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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t3.105

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t3.105

Language
French

v3.c16.s3.t3.105

LE TIBET. — C'est donc sans regrets superflus — et qui, dans l'espèce, seraient déplacés — que nous suivons le déclin croissant de l'influence classique à mesure que nous avançons vers l'Extrême-Orient. Cependant nous avons déjà atteint les bornes de l'ancien monde et l'endroit où la route de terre rejoint celle de mer. Le cycle est fermé, et nous devrions clore ici notre tour d'Asie, s'il ne convenait au moins de mentionner une branche de l'art bouddhique trop importante pour que nous la passions complètement sous silence, à savoir l'art lamaïque. Volontiers nous caractériserions d'un mot la situation qu'il occupe à notre point de vue : quand on considère que l'influence gréco-bouddhique a contourné le Tibet au Nord comme au Sud, par l'Inde comme par la Sérinde, on est tenté de le définir, si mal que cette métaphore s'applique à un plateau de cette altitude, comme un point de remous entre deux courants ; et, en effet, son panthéon est le lieu de rencontre d'images dérivées aussi bien du bassin du Gange que de la Haute-Asie. Il arrive même parfois qu'en se retrouvant face à face, des personnages, au fond identiques, ne se reconnaissent plus dans la forme : tel est, par exemple, le cas du Vaiçravaṇa à la lance (fig. 549) et du Mahâkâla à la vivante bourse, qui ne sont tous deux que des variantes déformées de notre Pâñcika gandhârien¹. Nous avons déjà eu l'occasion de montrer, à propos des miniatures bengalies et népalaises, l'une des voies par lesquelles l'imagerie bouddhique a pénétré au Tibet² ; nous voyons mieux à présent comment des cousines éloignées de ces mêmes images n'ont pas tardé à venir les rejoindre à travers les passes montagneuses qui du Turkestan chinois ou du Sseu-tch'ouan mènent à Lhassa. L'Inde mystique et voluptueuse y importa avant tout, outre la figuration de la légende du Maître³, ses représentations, tantôt idéales et tantôt obscènes, de Buddhas et de Bodhisattvas; au compte de l'Asie centrale nous pouvons aujourd'hui inscrire sans crainte, outre les scènes de ses enfers mandarinaux, les arhats et les magiciens (siddha), les « gardiens de la loi » ou « du monde », et sans doute aussi tout un contingent de démons qui vint encore renforcer la garnison locale du « pays des neiges » (1).