Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t3.110

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t3.110

Language
French

v3.c16.s3.t3.110

Les deux apports se laissent différencier d'autant plus aisément qu'en les juxtaposant les praticiens tibétains se sont bien gardés de les confondre. Ce n'est pas au Tibet que personne pourra se plaindre, comme en Chine ou au Japon, des transformations opérées dans les thèmes importés, que celles-ci soient dues à la réaction du goût national ou à l'irrépressible fantaisie des artistes. Par-delà l'Himâlaya, il semble que les modèles bouddhiques soient tout de suite et entièrement tombés, faute de concurrents laïques, entre les mains de moines plus soucieux d'orthodoxie traditionnelle que de renouvellement esthétique, et qui se sont fait une loi de les répéter indéfiniment. Ce signe d'impuissance créatrice peut d'ailleurs, au point de vue documentaire, avoir son prix. Si le panthéon des lamas, avec ses perpétuelles et machinales répliques, a vite fait de lasser les yeux du critique d'art, il reste, par sa fidélité stéréotypée, le paradis de l'iconographe. Même l'amateur le plus profane ne peut qu'être frappé du caractère relativement archaïque de ses plus récentes productions. Il ne faudrait pas toutefois nourrir trop d'illusions sur l'antiquité des modèles si consciencieusement recopiés. C'est seulement, ne l'oublions pas, au milieu du VIIe siècle que la civilisation indienne a passé les montagnes, avec le Bouddhisme, sa littérature et son art; c'est à la fin du VIIIe siècle que les Tibétains exercèrent leur passagère domination sur l'Asie centrale; c'est enfin à partir du Xe que leur pays devint le commun refuge des moines indiens et sérindiens, fuyant devant l'invasion musulmane. Ainsi leur panthéon ne s'ouvre qu'à une époque assez basse et nous n'oserions en fermer les portes avant la fin du XIIe siècle. On peut regretter que le clergé lamaïque, non moins conservateur que celui de l'ancienne Égypte, ne nous ait pas transmis un état plus anciennement fixé de l'art bouddhique : mais il est plus simple d'admirer qu'une imagerie si mêlée et si tardivement formée nous remémore encore si clairement, à travers son adaptation indienne ou chinoise, le vieux répertoire gandhârien.