. Ses qualités les plus évidentes sont la justesse des proportions, le naturel des gestes, la variété des poses, de même que la mollesse de ses lignes paraît à l'œil européen son principal défaut. Admettons que ces particularités soient chez elle des dons naturels. Déjà plus suspecte d'emprunt à la technique occidentale sera l'étonnante profondeur des hauts-reliefs que le ciseau des Javanais a su tirer, sans se laisser rebuter par la grossièreté du grain, de la pierre volcanique de leur île. Mais où l'hésitation n'est plus permise, c'est sur la question de savoir d'où leur est venue leur science du raccourci¹.

v3.c16.s3.t2.20

¹ Cf. ci-dessous, p. 768-770.

v3.c16.s3.t2.21

L'INDOCHINE. — La maëstria avec laquelle ces artistes exotiques emploient des procédés aussi raffinés fait le plus grand honneur à leur exceptionnelle habileté de mains: et ce n'est pas un si mince éloge pour leurs bas-reliefs que d'être rangés d'emblée parmi les chefs-d'œuvre de la sculpture bouddhique, à côté de ceux d'Amarâvatî ou du Gandhâra. On sent encore mieux l'étendue de leur virtuosité quand on passe aux grandes compositions continues qui se développent à perte de vue sur les murailles, contemporaines ou postérieures, du Bayon d'Angkor-Thom ou d'Angkor-Vat. Devant ce pêle-mêle de figures aux méplats à peine accusés, plutôt découpées que modelées, et entassées avec une totale ignorance du raccourci ou de la perspective, les artistes Khmèrs nous apparaissent comme décidément inférieurs à leurs confrères de Java; et l'on regrette presque que ce ne soient pas ceux-ci qui aient eu à leur disposition le magnifique grès du Cambodge, si tendre au sortir de la carrière, mais qui durcit rapidement à l'air et est susceptible d'un si beau poli. Il ne faudrait pas croire d'ailleurs que les monuments cambodgiens de la bonne époque (VIIIe au XIIe siècle) soient uniquement brahmaniques, ni que le système des bas-reliefs encadrés y soit complètement inconnu. Le Bouddhisme a pénétré d'assez bonne heure dans cette partie de l'Indochine². Il y a introduit avec lui son imagerie et celle-ci a apporté avec elle ses procédés. Les frontons de Vat-Nokor, près de Kompong-Cham, sont décorés de scènes de la légende du Buddha, et il en est de même de ceux d'un édifice plus ancien, le temple de Bantāi-Čhmar, qui doit remonter au XIe siècle. Nous reproduisons ici, d'après une photographie due au regretté général de Beylié, celui qui représente « la visite d'Asita » : non plus assis à l'européenne, mais accroupi

v3.c16.s3.t2.22

² A la suite d'une ambassade chez les Muruṇḍas? Cf. Sylvain LÉVI, *Deux peuples méconnus* (dans les «Mélanges de Harlez», p. 176 et suiv.); Éd. CHAVANNES, *B. E. F. E.-O.*, III, p. 430; P. PELLIOT, *ibid.*, p. 248-303. — Le meilleur résumé de l'histoire du «Bouddhisme en Indochine» a été donné par M. L. FINOT dans le n° d'oct. 1909 de la *Buddhist Review*, p. 231 et suiv. En ce qui concerne les monuments, il suffit de renvoyer le lecteur au Cambodge de M. AYMONIER, et à l'*Inventaire descriptif des Monuments historiques du Cambodge* de M. LUNET DE LAJONQUIÈRE.

v3.c16.s3.t2.23

[Figure: FIG. 531. — CHAR DU SOLEIL, EN SÉRINDE (cf. p. 163, 653). Peinture des grottes de Qumtura. D'après A. GRÜNWEDEL, Altb. Kults. Turk., fig. 67.]

v3.c16.s3.t2.24

à la mode malaise, le vieux ṛishi n'en continue pas moins à tenir dans son giron l'enfant prédestiné et à faire le geste traditionnel de porter l'une de ses mains à sa tête (fig. 518; cf. fig. 161). Nous avons déjà eu plus haut l'occasion de montrer deux stèles d'Angkor-Vat, figurant l'une la naissance (fig. 153) et l'autre la tentation du Maître (fig. 205); et nous y reconnaissons comme toujours un souvenir de la création gandhârienne à travers l'imitation interposée de ses répliques de l'Inde méridionale. C'est d'Amarâvatî, par exemple, que viennent les quatre dieux Brahmâ de la Nativité ou la fille de Mâra¹ : et nous découvrirons bientôt la même provenance aux Buddhas assis sur les replis du Nâga (fig. 521) comme au beau bronze čam de la figure 586.

v3.c16.s3.t2.25

¹ Cf. t. I, p. 304-305 et 402. M. G. COEDÈS a montré dans le t. II des Mémoires concernant l'Asie orientale, que la figure de femme placée à la gauche du Buddha sur la figure 205 est interprétée au Cambodge comme représentant la Terre en train de se tordre les cheveux. Remarquerons-nous que Mâra a déjà à Ajaṇṭâ la même monture et les mêmes bras multiples qu'au Cambodge?

v3.c16.s3.t2.26

L'introduction de la civilisation et des religions indiennes ne nous est pas de moins bonne heure attestée dans le Čampa que dans ce royaume de Fou-nan dont hérita au VIe siècle le Cambodge. Est-il besoin d'avertir le lecteur que le Čampa s'étendait le long de la côte orientale de l'Indochine, sur l'étroite bande de territoire resserrée entre la montagne et la mer, où, après des siècles de luttes, l'Annam a fini par le supplanter? Les guerres contre l'envahisseur descendu du Nord et qui apportait avec lui la civilisation chinoise, se compliquaient encore de batailles presque fratricides avec leurs voisins et cousins cambodgiens. Aussi n'est-on pas peu surpris que ce chapelet de vallées exiguës ait pu néanmoins se peupler de temples de briques, ornés de sculptures de pierre. Inventaire a été dressé de ces œuvres qui réclament au moins une humble place dans l'histoire pour le nom de l'art čam². Il serait cruel de se montrer pour lui trop sévère : mais on ne saurait s'en dissimuler l'ordinaire médiocrité. Ajoutons que les monuments bouddhiques sont de beaucoup les plus rares. Pourtant les fouilles de Đong-Dương ont permis de remettre au jour les ruines d'un sanctuaire complet, avec son couvent et ses chapelles. Voici par exemple (fig. 522) l'une des scènes qui décorent le piédestal de la tour principale³ : l'extrême FIG. 532-534. — TYPES DE BRAHMANE, EN SÉRINDE (cf. p. 258-259, 653, 770). Fig. 532. — British Museum. Tête de stuc provenant de Karashar. (Coll. STEIN.) Fig. 533. — Croquis de M. LEMOINE, d'après A. VON LE COQ, Chotscho, pl. 39 d. Fig. 534. — Croquis du même, d'après A. GRÜNWEDEL, Altb. Kults. Turk., fig. 355.

v3.c16.s3.t2.27

² Ces recherches méthodiques, dont MM. FINOT et L. DE LAJONQUIÈRE ont pris l'initiative, ont été menées à bonne fin par M. H. PARMENTIER, chef du service archéologique de l'École française d'Extrême-Orient, dans son définitif Inventaire descriptif des monuments čams de l'Annam.

v3.c16.s3.t2.28

³ Ibid., p. 466-481 et fig. 104-107. Sur la fig. 114 on croit de même reconnaître l'une des quatre grandes sorties.

v3.c16.s3.t2.29

Fig. 532.

v3.c16.s3.t2.30

Fig. 533.] [Figure: Fig. 534.

v3.c16.s3.t2.31

gaucherie de l'exécution n'empêche pas d'y reconnaître le retour à la maison du cheval et du fidèle écuyer du Bodhisattva, et l'on identifierait de même les autres scènes de la jeunesse, depuis la nativité jusqu'à la sortie du monde.

v3.c16.s3.t2.32

Ce que furent au juste les premières productions de l'art bouddhique au Pégou et en Birmanie, les vastes ruines du vieux Prome et celles de Pagan le savent : mais elles le tiennent caché jusqu'ici. Le regretté Ed. Huber a signalé qu'« entre les peintures d'Ajaṇṭā et les fresques inédites qui, par exception, décorent l'intérieur de quelques sanctuaires en amont de Pagan, il y a un air indubitable de parenté¹ ». Quant aux centaines de panneaux de terre cuite vernissée qui décorent les soubassements de pagodes, les représentations schématiques qu'ils nous donnent des vies antérieures ne se déchiffrent qu'à l'aide des inscriptions dont elles sont accompagnées², et les influences s'y laissent d'autant plus malaisément démêler que le climat du bassin du Gange semble avoir détruit leurs modèles indiens. Il n'y a pas davantage à tirer des scènes de *jātaka* trouvées dans la vieille capitale siamoise de Sukhodaya (Sukhotai)³. La récente mission de M. L. de Lajonquière dans la Chersonèse d'or, autrement dit la presqu'île de Malacca, n'a pas été fructueuse⁴. Il faut en prendre notre parti. De l'ancien art bouddhique de l'Indochine nous ne savons encore presque rien. Quant aux sanctuaires modernes ou modernisés, depuis les grottes de Moulmein sur la baie du Bengale jusqu'à celles des Montagnes de Marbre sur le golfe du Tonkin, et des pagodes malaises de Nakhon Sri Thammarat aux pagodes laotiennes de Vieng-Chan et de Luang-Prabang, nous y trouverons bien quantité de Buddhas, de toutes matières et de toutes dimensions, depuis les petits cachets d'argile jusqu'aux colosses de bronze : mais n'y cherchons pas d'autre souvenir de l'art gréco-bouddhique !

v3.c16.s3.t2.33

¹ B. É. F. E.-O., XI, 1911, p. 1.

v3.c16.s3.t2.34

² Cf. A. GRÜNWEDEL, *Buddhistische Studien : Glasuren von Pagan* (Mangalacetiya); A. S. I., *Ann. Rep.* 1906-7 et 1912-13 (Pagodes de Pet-leik, etc.).

v3.c16.s3.t2.35

³ FOURNEREAU, *Siam ancien*, t. II. p. 43 et suiv.

v3.c16.s3.t2.36

⁴ *Bulletin de la Commission archéologique de l'Indochine*, 1910 et 1912, p. 84.

v3.c16.s3.t2.37

Il va d'ailleurs sans dire que plus d'un des bateaux qui conduisaient de l'Inde en Indochine et dans les îles de la Sonde, poursuivait sa route jusqu'aux ports de Chine. Nous voyons même par les récits que nous fait Yi-tsing des « actes » de soixante pèlerins chinois, ses contemporains, que dans la seconde moitié du VIIe siècle la route maritime devient la plus fréquentée (1). C'est celle que Yi-tsing a suivie, à l'aller comme au retour, et que, trois siècles plus tôt, Fa-hien avait déjà prise pour rapporter dans sa patrie ce précieux bagage de textes et d'images bouddhiques, qu'il tremblait de voir jeter par-dessus bord pendant la tempête (2). Par elle était sans doute venu vers le même temps ce religieux indien, nommé Guṇavarman (3), qui, en l'an 425 de notre ère, peignit dans un temple de la ville de Cho-king, aujourd'hui Chao-tcheou, dans le Kouang-tong, la scène du Dīpaṃkara-jātaka, justement l'une des créations les plus certaines de l'école gandhârienne. Plus tôt encore, vers 280, un certain Seng-houei, issu d'une famille sogdienne, c'est-à-dire originaire du pays de Samarkand, vient à la cour chinoise par le détour du Tonkin, où ses parents s'étaient établis pour les besoins de leur commerce (4). C'est également l'instant de se souvenir de ce marchand du pays de Ta-tsin qui visita le Tonkin (5), etc. Ces quelques exemples suffisent pour nous avertir que le même va-et-vient dont nous sommes témoins à la même époque en Occident se produisait, grâce au commerce et à la religion, jusqu'aux confins de l'Extrême-Orient : et dès lors nous comprenons mieux comment la pénétration artistique a pu de proche en proche s'opérer, aussi bien par voie de mer que de terre.

v3.c16.s3.t2.38

(1) Éd. CHAVANNES, Rel. Ém., et Voyageurs chinois, p. 12 (Guide Madrolle de la Chine du Sud).
(2) S. BEAL, Rom. Leg., p. LXXX et cf. p. LXXI et LXXXIII ; cf. ci-dessus, t. II, p. 244.
(3) T'oung Pao, 1904, p. 199-200.
(4) T'oung Pao, mai 1909, p. 199 et suiv.
(5) HIRTH, China and the Roman Orient, p. 103. Cf. PRIAULX, India and Rome, p. 130.

Linked texts (8)